
Le 26 mai 2026, le ministère zambien de l’Énergie a confirmé l’accord de raccordement final pour le projet de 430 mégawatts conjointement développé par Total Eren, Chariot Transitional Power et First Quantum Minerals, qui alimentera les mines de Kansanshi et de Sentinel à compter de 2027.
À Solwezi, capitale de la province nord-occidentale et cœur de la Copperbelt zambienne, le 26 mai 2026, la signature publique de l’accord de raccordement final entre First Quantum Minerals, ZESCO et le consortium Total Eren, Chariot Transitional Power a clos cinquante mois de négociations techniques. Le projet, longtemps annoncé, longtemps reporté en raison des servitudes foncières sur les terres coutumières du chef Mukumbi, prend désormais corps. Une centrale solaire de 230 mégawatts crête à Kalumbila, une ferme éolienne de 200 mégawatts dans la zone de Mufumbwe, un investissement consolidé de cinq cents millions de dollars financé par l’IPP français Total Eren et la junior britannique Chariot Transitional Power. La mise en service de la première phase solaire est calée pour décembre 2026, l’éolien pour le second semestre 2027. Au-delà du calendrier, c’est la doctrine d’approvisionnement électrique du groupe canadien qui se redessine : 70 pour cent de la consommation des sites de Kansanshi et de Sentinel proviendront désormais de sources renouvelables dédiées, contre 41 pour cent issus du réseau hydroélectrique de ZESCO, fragilisé par la sécheresse 2024-2025 sur le bassin du Zambèze, qui a réduit la production des barrages de Kariba et d’Itezhi-Tezhi de 38 pour cent. Le chef Mukumbi a obtenu, en compensation des servitudes foncières, un fonds de dotation communautaire de quinze millions de dollars géré paritairement avec la Chambre des chefs zambienne.
Le pari énergétique de First Quantum est aussi un pari géopolitique. Le groupe, dirigé par Tristan Pascall depuis 2023, paie encore le contrecoup de la confiscation administrative de la mine de Cobre Panama, fermée par le gouvernement panaméen en novembre 2023 à la suite des manifestations populaires contre les concessions étrangères. Pour compenser le manque à gagner annuel de 3,1 milliards de dollars, le canadien a misé tout son avenir sur la Copperbelt zambienne, qui représente désormais 78 pour cent de sa production globale de cuivre et 65 pour cent de son chiffre d’affaires consolidé. La sécurisation électrique devient ainsi vitale. Selon les chiffres internes communiqués au régulateur boursier de Toronto, chaque interruption d’une heure du courant fourni par ZESCO coûte au groupe entre 2,1 et 2,5 millions de dollars en bouclage de chaîne et en pertes de fluide hydraulique. En 2025, le réseau zambien a accumulé 4 200 heures de délestage. Le contrat solaire-éolien transforme un risque opérationnel chronique en certitude budgétaire, et libère de la trésorerie pour les programmes d’exploration de la zone de Kashime, où le groupe a identifié 12 millions de tonnes de cuivre métal présumé. À l’horizon 2031, la Zambie ambitionne d’atteindre trois millions de tonnes de cuivre extrait par an. Sans électricité fiable, l’ambition demeure un vœu pieux.
L’aspect géopolitique se densifie quand on regarde par-dessus l’épaule du président Hakainde Hichilema. La République démocratique du Congo voisine concentre une part croissante de la production de cuivre et de cobalt mondiale, mais elle reste handicapée par la fragilité chronique de la Société nationale d’électricité congolaise, qui ne dessert que 19 pour cent du territoire katangais. Le projet 430 mégawatts illustre, à l’inverse, la capacité zambienne à attirer les capitaux verts occidentaux, alors même que Pékin demeure le bailleur principal de la dette nationale avec 5,8 milliards de dollars d’engagements bilatéraux. La banque Standard Chartered, qui pilote le financement aux côtés de la Société française d’export et de la Société financière internationale, a indiqué dans son communiqué du 22 mai que la structuration sans recours souverain « ouvre une nouvelle ère pour le financement minier-énergétique en Afrique centrale ». Plus encore, le contrat servira de modèle à First Quantum pour ses futurs sites en Argentine et au Pérou, et probablement à Glencore et Barrick, qui négocient en ce moment des projets de même envergure à Mopani et Lumwana. La doctrine zambienne devient ainsi exportable, sans que Lusaka n’ait à fournir la moindre garantie publique. Le ministre des Finances, Situmbeko Musokotwane, voit dans cette ingénierie financière une matrice transposable à la dette renégociée avec le Club de Paris.
Reste la question des contreparties locales. Le ministre zambien de l’Énergie, Makozo Chikote, a obtenu des promoteurs qu’ils consacrent 8 pour cent de leur capacité installée à un réseau de villages autour de Solwezi, soit 34 mégawatts disponibles à un tarif subventionné de 8 cents par kilowattheure. Cinquante-deux mille foyers, soit 0,7 pour cent de la population zambienne, en bénéficieront, ce qui reste très en deçà des besoins du district de Kalumbila où le taux d’électrification rural plafonne à 23 pour cent. L’opposition United Party for National Development, par la voix de Brian Mundubile, dénonce un « partage qui ressemble davantage à une feuille de vigne qu’à une stratégie d’électrification ». Le syndicat des mineurs de la Copperbelt, MUZ, présidé par Saviour Mwambwa, a salué l’accord pour la stabilité de l’emploi, mais réclame 1 200 postes supplémentaires en exploitation et maintenance des futures centrales. Si First Quantum parvient à honorer ces engagements sociaux tout en sécurisant sa production de cuivre, le modèle zambien deviendra la référence panafricaine en matière d’intégration verticale mine, énergie, renouvelable. S’il les escamote, il alimentera le procès en néo-extractivisme vert qui couve, à Lusaka comme à Bruxelles, autour de la Critical Raw Materials Act européenne. La décennie qui s’ouvre arbitrera entre les deux scénarios, et fixera pour longtemps le prix réel de la transition énergétique au cœur de l’Afrique australe.















