Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI

Le 29 juin, le Fonds monétaire international a validé un accord ouvrant à l’Égypte un décaissement de 1,64 milliard de dollars. L’avant-dernière tranche d’un programme de 48 mois soulage Le Caire, mais rappelle la dépendance d’une économie sommée de réformer plus vite qu’elle ne le voudrait.

Le 29 juin, dans un communiqué au ton mesuré, le Fonds monétaire international a annoncé un accord au niveau des services avec l’Égypte, ouvrant la voie à un décaissement d’environ 1,64 milliard de dollars. C’est l’avant-dernière tranche d’un mécanisme élargi de crédit de quarante-huit mois, considérablement augmenté en 2024, auquel s’ajoute une facilité pour la résilience et la durabilité. Une fois le versement approuvé par le conseil d’administration, attendu dans les prochaines semaines, le cumul décaissé atteindra 7,2 milliards sur les 9,3 prévus par les deux programmes, qui doivent s’éteindre à l’automne. Pour Le Caire, l’oxygène est réel, à un moment où les besoins de financement extérieur restent considérables. Mais chaque tranche du FMI se paie en réformes, et l’Égypte approche du moment où elle devra prouver qu’elle peut tenir sans perfusion.

L’accord conclu le 29 juin sanctionne la septième revue d’un programme signé en 2022, puis élargi au plus fort d’une crise de change qui avait vu la livre égyptienne perdre la moitié de sa valeur. Une mission conduite par Amine Mati, chef de mission du Fonds pour l’Égypte, avait mené les discussions au Caire du 11 au 21 mai, prolongées ensuite en visioconférence. Le texte valide aussi la deuxième revue de la facilité pour la résilience et la durabilité, censée financer la transition climatique, dont environ 136 millions de dollars relèvent de ce guichet. Les deux programmes doivent s’achever en octobre et en décembre 2026, un horizon désormais très proche, qui transforme chaque revue en répétition générale de l’après-Fonds. À Washington, on salue des progrès ; on rappelle aussi, entre les lignes, que le plus dur reste à faire.

Le gouvernement de Moustafa Madbouli a salué un feu vert qui récompense des mesures douloureuses : flottement de la livre, hausses répétées des prix des carburants et de l’électricité, resserrement monétaire brutal pour casser une inflation qui avait dépassé les trente pour cent. Le Caire met aussi en avant ses privatisations et son engagement, martelé devant le Fonds, de réduire l’empreinte de l’État et de l’armée dans l’économie. C’est précisément sur ce dernier point que se concentrent les exigences du FMI : céder des actifs publics, ouvrir des secteurs verrouillés, laisser le privé concurrencer des conglomérats adossés à la puissance publique et à ses avantages. Chaque cession annoncée devient un test de crédibilité, scruté par des investisseurs qui attendent des actes plus que des intentions.

Pour les Égyptiens, la contrepartie de ces satisfecit s’appelle vie chère. La dévaluation a renchéri tout ce que le pays importe, à commencer par le blé, dont l’Égypte est l’un des premiers acheteurs mondiaux. Les subventions rabotées sur le pain, l’énergie et le transport pèsent sur une population dont une large part vit sous ou près du seuil de pauvreté, dans un pays de plus de cent millions d’habitants. Le décaissement de 1,64 milliard n’atterrira pas dans les foyers ; il conforte les réserves de change et rassure les créanciers étrangers. L’écart entre la stabilisation macroéconomique célébrée à Washington et le pouvoir d’achat réel des ménages demeure le point aveugle du programme, et le principal risque politique pour un pouvoir attentif à la rue.

Entre l’État et le citoyen, le tissu productif encaisse lui aussi le choc. Les entreprises privées, que le Fonds voudrait voir prospérer, se plaignent depuis des années de la concurrence d’acteurs publics et militaires bénéficiant d’exonérations et d’un accès privilégié aux devises et aux marchés. La promesse d’un désengagement de l’armée, réitérée à chaque revue, avance lentement, tant ces intérêts sont enchâssés dans l’appareil d’État. Or, sans un secteur privé vigoureux pour prendre le relais de la dépense publique, la croissance égyptienne risque de rester tributaire des rentes extérieures : canal de Suez, tourisme, transferts des émigrés et capitaux du Golfe. Les investissements directs étrangers, hors méga-opérations immobilières, tardent à décoller à la hauteur des espérances affichées.

La dimension géopolitique est ici décisive. L’Égypte est trop grande et trop stratégique pour que ses partenaires la laissent vaciller. L’accord de Ras el-Hekma signé avec les Émirats arabes unis en 2024, puis les appuis européens et du Golfe, ont autant sauvé Le Caire que le Fonds lui-même. Cette centralité protège le pays, mais elle nourrit un aléa moral : pourquoi mener jusqu’au bout des réformes impopulaires si les bailleurs finissent toujours par payer ? La guerre à Gaza, les tensions en mer Rouge qui amputent lourdement les recettes du canal de Suez, l’instabilité soudanaise à la frontière sud, tout concourt à faire de la stabilité égyptienne un bien régional que nul ne veut voir s’effondrer. Le Caire le sait, et joue de cette indispensabilité comme d’un atout de négociation.

En définitive, la septième revue n’est pas seulement un jalon comptable ; elle pose la question de l’après-programme. À l’automne, l’Égypte devra montrer qu’elle sait vivre sans le filet du Fonds, avec une dette encore lourde, un service de la dette qui absorbe une part écrasante des recettes et une population lasse des sacrifices. La question qui se pose désormais, au-delà du seul cas égyptien, est celle de savoir si un pays peut réformer durablement quand sa taille même le rend trop important pour faire faillite. Le décaissement du 29 juin desserre la trésorerie ; il ne dit rien de la capacité du Caire à se passer, un jour, de la prochaine tranche.