Quatrième PIB arabe en parité de pouvoir d’achat, croissance projetée à 3,9 pour cent en 2026: le rapport MEO du FMI publié en avril offre à Tebboune un palmarès flatteur. Sous le vernis statistique, la dépendance écrasante aux hydrocarbures et le resserrement budgétaire de 2026 racontent une autre histoire.

Le rapport, mis en ligne le 5 avril par les services du Fonds monétaire international, tient en quelques lignes du chapitre régional MENA. L’économie algérienne, mesurée en parité de pouvoir d’achat, frôle désormais les 1 000 milliards de dollars, ce qui place Alger au quatrième rang du monde arabe, derrière l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis, et devant le Maroc et la Tunisie réunis. La croissance, estimée à 3,3 pour cent en 2025, devrait atteindre 3,9 pour cent en 2026. Repris en boucle par les médias officiels, le palmarès est devenu en deux semaines un argument de communication présidentielle: la preuve, ont martelé les chaînes publiques, que l’Algérie de Tebboune est entrée dans la cour des grands.

À regarder de près, le tableau est moins lustré. La parité de pouvoir d’achat, indicateur utile pour comparer les niveaux de vie, n’est pas une mesure de puissance économique réelle: elle gomme l’écart de productivité, d’industrialisation et de compétitivité internationale. Mesurée au taux de change courant, l’économie algérienne pèse environ 270 milliards de dollars, soit moins que celle de l’Égypte, sensiblement à parité avec le Maroc voisin si l’on additionne PIB et investissements directs, et même en retrait par rapport à l’Algérie de 2014, à la veille du contre-choc pétrolier qui avait amputé un cinquième de la valeur du dinar. Le décrochage, selon Coface, n’a jamais été pleinement comblé.

Le moteur du palmarès reste, à plus de neuf dixièmes, la rente énergétique. Selon les données 2025 du ministère algérien de l’Énergie, les hydrocarbures représentent encore plus de 92 pour cent des recettes en devises et près de la moitié des recettes budgétaires. Les exportations de gaz vers l’Europe, dopées par la rupture des flux russes consécutive à la guerre d’Ukraine, ont consolidé la position d’Alger comme troisième fournisseur du Vieux Continent. Mais les projections ne sont pas riantes: les analystes du secteur estiment que les exportations algériennes d’hydrocarbures devraient s’éroder de 2 pour cent en 2026, de 0,5 pour cent en 2027, puis de 2,7 pour cent en 2028, à mesure que les champs anciens s’épuisent et que la demande intérieure absorbe la production additionnelle.

Le budget 2026, voté en décembre dernier, en porte la trace. Le gouvernement a calé son hypothèse de prix sur un baril prudent à 60 dollars, contre 70 dans les projets antérieurs. Les dépenses publiques, fixées à 136 milliards de dollars, ont été ramenées à un niveau jugé encore trop élevé par le FMI mais inférieur de 8 pour cent à celui de 2025. Les subventions énergétiques internes, qui pèsent près de 12 milliards de dollars, ont été préservées, signe que la paix sociale prime sur l’orthodoxie budgétaire. La Coface a maintenu, en mars, la note pays algérienne en B, citant un déficit jumeau, budgétaire et courant, dont la résorption suppose des cours pétroliers durablement hauts.

Tebboune n’est pas inactif. Sonatrach a annoncé un plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur la période 2025 à 2029 pour porter la production gazière à 200 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030. Un programme d’énergies renouvelables de 15 000 mégawatts est lancé, dont les premiers kilowattheures doivent être livrés cette année. Et le cycle d’attribution Algeria Bid Round 2026, ouvert en avril, vise à attirer enfin les majors étrangères dans des concessions onshore et offshore restées trop longtemps verrouillées par un cadre fiscal jugé dissuasif. Le président, qui prépare en sourdine sa réélection de 2029, sait qu’aucun palmarès en parité de pouvoir d’achat ne survivra à un effondrement durable du baril.

Le contrepoint est cinglant. La diversification réelle, mesurée par la part des exportations hors hydrocarbures, plafonne à 6 pour cent en 2025, en recul par rapport au pic de 9 pour cent atteint en 2022. L’industrie manufacturière, qui ne pèse que 5 pour cent du PIB, est étranglée par les pénuries de devises et par un accès au crédit verrouillé pour les entreprises privées non connectées au pouvoir. Les investissements étrangers directs, hors énergie, ont reculé de 12 pour cent en 2025, selon la Cnuced. La fuite des cerveaux, accélérée par l’offre française et canadienne, prive le pays de plusieurs milliers d’ingénieurs par an. Et la jeunesse, qui représente 60 pour cent de la population, affiche un chômage structurel autour de 28 pour cent.

L’Algérie de 2026 vit dans un paradoxe mesurable. Riche en réserves de change, autour de 75 milliards de dollars, créditrice nette de l’extérieur, propulsée au quatrième rang MENA par un classement statistique flatteur, elle reste prisonnière d’un modèle dont chaque ratio fondamental indique qu’il s’épuise. Le rapport MEO d’avril offre un trophée à Tebboune; il ne dit pas combien de temps le piédestal tiendra. Sans diversification rapide, sans réforme du climat des affaires, sans desserrement de la rente politico-militaire qui irrigue l’élite au pouvoir, le palmarès de 2026 risque de figurer, en 2030, parmi les marqueurs d’un sommet plutôt que d’un envol. Reste à voir si le scrutin de 2029 saura porter ce débat, ou si la présidence continuera à habiller son économie d’indices.