Lusaka mise sur un cycle inédit de 2,2 milliards de dollars de financements externes pour pousser sa production cuprifère à un million de tonnes en 2026. Le président Hakainde Hichilema, candidat à sa réélection en août, a fait du minerai rouge le pivot d’une campagne et d’une stratégie post-restructuration.

 

Le 12 mai 2026, à Lusaka, le ministre zambien des Finances Situmbeko Musokotwane a signé avec un consortium piloté par la Société financière internationale et l’ExIm Bank chinoise une nouvelle ligne de financement de 480 millions de dollars destinée à l’expansion de la mine de Kansanshi. La signature, presque routinière, porte à 2,2 milliards de dollars le total des engagements externes captés par la Zambie depuis décembre 2024, selon le décompte de la Banque centrale et de la mission du Fonds monétaire international qui a clos sa sixième revue de programme en janvier 2026. C’est, pour ce pays d’Afrique australe de 21 millions d’habitants, la séquence d’afflux de capital la plus dense depuis l’indépendance. Et elle a un nom : le cuivre. Hakainde Hichilema, élu en 2021 sur la promesse d’un redressement économique, candidat à sa propre succession en août 2026, a fait du minerai rouge le sujet unique de son second cycle. Le pari est risqué, le calendrier serré, et la pluviométrie incertaine.

Pour comprendre l’ampleur du virage, il faut revenir au sommet de Davos, en janvier 2026, où Hichilema a annoncé devant les majors miniers et le secrétaire au Trésor américain l’objectif d’un million de tonnes de cuivre produites dès cette année. La barre, jamais franchie depuis l’ouverture de l’industrie en 1928 par la Roan Antelope Copper Mines, dépasse de 21 pour cent le record historique de 2014 et de 38 pour cent la production de 2024. Pour y parvenir, Lusaka a accéléré sur tous les fronts. Reprise de Mopani Copper Mines par International Resources Holding d’Abou Dhabi, avec un engagement d’investissement de 1,1 milliard de dollars sur cinq ans. Réouverture de Konkola Copper Mines, restituée à Vedanta en 2023 après un long contentieux et désormais alimentée par un programme de désaturation de l’eau de 220 millions de dollars. Mise en production des extensions de Lumwana, Sentinel et Kansanshi, opérées respectivement par Barrick et First Quantum Minerals, qui mobiliseront ensemble 6 800 emplois directs supplémentaires. À l’horizon 2030, Hichilema vise 3 millions de tonnes, ce qui ferait de la Zambie le deuxième producteur mondial derrière le Chili, devant la République démocratique du Congo. Le scénario suppose toutefois que la centrale hydroélectrique de Kariba retrouve un régime hydrique normal, que la voie ferrée TAZARA vers Dar es Salaam soit modernisée par le partenariat sino-tanzanien annoncé en mars, et que Lobito Atlantic Rail, le corridor angolais financé par Washington et la Société financière internationale, atteigne sa pleine capacité en 2027.

L’angle politique n’est pas accessoire. La Zambie sort d’une restructuration de dette emblématique, conduite sous le cadre commun du G20 et achevée pour 6,3 milliards de dollars de créances bilatérales en juin 2023, sous coprésidence française et chinoise. La signature avec les détenteurs d’eurobonds en mars 2024 incluait une clause de remontée des paiements si le PIB et les exportations dépassent un seuil défini en grande partie par le cuivre. En clair, plus la Zambie réussit son pari minier, plus ses créanciers seront payés. C’est aussi pour cela que Pékin observe avec prudence et que Washington pousse. En février 2026, l’administration américaine a accordé une garantie de 800 millions de dollars sur les financements de la Development Finance Corporation pour Lobito, signal géopolitique limpide. La Banque africaine de développement, présidée depuis septembre 2025 par le Mauritanien Sidi Ould Tah, accompagne la dynamique en se positionnant comme maître d’œuvre du Plan de transformation cuprifère 2026-2030, doté de 4 milliards de dollars sur cinq ans. Mais la même séquence comporte des fragilités. Le drame de Sino-Metals à Chambishi, en février 2025, qui a vu une retenue minière déverser cinquante millions de litres d’eau acide dans la rivière Kafue et contaminer la principale réserve en eau potable du pays, a relancé la critique citoyenne sur la gouvernance environnementale. Les paysans des copperbelt accusent l’État d’avoir cédé la rente sans contrepartie sociale, et plusieurs Églises se sont jointes au mouvement.

C’est sur ce terrain que le scrutin d’août se jouera. Le Patriotic Front, ex-formation au pouvoir, a désigné le 11 mai dernier Miles Sampa comme candidat, rompant avec la mémoire d’Edgar Lungu disparu en juin 2025. Tundu Robert Kabwe, ancien gouverneur de la province des copperbelt et présenté comme l’éventuel ticket de Sampa, articule un discours de redistribution de la rente et de renégociation des concessions de Mopani. L’alliance UPND-Patriotic Front, longtemps inconcevable, a même été évoquée par certains barons, mais aucune des deux directions n’y croit publiquement. Hichilema, lui, a tranché. La campagne sera bâtie sur le triptyque cuivre, électricité, infrastructure. Une centrale solaire de 600 mégawatts a été inaugurée à Chisamba en avril, et la levée d’une obligation domestique en kwacha de 1,5 milliard de dollars est attendue avant la fin juin pour financer la modernisation du réseau de transport. Reste un grand inconnu, la météo. Si la saison des pluies 2026-2027 ne remplit pas le lac Kariba, dont le niveau est suivi quotidiennement par la Zambezi River Authority, le déficit énergétique pèsera sur les mines comme en 2024, et le pari du million de tonnes sera retardé d’un an. Pour le moment, la Zambie joue le cuivre comme un État joue sa monnaie, en y suspendant à la fois sa dette, sa diplomatie et sa prochaine élection.