Le FMI apporte son soutien à des pays africains

Du 19 août au 1er septembre, une mission du Fonds monétaire international conduite par Mercedes Vera Martin s’installe à Dakar pour rapprocher les vues sur un futur programme. En jeu, la dette héritée de passifs non déclarés, la trajectoire budgétaire de 2027 et la crédibilité retrouvée du Sénégal.

Par Tunde Adeyemi

 

Dakar retient son souffle. Ce mercredi 19 août 2026, une équipe du Fonds monétaire international a entamé au Sénégal une mission de deux semaines, la dernière d’une longue série, mais sans doute la plus scrutée. Conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le pays, elle doit séjourner dans la capitale jusqu’au 1er septembre afin de rapprocher les positions en vue d’un nouvel accord de financement. Derrière le vocabulaire feutré des communiqués, l’enjeu est considérable pour un pays dont le précédent programme, de l’ordre de 1,8 milliard de dollars, a été gelé après la révélation de dettes dissimulées par l’ancienne administration.

L’affaire remonte à 2024. Peu après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, un audit de la Cour des comptes, puis les propres constats du Fonds, ont mis au jour des passifs non déclarés qui ont réévalué à la hausse le stock de dette publique, porté à près de 100 % du produit intérieur brut, et révélé des déficits bien plus lourds qu’annoncés. Le programme conclu sous la précédente présidence s’est aussitôt retrouvé suspendu, le temps que Dakar solde la question de ces déclarations erronées. Depuis, plusieurs missions se sont succédé, celle de juin ayant préparé le terrain de ce rendez-vous d’août.

Le gouvernement joue gros. Depuis mai, la primature est confiée à Ahmadou Al Aminou Lo, économiste passé par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, dont la nomination a été lue comme un gage d’orthodoxie budgétaire adressé aux marchés et aux bailleurs. Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, en a fait un préalable assumé, répétant que l’État agit avec responsabilité et transparence. L’exécutif prépare parallèlement le budget 2027, présenté comme la matrice d’une consolidation censée ramener le déficit dans les clous communautaires et rassurer sur la soutenabilité de la dette.

Pour les Sénégalais, l’abstraction des ratios recouvre une réalité tangible. Un accord avec le Fonds conditionne l’accès à des financements moins coûteux, donc la capacité de l’État à honorer salaires, bourses, subventions et investissements sans étrangler la dépense sociale. À l’inverse, un blocage prolongé renchérit le coût de l’argent, comprime les marges budgétaires et pèse, au bout du compte, sur le pouvoir d’achat de ménages déjà éprouvés par plusieurs années d’inflation. La rigueur promise à Washington se traduira, tôt ou tard, en arbitrages concrets, dans les quartiers de Pikine comme dans les campagnes du Ferlo.

Entre l’État et le citoyen, un maillon décisif observe la scène : les créanciers. La perspective d’un nouveau programme a ravivé les spéculations sur une possible restructuration de la dette, alimentées par l’hypothèse d’un recours à la banque d’affaires Lazard comme conseil. Rien n’est confirmé, mais la seule rumeur suffit à faire bouger les rendements des eurobonds sénégalais et à rappeler la nervosité des marchés. Pour les banques locales, largement exposées au papier public, l’issue de la mission décidera de la valeur de leurs portefeuilles et de leur appétit à financer l’économie réelle.

Le rendez-vous se joue aussi sur le terrain politique. Une partie de la société civile, à l’image du mouvement Frapp, met en garde contre des conditionnalités jugées attentatoires à la souveraineté, quand d’autres voix pressent le gouvernement de conclure vite pour dissiper l’incertitude. Le Fonds, lui, avance ses propres exigences : assainissement des comptes, transparence sur la dette, réformes structurelles. La négociation illustre l’asymétrie classique entre un État en quête de liquidités et une institution qui détient la clé de la crédibilité internationale, chacun mesurant ce qu’il peut céder sans se déjuger.

Le calendrier n’est pas neutre. Le Sénégal peut désormais compter sur les recettes naissantes du pétrole de Sangomar et du gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, exploité avec la Mauritanie, qui dopent les exportations et nourrissent une croissance parmi les plus vigoureuses du continent. Mais cette manne, encore volatile, ne suffit ni à combler le trou budgétaire ni à effacer le soupçon né des chiffres révisés. Le Fonds veut des garanties institutionnelles, pas des promesses de rente : un cadre de gestion transparent des revenus extractifs, une remise à plat des régies financières et un pilotage crédible de la masse salariale publique.

Le cas sénégalais résonne bien au-delà de ses frontières. Dans une sous-région où plusieurs États, du Ghana à la Côte d’Ivoire, jonglent avec des programmes du Fonds et des dettes libellées en devises, la manière dont Dakar sortira de l’ornière fera jurisprudence. Un règlement ordonné, sans restructuration brutale, rassurerait les investisseurs sur la signature de toute la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ; un dérapage, à l’inverse, renchérirait le crédit pour l’ensemble des voisins. Les agences de notation, qui ont déjà sanctionné le Sénégal après la découverte des passifs cachés, guettent le moindre signal, conscientes que la confiance, une fois entamée, se reconstruit lentement.

Au terme de la mission, Mercedes Vera Martin publiera une déclaration dont chaque mot sera pesé à Dakar comme à Abidjan, où d’autres capitales suivent le précédent sénégalais. La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas du Sénégal, est celle de savoir si un État peut refonder sa crédibilité budgétaire sans sacrifier les promesses sociales qui l’ont porté au pouvoir. Pour le président Bassirou Diomaye Faye, élu sur la rupture, l’épreuve du Fonds n’est pas qu’une affaire de chiffres : elle mesure la capacité d’un pouvoir souverainiste à composer avec les règles d’un ordre financier qu’il entend, dans le même temps, contester.