À quelques jours d’élections générales scrutées par les observateurs de la SADC, la Zambie de Hakainde Hichilema vote le 13 août. Le président sortant part favori face à une opposition décapitée par la mort d’Edgar Lungu, mais son bilan démocratique nourrit désormais autant d’espoirs que de reproches.

Par Chioma Bennett

 

Le 13 août 2026, plusieurs millions d’électeurs zambiens sont appelés aux urnes pour une élection générale à haut risque symbolique. Présidentielle, législatives et locales se tiennent le même jour, dans un pays d’Afrique australe longtemps cité comme un modèle d’alternance pacifique. Cinq ans après l’avoir conquis dans les urnes, le président Hakainde Hichilema, chef du Parti uni pour le développement national (UPND), brigue un second mandat. Signe de la sensibilité du scrutin, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) a commencé à déployer sa mission d’observation, promettant une déclaration préliminaire dès le 15 août. La Zambie joue là plus qu’un fauteuil présidentiel : sa réputation démocratique. Rares sont les scrutins d’Afrique australe aussi observés, tant le pays a longtemps servi de vitrine à l’alternance pacifique sur le continent.

L’élection se déroule sur fond de tableau contrasté. Arrivé au pouvoir en 2021 sur la promesse de restaurer l’État de droit, de relancer une économie asphyxiée par la dette et de rompre avec les dérives de son prédécesseur, Hichilema peut se prévaloir d’acquis réels. La Zambie, premier défaut souverain africain de l’ère post-Covid, a bouclé une restructuration laborieuse de sa dette extérieure, renoué avec la croissance et retrouvé la confiance prudente des bailleurs. Le pays, deuxième producteur de cuivre du continent, mise sur l’envolée des métaux de la transition énergétique pour financer son redressement. Mais la promesse démocratique, elle, s’est effritée. L’accord conclu avec ses créanciers, publics comme privés, avait été présenté comme un modèle de sortie ordonnée de crise pour les pays surendettés du continent.

Ses détracteurs dressent un réquisitoire nourri. Organisations de la société civile et partie de l’opposition accusent le pouvoir d’avoir progressivement incliné le terrain de jeu : recours répétés à une loi sur l’ordre public pour entraver les rassemblements adverses, poursuites judiciaires visant des figures gênantes, pressions sur des médias et sur la commission électorale. Le camp présidentiel récuse toute dérive et renvoie ses adversaires à leurs divisions. Il n’empêche : à la veille du vote, l’appel de la société civile à un déploiement massif d’observateurs nationaux et régionaux trahit une défiance que le scrutin de 2021, salué pour sa transparence, n’avait pas connue. Ce climat de suspicion contraste avec l’image d’un homme qui, opposant infatigable, avait fait de la défense des libertés son principal fonds de commerce politique.

Pour l’électeur ordinaire, l’enjeu se mesure d’abord au portefeuille. Malgré le retour de la croissance, la vie chère, les coupures d’électricité liées à une sécheresse qui a mis à mal les barrages hydroélectriques et un chômage des jeunes persistant pèsent sur le quotidien. La restructuration de la dette a soulagé les comptes de l’État sans encore transformer la vie des ménages. Dans les quartiers populaires de Lusaka comme dans les campagnes du Copperbelt, la patience s’use : beaucoup avaient voté en 2021 pour un changement rapide, et jugent le redressement trop lent à se traduire en emplois et en pouvoir d’achat. La sécheresse, en asséchant le lac de retenue de Kariba, a rappelé la vulnérabilité d’une économie encore trop dépendante de l’hydroélectricité et du cours du cuivre.

Face à lui, l’opposition avance en ordre dispersé. Le Front patriotique (PF), premier parti d’opposition, a été privé de son champion : l’ancien président Edgar Lungu, écarté par la Cour constitutionnelle en raison de son inéligibilité, est mort en juin 2025, laissant un vide que nul n’a comblé. Querelles de leadership, symboles de parti disputés devant les tribunaux, alliances fragiles : le camp anti-Hichilema peine à présenter un front uni et un candidat capable de fédérer. Cette dispersion, autant que les manœuvres du pouvoir, explique le statut de favori du sortant. Une opposition faible fait souvent le lit d’un scrutin sans suspense, mais rarement celui d’une démocratie apaisée. Faute d’un candidat unique, le vote protestataire risque de se disperser entre plusieurs prétendants, offrant au sortant une victoire presque assurée dès le premier tour.

Le scrutin dépasse les frontières zambiennes. Dans une Afrique australe où plusieurs pays connaissent des alternances tendues et où la SADC est régulièrement accusée de complaisance envers les sortants, la crédibilité de la mission d’observation régionale est elle-même en jeu. Lusaka, courtisée par les Occidentaux comme par la Chine et les investisseurs miniers, sait qu’un vote contesté fragiliserait la confiance retrouvée. La stabilité zambienne est aussi un actif économique : elle conditionne les financements, les projets cuprifères et la place du pays dans la ruée mondiale sur les minerais critiques. Un dérapage électoral coûterait cher, bien au-delà de la seule scène politique. Les partenaires miniers, chinois comme occidentaux, suivent le scrutin avec attention, conscients que la prévisibilité politique vaut, pour eux, autant qu’un gisement.

En définitive, l’élection du 13 août n’est pas seulement un duel entre un sortant et ses rivaux ; elle est un test pour l’idée même d’alternance en Afrique australe. La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas zambien, est celle de savoir si un dirigeant venu de l’opposition, porté au pouvoir par la promesse de faire mieux que ses devanciers, saura se soumettre aux règles qu’il invoquait hier. Pour Hichilema, la voie est étroite : gagner proprement pour ne pas trahir le récit qui l’a fait roi, sans céder à la tentation, si répandue sur le continent, de confondre sa reconduction avec celle de la démocratie elle-même.