Le FMI apporte son soutien à des pays africains

En une semaine, Abidjan a empoché 832,8 millions de dollars du Fonds monétaire international et annoncé une nouvelle découverte pétrolière. La Côte d’Ivoire conforte sa réputation de bon élève ouest-africain. Derrière les chiffres flatteurs, la question d’une croissance qui profite enfin aux Ivoiriens reste posée.

Le 24 juin 2026, le Fonds monétaire international a débloqué 832,8 millions de dollars en faveur d’Abidjan, après avoir validé la sixième revue du programme appuyé par la facilité élargie de crédit et le mécanisme élargi de financement. La veille, les autorités annonçaient une découverte d’hydrocarbures sur le bloc CI-709, dans le bassin sédimentaire offshore. Deux nouvelles en vingt-quatre heures, deux signaux dans la même direction: la Côte d’Ivoire entend rester le pays qui rassure les bailleurs et attire les foreurs, dans une région où la défiance financière gagne du terrain.

Le contraste est saisissant. Pendant que le Sénégal voisin négocie pied à pied la restructuration d’une dette frôlant 132 pour cent de son produit intérieur brut, et que le Ghana sort à peine d’un défaut, Abidjan coche les cases du Fonds revue après revue. La croissance ivoirienne, proche de 6 pour cent, figure parmi les plus robustes du continent. Le budget 2026, arrêté à 17 350,2 milliards de francs CFA, mise sur l’investissement public et la transformation locale du cacao, de l’anacarde et, demain, du pétrole. Le 25 juin, la Banque mondiale saluait par ailleurs la délimitation de plus de 2,3 millions d’hectares par le programme de sécurisation foncière PRESFOR, signe d’une administration qui avance sur ses chantiers techniques.

La mécanique tient à une discipline assumée. Depuis la fin des années 2010, le pouvoir ivoirien a fait de la crédibilité macroéconomique une marque de fabrique et un argument diplomatique. Les programmes successifs avec le Fonds ont servi d’ancrage, rassurant les marchés et abaissant le coût de l’emprunt. La découverte du gisement Baleine en 2021, puis les explorations qui se poursuivent jusqu’au bloc CI-709, ont ajouté une promesse pétrolière à un modèle longtemps adossé à l’agriculture. Pour le premier producteur mondial de cacao, diversifier les sources de devises n’est pas un luxe mais une assurance contre la volatilité des cours.

Le programme conclu avec le Fonds n’a rien d’un cadeau. Il impose à Abidjan une trajectoire de réduction du déficit budgétaire, ramené progressivement vers le seuil de 3 pour cent visé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine, et une mobilisation accrue des recettes fiscales dans un pays où l’informel reste massif. Chaque revue validée récompense des efforts concrets: élargissement de l’assiette, rationalisation des subventions, gestion plus transparente de la dette. La sixième revue franchie le 24 juin atteste que la copie a été rendue dans les délais, mais elle engage aussi le pays pour la suite, car un décaissement appelle toujours la revue suivante.

Le revers de la médaille se lit dans la dépendance. La prospérité ivoirienne demeure arrimée aux matières premières, dont les prix échappent à Abidjan. La filière cacao, qui irrigue les campagnes, subit l’effondrement des cours bord-champ et l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation, qui menace l’accès au principal débouché. Le pétrole, séduisant sur le papier, n’efface pas le risque d’une économie de rente, exposée aux humeurs du Brent et tentée de relâcher l’effort de réforme dès que la manne coule. Le service de la dette, lui, continue d’absorber une part lourde des recettes, et la signature flatteuse auprès du Fonds ne dispense pas de rembourser.

Surtout, la performance macroéconomique peine à se traduire dans le quotidien. La croissance ivoirienne crée des routes, des ponts et des records statistiques, mais l’inflation alimentaire, le chômage des jeunes et les inégalités territoriales nourrissent un sentiment d’exclusion. Le décaissement du Fonds finance l’État, pas le panier de la ménagère d’Adjamé ou de Bouaké. Entre l’indicateur de croissance et le pouvoir d’achat, l’écart reste l’angle mort du modèle. Un cadre du secteur privé cité par la presse résume la prudence ambiante: la confiance des investisseurs ne vaut que si elle finit par se voir dans l’assiette des Ivoiriens.

Ce statut de bon élève vaut aussi par contraste. Dans une Afrique de l’Ouest où les ruptures politiques au Sahel et les crises de dette au Ghana et au Sénégal ont brouillé le paysage, la constance ivoirienne rassure investisseurs et partenaires. Abidjan en tire un dividende diplomatique, s’imposant comme l’ancre économique de l’UEMOA et le point d’entrée privilégié des capitaux dans la sous-région. Mais cette centralité a un prix: elle expose le pays à un retournement de cycle, et fait de sa stabilité sociale une variable systémique pour toute la zone franc.

Le contexte politique ajoute sa charge. La présidentielle de 2025 a reconduit le pouvoir en place, mais laissé une opposition contestataire et une partie de la jeunesse à l’écart des fruits de la croissance. Les bailleurs apprécient la stabilité; les citoyens attendent la redistribution. Pour Abidjan, la voie est étroite: capitaliser sur la confiance financière sans donner le sentiment d’un pays géré pour ses créanciers plutôt que pour sa population. La discipline qui plaît au Fonds peut, mal expliquée, alimenter le ressentiment qui fragilise les régimes.

En définitive, le décaissement du 24 juin n’est pas seulement une bonne nouvelle comptable. Il consacre un pari: celui d’un capitalisme ivoirien adossé aux institutions de Bretton Woods et à la promesse extractive, présenté comme un modèle pour l’Afrique de l’Ouest. Reste la question qui dépasse le seul cas ivoirien: une croissance saluée à Washington et bientôt financée par le pétrole peut-elle, à elle seule, construire la cohésion sociale qu’aucune revue de programme ne mesure? La Côte d’Ivoire a réussi à devenir un bon élève. Il lui reste à prouver qu’un bon élève peut aussi être un pays juste.