
En scellant les 10 et 11 août un accord au niveau des services avec le FMI, la Guinée décroche un programme de 425 millions de dollars sur quarante et un mois. Conakry mise sur la Facilité élargie de crédit pour crédibiliser ses réformes budgétaires, à quelques mois d’une transition censée s’achever.
Par Tunde Adeyemi
Conakry a obtenu, les 10 et 11 août 2026, ce que le pays cherchait depuis des années : un accord au niveau des services avec le Fonds monétaire international, prélude à un programme économique de quarante et un mois adossé à la Facilité élargie de crédit. À la clé, environ 425 millions de dollars, soit près de 145 pour cent de la quote-part guinéenne au Fonds. Pour un État riche en bauxite, en or et désormais en fer avec le mégaprojet Simandou, la somme peut sembler modeste. Elle vaut pourtant certificat : après une longue période sans programme, la Guinée renoue avec la surveillance rapprochée qui rassure bailleurs et investisseurs.
La Facilité élargie de crédit s’adresse aux pays confrontés à des déséquilibres structurels de balance des paiements. En échange des décaissements, échelonnés sur la durée du programme et conditionnés à des revues périodiques, Conakry s’engage sur une trajectoire : mobiliser davantage de recettes fiscales, assainir la dépense publique, renforcer la gouvernance des finances et sécuriser les revenus tirés du secteur minier. L’accord technique, encore soumis à l’approbation du conseil d’administration du Fonds, a été négocié par une équipe conduite côté guinéen par le ministère de l’Économie et des Finances, désormais tenu par Mariama Ciré Sylla, entrée au gouvernement lors du remaniement du 27 juillet.
Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, reconduit à la primature à la fin juillet, a fait de ce programme un marqueur de sérieux. Le pouvoir, dirigé par le général Mamadi Doumbouya depuis le coup d’État de septembre 2021, joue gros : il doit prouver qu’il sait gérer une économie et pas seulement un calendrier politique. Un membre du pôle économique du gouvernement, cité par la presse locale, a tenu à recadrer les attentes en affirmant que ces 425 millions doivent être considérés comme un levier, pas comme une solution. La formule dit la lucidité d’un exécutif conscient que l’argent du Fonds vaut surtout par la discipline qu’il impose et par le signal qu’il envoie aux autres créanciers.
Pour les Guinéens, l’enjeu se mesure moins en dollars qu’en réformes concrètes. La mobilisation des recettes, pilier du programme, suppose d’élargir une assiette fiscale étroite sans étrangler des ménages déjà éprouvés par l’inflation et par la cherté de la vie. Le pays affiche un ratio recettes fiscales sur produit intérieur brut parmi les plus faibles de la sous-région, ce qui laisse peu de marge pour financer les services publics sans recourir à la dette. L’expérience régionale enseigne la prudence : ailleurs, l’ajustement budgétaire a souvent commencé par la baisse des subventions aux carburants et par la hausse des tarifs publics, avec les tensions sociales que l’on connaît. Le défi guinéen tient dans cet écart entre l’objectif affiché, une croissance mieux partagée, et la réalité d’une population qui attend l’électricité, l’eau et des routes avant les ratios macroéconomiques. À Conakry, les coupures récurrentes et le prix des denrées pèsent plus lourd, dans le quotidien, que la signature d’un accord technique.
Le vrai test se jouera sur la rente minière. La Guinée extrait une part majeure de la bauxite mondiale et voit Simandou, l’un des plus grands gisements de fer inexploités de la planète, entrer en production, avec des recettes attendues considérables. Mais capter ces revenus, les tracer et les réinvestir suppose une administration fiscale robuste et des contrats transparents, là où l’opacité a longtemps prévalu. Les partenaires techniques, Banque mondiale en tête, conditionnent leurs appuis à cette gouvernance des ressources. Les opérateurs miniers, eux, réclament de la stabilité réglementaire et un cadre fiscal prévisible, quand l’État multiplie les exigences de contenu local et de transformation sur place. Le programme du Fonds arbitre implicitement entre ces impératifs : rassurer les investisseurs sans renoncer à la souveraineté que la junte a érigée en doctrine, et sans effrayer des bailleurs qui financeront une part du budget.
Pour Conakry, la voie est étroite : il faut satisfaire un bailleur exigeant sans donner le sentiment de plier devant l’extérieur, dans un contexte où les régimes militaires de la sous-région, du Mali au Burkina, revendiquent une rupture avec les institutions de Bretton Woods. La Guinée fait le pari inverse : composer avec le Fonds plutôt que le défier. Ce choix la distingue de ses voisins sahéliens et l’expose à une double critique, celle d’une opposition muselée qui dénonce l’austérité à venir, et celle de souverainistes qui voient dans tout programme du FMI une tutelle déguisée. Le calendrier politique, avec une transition censée déboucher sur des scrutins, ajoute une pression : l’ajustement pourrait heurter une population déjà lasse.
La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas guinéen, est celle de savoir si un régime militaire peut adosser sa légitimité à l’orthodoxie budgétaire plutôt qu’à la seule rhétorique de la souveraineté. En misant sur le Fonds quand ses voisins s’en détournent, Conakry teste une hypothèse : que la discipline économique, et non la rupture, ouvre la voie au développement. En définitive, la Facilité élargie de crédit n’est pas qu’une ligne de financement ; elle engage la crédibilité d’une transition à convertir la promesse minière en prospérité tangible. Les premières revues du programme, attendues dans les mois qui viennent, diront si le pari tient.















