À Wa, le week-end des 12 et 13 septembre 2026, le président ghanéen John Dramani Mahama a dévoilé un programme baptisé New Economy. Après une année de stabilisation du cédi et de désinflation, il veut désormais transformer cette accalmie macroéconomique en emplois pour la jeunesse.

Par Tunde Adeyemi

C’est à Wa, chef-lieu de la région du Haut-Ghana occidental, que le président John Dramani Mahama a choisi, le week-end des 12 et 13 septembre 2026, de fixer le prochain cap. Devant les habitants réunis pour une séance de reddition des comptes de sa tournée baptisée ResettingGhana, il a présenté une économie qu’il dit désormais stabilisée et capable d’encaisser les chocs extérieurs. Puis il a dévoilé l’ambition censée lui succéder : un programme baptisé New Economy, qui doit convertir cette accalmie macroéconomique en création d’emplois pour une jeunesse impatiente de résultats concrets. Le choix de Wa, dans une région du Nord longtemps reléguée aux marges du développement, n’est pas anodin : il place les zones périphériques au cœur du récit présidentiel et adresse un signal aux électeurs les plus éloignés de la capitale.

Le dispositif, tel qu’il l’a esquissé, prévoit un investissement public de deux milliards et demi de cédis par an dans cinq secteurs jugés prioritaires, dont le détail doit être présenté par le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, dans le budget 2027. L’annonce prolonge une année 2026 marquée par une nette appréciation du cédi, un reflux de l’inflation et une reconstitution des réserves de change, obtenus au prix d’une discipline budgétaire sévère négociée dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international. La stabilité est là ; il s’agit maintenant d’en faire quelque chose.

Le pari de Mahama est de nature politique autant qu’économique. Après avoir vendu la stabilité comme une fin en soi, il doit démontrer qu’elle produit des effets tangibles sur les revenus et l’emploi, faute de quoi la patience de l’électorat s’émoussera. En annonçant un programme dont le financement figurera dans le budget de l’an prochain, le chef de l’État inscrit sa promesse dans un calendrier vérifiable, mais il s’expose au reproche de reporter à demain une transformation attendue aujourd’hui. Il a lui-même reconnu que des développements externes avaient ralenti le rythme espéré, aveu prudent d’un dirigeant qui ne veut pas surpromettre.

Pour les jeunes Ghanéens, la stabilité macroéconomique reste une abstraction tant qu’elle ne se traduit pas en embauches. Le chômage des diplômés, l’étroitesse du secteur formel et l’exode des compétences vers l’étranger continuent de miner la confiance. Un cédi plus fort et une inflation contenue améliorent le quotidien à la marge, mais ils ne créent pas, par eux-mêmes, les usines, les exploitations et les services qui absorberaient la vague démographique. C’est précisément cet écart entre les indicateurs et le vécu que le programme entend combler, et c’est sur lui qu’il sera jugé, urne après urne. Dans les marchés de Wa, d’Accra ou de Kumasi, la question n’est pas de savoir si le cédi tient, mais si le fils ou la fille diplômée trouvera un emploi sans quitter le pays, et c’est à cette aune que se mesurera la promesse présidentielle.

Le succès de l’entreprise dépendra de la capacité de l’État à irriguer le tissu productif sans dilapider les gains si difficilement acquis. Cibler cinq secteurs suppose de choisir, donc d’arbitrer entre l’agriculture, la transformation, le numérique ou l’énergie, et de résister à la tentation clientéliste qui a englouti tant de fonds publics par le passé. Les entreprises locales, les banques et les investisseurs attendront des garanties de continuité, car un programme financé sur le budget est, par nature, exposé aux aléas des recettes fiscales et aux revirements de majorité qui rythment la vie politique ghanéenne.

Là réside la tension centrale du projet. Le Ghana sort à peine d’une crise de la dette qui l’a contraint à restructurer ses engagements et à se placer sous surveillance. Relancer l’investissement public sans rouvrir la brèche budgétaire suppose un équilibre délicat entre l’ambition affichée et la prudence exigée par les créanciers. Pour Accra, la voie est étroite : trop de dépense et le pays retombe dans le surendettement ; trop de rigueur et la reprise reste sans emploi. L’arbitrage entre la crédibilité extérieure et la demande sociale intérieure définira la seconde moitié du mandat de Mahama.

Le contexte régional ajoute à la pression. Plusieurs voisins ouest-africains scrutent l’expérience ghanéenne, eux aussi tiraillés entre les exigences des bailleurs et l’urgence sociale. Le Ghana avait, en 2022 et 2023, restructuré sa dette intérieure et extérieure au terme de négociations douloureuses qui avaient amputé l’épargne de nombreux ménages et institutions. La mémoire de ce choc reste vive, et elle explique la prudence avec laquelle l’annonce d’une relance a été reçue : les Ghanéens ont appris à se méfier des promesses de dépense financées à crédit. Convaincre exigera donc des résultats visibles, mesurables et rapidement palpables dans le quotidien, à défaut de quoi la New Economy rejoindra le cimetière des slogans.

En définitive, la New Economy n’est pas seulement un programme d’investissement ; elle est le test de la thèse selon laquelle la stabilité serait le préalable de la prospérité. La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas ghanéen, est celle de savoir si un pays africain peut passer de l’assainissement à la croissance créatrice d’emplois sans réveiller les déséquilibres qu’il vient de dompter. Le Ghana, souvent érigé en laboratoire des politiques du continent, jouera là une partie observée bien au-delà de ses frontières, et dont le verdict tombera, tôt ou tard, dans les urnes.