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Quatre hommes nommés en un seul Conseil des ministres, le 16 juillet, à la tête de la Société des mines et du contrôle des opérations. Derrière ce ballet administratif, Dakar poursuit une idée fixe : reprendre la main sur l’or, les phosphates et le zircon. La souveraineté minière se joue aussi dans les organigrammes.
Par Aïssatou Diallo
Un magistrat à la présidence de la compagnie minière nationale, un ingénieur géologue à la direction des mines, un autre au contrôle des opérations : le Conseil des ministres du 16 juillet a redessiné, en quatre nominations, l’ossature de la gouvernance extractive sénégalaise. Mamané Djitté remplace Mbaye Sène à la tête de la Société des mines du Sénégal, la SOMISEN. Lamine Diouf succède à Ibrahima Gassama comme directeur général des Mines et de la Géologie, tandis qu’Abdoulaye Diop prend la direction du Contrôle et de la Surveillance des opérations. Rien d’anodin dans ce remaniement de l’ombre : à Dakar, le pouvoir place ses hommes aux commandes d’un secteur qu’il entend reconquérir. Ces mouvements discrets, noyés dans un long communiqué gouvernemental, en disent souvent plus long qu’un discours sur les intentions réelles d’un régime.
Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a fait de la souveraineté sur les ressources naturelles un pilier de son projet de rupture. Le Sénégal n’est pas un géant minier, mais il compte : producteur d’or grâce à la mine de Sabodala, dans l’est du pays, exportateur de phosphates et acteur mondial du zircon extrait des sables de la Grande Côte. Le pays est en outre entré depuis peu dans le club des producteurs d’hydrocarbures, avec le champ pétrolier de Sangomar et le gisement gazier de Grande Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie. En juin, le portefeuille des Mines et de la Géologie a été confié à Cheikhou Oumar Seck, chargé d’une feuille de route axée sur la transparence des contrats et la transformation locale. Les nominations du 16 juillet en sont le prolongement logique. Elles adressent un signal aux électeurs autant qu’aux marchés : le nouveau pouvoir entend tenir ses promesses de campagne sur le contrôle des richesses nationales.
Au centre du dispositif figure la SOMISEN. Créée pour porter les participations de l’État dans les projets miniers et gérer sa part de production, la société est appelée à devenir le véritable bras armé de la stratégie de reprise en main. Confier sa présidence à un magistrat plutôt qu’à un technicien du secteur n’est pas neutre : c’est privilégier le contrôle, l’audit et la conformité juridique sur la seule expertise géologique. Le message adressé aux compagnies étrangères, canadiennes, australiennes ou chinoises, est sans ambiguïté. L’État sénégalais veut relire les contrats à la loupe, renégocier ce qui peut l’être et capter une part plus large de la rente. Le nouveau code minier de 2016, déjà plus favorable à l’État, sert de socle, mais Dakar entend désormais l’appliquer avec une fermeté nouvelle et récupérer les marges que la précédente administration aurait, selon le pouvoir en place, laissées filer.
Le pari est risqué. La rhétorique souverainiste séduit une jeunesse qui a porté Faye et son camp au pouvoir sur la promesse d’une redistribution plus juste des richesses. Mais l’or de Sabodala, exploité par le canadien Endeavour Mining, et le zircon de la Grande Côte alimentent des recettes dont l’État peut difficilement se passer, alors que la dette publique héritée s’est révélée bien supérieure aux chiffres officiels après un audit accablant, et que les négociations avec le Fonds monétaire international restent suspendues à la clarification de ces comptes. Multiplier les changements d’hommes à la tête des directions techniques comporte un danger : la discontinuité administrative, au moment précis où les investisseurs, échaudés par l’incertitude budgétaire, réclament de la lisibilité et de la stabilité. La souveraineté proclamée pourrait, si elle vire à l’imprévisibilité, faire fuir les capitaux qu’elle prétend mieux encadrer.
La réforme touche aussi la chaîne de contrôle, et c’est peut-être là l’essentiel. En nommant simultanément un nouveau directeur des Mines et un nouveau directeur du Contrôle et de la Surveillance des opérations, le gouvernement centralise la supervision de toute l’activité extractive, de l’octroi des permis à la vérification des volumes réellement exportés. C’est le nerf de la guerre pour un État qui soupçonne, comme nombre de ses voisins ouest-africains, que la sous-déclaration des productions lui coûte chaque année des milliards de francs CFA en recettes évaporées. Le Fonds de développement géologique et minier, dont le décret d’application a été annoncé au printemps, doit financer une cartographie plus fine du sous-sol national pour ne plus jamais négocier à l’aveugle face à des multinationales qui, elles, connaissent la valeur exacte de ce qu’elles convoitent. L’asymétrie d’information est le vrai champ de bataille. Sans données fiables sur ses propres richesses, un État reste condamné à signer des contrats qu’il ne comprend qu’à moitié.
La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas sénégalais, est celle de la limite du volontarisme minier. Du Ghana au Mali, du Burkina Faso à la République démocratique du Congo, la même vague souverainiste pousse les États à reprendre le contrôle de leurs sous-sols, quitte à bousculer des opérateurs installés de longue date. Demeure un écart tenace entre l’ambition affichée dans les organigrammes et la capacité réelle à transformer localement le minerai, à faire respecter les contrats et à attirer les capitaux sans les effaroucher. Le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye vient de choisir ses hommes et d’afficher sa méthode. Il lui reste à prouver, dossier après dossier, que la souveraineté sur les ressources ne se décrète pas seulement en Conseil des ministres, mais se construit dans la durée, la compétence et la confiance.















