
Reçu le 5 octobre à l’Élysée par Emmanuel Macron, le président du Bénin, Romuald Wadagni, repart avec 65,5 milliards de francs CFA de financements de l’AFD et de Bpifrance. Une somme modeste pour un État qui emprunte seul sur les marchés. Ce que Paris apporte vraiment à Cotonou ne figure dans aucune convention.
Par Tunde Adeyemi
Lundi 5 octobre, à l’Élysée, Romuald Wadagni a été reçu par Emmanuel Macron. Le président du Bénin, investi le 24 mai, effectuait sa première visite de travail en France, et il en est reparti avec ce qu’un ancien ministre de l’Économie et des Finances sait le mieux rapporter : des financements signés. Trois instruments, paraphés en marge de l’entretien par son ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures, pour un total de 65,5 milliards de francs CFA, près de 100 millions d’euros. La coopération franco-béninoise tient désormais en un chiffre rond. C’est précisément ce qui devrait intriguer.
Le détail, rapporté par Afrik.com et par le quotidien Le Matinal, dessine un programme d’équipement classique. Deux conventions avec l’Agence française de développement pèsent 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros ; une lettre de mandat avec Bpifrance y ajoute 3,54 milliards. L’électricité capte l’essentiel, 52,1 milliards, pour étendre le réseau à 750 localités de quinze communes du Mono, du Couffo et du Borgou et réaliser plus de 120 000 branchements. La pisciculture et l’agriculture reçoivent 9,9 milliards. S’y ajoute une plateforme de recherche montée avec un laboratoire de Bordeaux, qui doit doter le pays d’un laboratoire d’expertise ADN capable de 30 000 analyses par an.
Rapportée aux comptes du Bénin, l’enveloppe est mince. Selon le bulletin de la Caisse autonome de gestion de la dette publié le 11 août, l’encours public atteignait 9 122,2 milliards de francs CFA fin juin, soit 50,1 % du PIB, dont près de 80 % dus à l’extérieur. En janvier, le Trésor béninois avait levé à lui seul 478,8 milliards sur les marchés internationaux, plus de sept fois la moisson parisienne. Le 7 août, Moody’s a relevé sa note de B1 à Ba3. Un État que les investisseurs financent à ce rythme n’a pas besoin de traverser la Méditerranée pour 100 millions d’euros. M. Wadagni, passé par le cabinet Deloitte avant de tenir les Finances, le sait mieux que personne.
La veille, le vrai sujet économique s’était joué à table. Dimanche 4 octobre, Emmanuel Macron avait réuni à l’Élysée le chef de l’État béninois et Baïdy Agne, président de Business Africa et du Conseil national du patronat du Sénégal, pour un dîner de travail consacré au suivi des investissements privés et à l’industrialisation du continent. La rencontre prolongeait le sommet Africa Forward de Nairobi, en mai, où une trentaine de projets avaient été présentés pour 23 milliards d’euros, selon le journal béninois Les 4 Vérités. M. Wadagni y a pris la parole après son hôte, devant des chefs d’entreprise africains et français.
Le message tient en une inversion : Cotonou ne vient plus solliciter une aide, il vient proposer du risque béninois à des capitaux privés. Les échanges bilatéraux, 309 millions d’euros en 2025 dont 282 millions d’exportations françaises, mesurent le chemin qui reste. La France vend au Bénin bien plus qu’elle ne lui achète.
Reste ce que les communiqués n’ont pas chiffré. Le Matinal mentionne la sécurité en fin de liste, après les infrastructures, la formation et l’innovation. Or c’est là que Paris pèse. Le 7 décembre 2025, lors de la tentative de coup d’État déjouée à Cotonou, la France avait fourni, à la demande des autorités, un appui en surveillance et en logistique, rappelle Afrik.com. Dans le Nord, le Jnim, affilié à Al-Qaïda, a tué quinze soldats au camp de Kofouno le 6 mars. Le Timbuktu Institute, citant le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, relève certes que le nombre de personnes tuées par les groupes armés est passé de 277 à 81 en un an. Mais le gouvernement a reconduit le 14 septembre des mesures d’exception dans les communes frontalières, où des écoles ont été déplacées.
Cette dépendance-là ne se signe pas devant les caméras, parce qu’elle a un coût régional. Niamey accuse Cotonou de collaborer avec la France pour déstabiliser son territoire, ce que le Bénin dément. La frontière entre les deux pays demeure fermée, malgré les engagements pris en juin ; en juillet, le général Abdourahamane Tiani disait ne pouvoir avancer aucune date pour sa réouverture. M. Wadagni avait pourtant réservé à Niamey, le 2 juin, son premier déplacement de président, avant une tournée qui l’a conduit au Nigeria, au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Togo, puis à Kigali et à Brazzaville à la mi-septembre. Paris n’arrive qu’ensuite, plus de quatre mois après l’investiture. L’ordre du voyage est un message adressé aux voisins autant qu’à l’hôte.
Le pari de Romuald Wadagni est celui d’un directeur financier : diversifier les créanciers, les partenaires et les garants, pour qu’aucun ne soit indispensable. À Kigali, il est allé chercher des outils de surveillance des télécommunications et d’imagerie satellitaire, selon le Timbuktu Institute ; à la mi-septembre, son gouvernement a discuté de sécurité avec la Garde nationale américaine et avec l’ambassadeur d’Italie ; à Paris, il a trouvé de l’électricité rurale et un carnet d’adresses patronal. La restitution des œuvres du Danxomè, que la loi française du 9 mai 2026 doit faciliter, et le sort de la statue du dieu Gou, conservée au Louvre et réclamée par Cotonou, fourniront le prochain test de cette relation rééquilibrée.
La question qui compte est ailleurs. Le jour où le Nord s’embrasera de nouveau, ou si un autre 7 décembre survient, les 120 000 branchements du Borgou ne seront d’aucun secours. Le président béninois devra alors dire, publiquement cette fois, sur qui il compte.















