À cinq mois d’une présidentielle qu’il dit déjà gagnée, Hakainde Hichilema fait du cuivre son argument central. Le kwacha grimpe, les majors étrangères injectent des milliards, le FMI clôt sa sixième et dernière revue. Reste à savoir si le ruissellement atteindra les Copperbelt avant le scrutin d’août.

 

Sur la place de Choma, fief méridional du parti présidentiel, Hakainde Hichilema s’est avancé fin avril devant les fanions du United Party for National Development. « Cette élection est must-win », a martelé le président, déroulant un message en cinq points qui tient à un constat simple : la Zambie reprend pied. Le kwacha, monnaie longtemps malmenée, a grimpé de dix-sept pour cent depuis le 1er janvier selon des données compilées par Bloomberg, porté par un cuivre sorti de sa torpeur. Les cours du métal rouge ont franchi les treize mille dollars la tonne courant avril, dopés par l’électrification européenne et chinoise, par les centres de calcul américains et par l’éviction du panaméen Cobre Panamá du marché mondial depuis fin 2023. À Lusaka, la salle de marché de la Banque de Zambie suit ces courbes comme on tient un baromètre ; le palais présidentiel, lui, en fait un récit de campagne. Il y a quatre ans, à peine, le pays sortait du premier défaut souverain africain de l’ère post-Covid ; il s’apprête désormais à se présenter aux Spring Meetings du FMI et de la Banque mondiale comme l’un des cas d’école d’une réussite africaine de restructuration de dette.

Le récit a sa logique chiffrée. Hichilema a hérité, à son arrivée en 2021, d’une économie en défaut, lestée d’une dette extérieure dépassant 150 % du produit intérieur brut. Au tournant de 2026, ce ratio est tombé sous les 80 % selon le Fonds monétaire international, qui a signé en décembre 2025 le staff-level agreement de la sixième et dernière revue de la facilité élargie de crédit. Quatre-vingt-quatorze pour cent de la dette éligible a été restructurée, le service de la dette s’est allégé, l’inflation s’est tassée. La production minérale, estimée à environ 890 000 tonnes fin 2025, vise le million de tonnes cette année, selon le ministère des Finances. First Quantum Minerals a inauguré au cours du premier trimestre 2026 son extension de 1,25 milliard de dollars sur le site de Kansanshi, qui doit produire en moyenne 250 000 tonnes par an jusqu’en 2044. L’objectif présidentiel, triple production à trois millions de tonnes d’ici 2031, n’est plus tenu pour fantaisiste, ni par la Banque africaine de développement, qui prévoit une croissance zambienne de 6,4 % pour 2026, ni par le FMI, qui anticipe une moyenne de 5,6 % entre 2026 et 2031. Le pari Hichilema est devenu, sur ce périmètre, un rendez-vous statistique.

Le contre-récit est plus rude. La Zambie reste, à la veille du scrutin d’août, une économie d’un seul produit. Le cuivre représente, selon la Banque mondiale, plus de 70 % des recettes d’exportation et près de 80 % des recettes en devises. First Quantum, qui a vu sa mine panaméenne arrêtée, dépend désormais de la Zambie pour 90 % de sa production mondiale, ce qui crée une asymétrie dont Lusaka mesure mal le coût politique. Les chantiers structurants, Konkola Copper Mines toujours en quête d’investisseur stable, Mopani Mines en cours de relance avec l’émirati International Resources Holding, restent suspendus à des arbitrages que le calendrier électoral durcira. Sur le plan social, le chômage urbain reste élevé dans le Copperbelt et la Lusaka Province ; la part de la population sous le seuil de pauvreté avoisine 60 %, selon les données 2024 de la Banque mondiale ; les coupures électriques, héritées de la sécheresse de 2024, n’ont pas disparu. La rente, dans cet écart, ne suffit pas à acheter la paix sociale. Hichilema, qui a déjà essuyé en 2024 et 2025 des manifestations de chauffeurs et de petits commerçants, sait qu’une correction du marché du cuivre, fût-elle modeste, peut défaire en quelques mois ce que le supercycle bâtit en deux ans.

Trois trajectoires se dégagent à six mois. Premier scénario, le supercycle tient jusqu’en août, le kwacha consolide ses gains, l’opposition, divisée entre l’ancien parti au pouvoir Patriotic Front et plusieurs candidats plus jeunes, ne parvient pas à fédérer ; Hichilema rempile, le pari se confirme, mais l’addiction au cuivre se renforce. Deuxième scénario, le marché corrige, la Chine ralentit ses achats, le kwacha rend une part de ses gains ; le récit de campagne s’effrite, le vote rural reste favorable à l’UPND, mais la Copperbelt, mémoire électorale du PF, redevient compétitive ; le second tour redevient envisageable. Troisième scénario, le calendrier social déraille avant le vote, sur fond de coupures d’électricité ou de tensions salariales dans les mines ; la posture sécuritaire du gouvernement se durcit, l’opposition criera à la dérive autoritaire, le FMI et les bailleurs européens marqueront leur réserve. Dans les trois cas, le modèle extractif zambien reste, à moyen terme, suspendu à un cours mondial qu’il ne maîtrise pas. Hichilema a obtenu, en cinq ans, un redressement remarquable. Il devra, pour transformer la performance en doctrine, démontrer qu’il sait dépenser le cuivre sans en redevenir l’otage. Le pays, pour la première fois depuis l’indépendance, se donne les moyens d’y répondre.