Allumée à Athènes le 10 septembre 2026, la flamme des Jeux olympiques de la jeunesse a touché Dakar deux jours plus tard. Le Sénégal accueillera fin octobre le premier événement olympique organisé en Afrique. Il le fera pendant qu’il renégocie sa dette avec le Fonds monétaire international.

Par Tunde Adeyemi

Le samedi 12 septembre 2026, un avion venu d’Athènes s’est posé à Dakar avec, à son bord, une lanterne allumée quarante-huit heures plus tôt dans le stade panathénaïque. Sept semaines avant le coup d’envoi, la flamme des Jeux olympiques de la jeunesse entamait le 14 septembre une tournée de trente étapes à travers le pays, prévue jusqu’au 30 octobre. Le lendemain, elle traversait des communes où l’essentiel des conversations porte sur le prix du sac de riz et sur les retards de paiement des fournisseurs de l’État. Du 31 octobre au 13 novembre, environ 2 700 athlètes concourront à Dakar, Diamniadio et Saly. Ce sera la première fois qu’un événement olympique se tiendra sur le continent africain.

La symbolique est forte et le Sénégal l’a cultivée avec constance. Les Jeux lui avaient été attribués à la fin des années 2010, pour une édition initialement prévue en 2022, avant un report à 2026. Entre-temps, le pays a changé de majorité, découvert l’ampleur de son endettement réel et ouvert une négociation difficile avec ses créanciers. Le 1er septembre 2026, les services du Fonds monétaire international et Dakar sont parvenus à un accord sur une facilité élargie de crédit de trente-six mois, d’environ 2,2 milliards de dollars, subordonnée à des mesures correctives portant sur les dissimulations de dette héritées de la période précédente. L’approbation du conseil d’administration reste conditionnée à ces correctifs. C’est dans cette fenêtre que s’inscrit la dernière ligne droite de la préparation olympique.

Les ordres de grandeur méritent d’être posés sans dramatisation excessive. Le Comité international olympique évalue le coût de l’édition de Dakar à environ 150 millions de dollars, une somme modeste au regard des Jeux d’été classiques. Le contrat hôte prévoit une contribution de l’État sénégalais de 35,97 milliards de francs CFA, soit près de 63,3 millions de dollars. Le budget 2026 mentionne par ailleurs au moins 91 milliards de francs CFA pour le programme d’infrastructures associé à l’événement. Rapportés aux 2,2 milliards de dollars attendus du Fonds, ces montants ne constituent pas la cause des difficultés budgétaires sénégalaises. Ils en deviennent toutefois le symbole le plus visible, et c’est là que se situe le vrai problème politique. Aucun ajustement ne se joue sur une ligne de 36 milliards de francs CFA dans un budget national ; tout ajustement se joue, en revanche, sur la crédibilité de celui qui le conduit. Une dépense parfaitement soutenable peut devenir politiquement insoutenable si elle est perçue comme le privilège d’une capitale au moment où l’on demande un effort au reste du pays.

Car un programme de facilité élargie de crédit ne se juge pas seulement à ses agrégats. Il impose une discipline de dépense et, surtout, une hiérarchie de priorités que le gouvernement doit rendre lisible. Le président Bassirou Diomaye Faye, son Premier ministre Ahmadou Al Amine Mohamed Lo et le ministre de l’Économie et des Finances Cheikh Diba doivent expliquer simultanément deux choses : que l’État réduit son train de vie et qu’il finance un événement sportif international. Les deux propositions ne sont pas contradictoires sur le plan comptable. Elles le deviennent dans le débat public, où la flamme qui traverse trente localités devient un objet de comparaison permanent avec les hôpitaux sans réactifs et les enseignants en attente de régularisation.

L’argument de la rentabilité mérite néanmoins d’être examiné. Les infrastructures de Diamniadio et de Saly ne sont pas des équipements jetables : elles alimentent une offre de tourisme d’affaires et d’accueil de compétitions dont le Sénégal cherche à faire une filière. La visibilité internationale d’un pays qui sort d’une crise de crédibilité financière a une valeur difficile à chiffrer mais réelle pour l’attractivité des investissements, au moment précis où ses gisements d’hydrocarbures entrent en production. Le pari de la présidence est celui d’une dépense de signal : montrer un État capable d’organiser, dans les délais, un rendez-vous mondial. Encore faut-il que l’exécution soit irréprochable, car un incident logistique produirait l’effet exactement inverse.

Le précédent des grands événements sportifs sur le continent invite à la nuance plutôt qu’au cynisme. Les héritages les plus solides ne sont pas venus des stades, mais des infrastructures de transport et d’hébergement construites autour. Les plus coûteux échecs sont nés de calendriers tenus au prix de dépenses hors budget et de marchés de gré à gré. Le Sénégal, précisément parce qu’il est sous revue du Fonds, dispose d’une incitation inhabituelle à la transparence : chaque dépassement sera documenté, chaque procédure examinée. La contrainte extérieure joue ici comme un garde-fou, ce qui constitue l’un des rares avantages d’un programme d’ajustement. Reste la question du calendrier. Les Jeux s’achèveront le 13 novembre, à quelques semaines de l’examen du budget 2027 et alors que le conseil d’administration du Fonds devra se prononcer sur les mesures correctives exigées de Dakar. La séquence rapproche dangereusement deux registres que le gouvernement aurait préféré tenir séparés : celui de la fête nationale et celui de la rigueur comptable. Toute image de gaspillage diffusée pendant la quinzaine olympique sera reprise dans le débat budgétaire qui suivra immédiatement.

En définitive, les Jeux de la jeunesse ne sont pas un luxe ruineux et ne seront pas non plus un levier de croissance. Ils sont un test de gouvernance, à l’échelle réduite mais sous les projecteurs. La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas sénégalais, est celle de savoir si un État africain en cours de redressement budgétaire peut encore se permettre d’investir dans des actifs immatériels comme le prestige et l’attractivité, ou s’il doit y renoncer jusqu’au retour à l’équilibre. Dakar a choisi de ne pas renoncer. Le 13 novembre, quand la flamme s’éteindra, le jugement se fera sur les comptes autant que sur les médailles.