Le bulletin statistique publié le 16 septembre 2026 par la Communauté d’Afrique de l’Est annonce un excédent commercial de 300 millions de dollars au deuxième trimestre, après un déficit de 945,3 millions un an plus tôt. Le redressement doit presque tout aux métaux vendus à la Chine.

Par Chioma Bennett

Le chiffre a de quoi séduire les chancelleries. Selon le bulletin statistique trimestriel publié le mercredi 16 septembre 2026 par la Communauté d’Afrique de l’Est, le bloc a dégagé un excédent commercial de 300 millions de dollars au deuxième trimestre, contre un déficit de 945,3 millions de dollars à la même période de 2025. Les échanges totaux atteignent 52,3 milliards de dollars, en hausse de 37 % sur un an. Les exportations progressent de 41,3 %, à 26,3 milliards de dollars, tandis que les importations gagnent 32,9 %, à 26 milliards. L’organisation attribue cette performance à une activité commerciale plus soutenue dans toute la région et à un engagement accru sur les marchés régionaux comme mondiaux.

La lecture des composantes tempère l’enthousiasme. Le cuivre et les métaux précieux représentent désormais 61,9 % des exportations du bloc, contre 58,7 % un an auparavant. Autrement dit, la part la plus concentrée et la plus volatile du panier a encore gagné du terrain. Le café, le thé et les épices demeurent les premières exportations agricoles, loin derrière. À l’importation, les produits pétroliers arrivent en tête, devant les machines, les équipements de transport et les fournitures industrielles. La structure décrit une économie qui vend de la matière brute et achète de l’énergie et des biens d’équipement, séquence familière sur le continent et rarement associée à une transformation durable.

Le basculement s’explique largement par la géographie et par un élargissement institutionnel. L’entrée de la République démocratique du Congo dans la Communauté en 2022 a mécaniquement orienté le profil exportateur du bloc vers les métaux, au moment où les cours du cuivre restent portés par la demande liée à l’électrification mondiale. La Tanzanie et l’Ouganda apportent l’or. Le résultat est une communauté régionale dont la balance commerciale dépend désormais de décisions prises à Shanghai et à Londres plutôt qu’à Arusha.

Le rôle de Pékin, précisément, est devenu structurant. La Chine demeure le premier partenaire commercial du bloc parmi les pays tiers. Les exportations est-africaines vers ce marché ont presque doublé en un an, passant de 5,7 à 10,7 milliards de dollars, tirées par les minerais. Les importations chinoises dans la région ont progressé de 4,7 à 7,1 milliards de dollars. Environ quatre dollars d’exportations sur dix partent désormais vers un seul client. Une telle concentration produit des excédents rapides quand le cycle est favorable ; elle produit des déficits tout aussi rapides quand il se retourne, comme la région l’a éprouvé au milieu des années 2010.

C’est le troisième enseignement du bulletin qui devrait le plus occuper Arusha. Les exportations intra-communautaires ont pourtant crû de 33,2 %, à 3,2 milliards de dollars, chiffre honorable. Mais leur part dans les exportations totales recule, parce que les ventes vers l’extérieur augmentent plus vite. Le commerce entre les huit États partenaires représente ainsi à peine plus d’un dixième des exportations du bloc. Les ventes vers le reste de l’Afrique se portent mieux, en hausse de 44,3 % à 7,2 milliards de dollars, portées par les marchés de la SADC et du COMESA. L’Afrique de l’Est s’intègre donc au marché mondial et au continent plus vite qu’elle ne s’intègre à elle-même, ce qui constitue l’exact inverse de la promesse fondatrice d’une union douanière.

Les indicateurs macroéconomiques offrent, eux, une vraie respiration. L’inflation régionale est retombée à 7,8 % en mars 2026, contre 22,7 % un an plus tôt, et la Communauté anticipe une croissance de 6 % en 2026, soutenue par l’agriculture, les services, les investissements en infrastructures et la progression du commerce interne. La désinflation redonne du pouvoir d’achat aux ménages et de la visibilité aux entreprises ; la reprise du crédit au secteur privé et l’expansion de la masse monétaire alimentent le financement des échanges. Ce socle est réel et ne doit pas être minoré.

Reste que la solidité d’un excédent se juge à sa composition, pas à son signe. Trois cents millions de dollars d’excédent sur 52,3 milliards d’échanges représentent une marge d’un demi-point : un repli de quelques points du cours du cuivre suffirait à l’effacer. La région conserve par ailleurs ses obstacles internes bien documentés, barrières non tarifaires, lenteurs aux frontières, normes divergentes, différends commerciaux récurrents entre voisins, qui expliquent pourquoi les entreprises est-africaines trouvent souvent plus simple d’exporter vers l’Asie que vers le pays d’à côté. Un conteneur chargé à Kolwezi met encore plusieurs semaines à rejoindre Dar es Salaam ou Mombasa, entre pesages, contrôles douaniers successifs et files d’attente aux postes frontaliers, quand la même marchandise, une fois embarquée, traverse l’océan Indien en une douzaine de jours. Le coût logistique interne pèse ainsi davantage que le tarif extérieur commun.

C’est l’héritage que reçoit Stephen Patrick Mbundi, le diplomate tanzanien devenu secrétaire général de la Communauté après sa prestation de serment en mars 2026 et sa prise de fonctions à Arusha en avril, pour un mandat courant jusqu’en 2031. Il a fait de la discipline financière des États membres sa première priorité, condition d’un secrétariat qui fonctionne. La question qui se pose désormais, au-delà du seul trimestre écoulé, est celle de savoir si une communauté peut consolider son intégration pendant que ses membres regardent tous dans la même direction extérieure. En définitive, un excédent commercial n’est pas seulement un indicateur comptable ; il indique qui, du marché mondial ou du voisin immédiat, structure vraiment une région.