Par Tunde Adeyemi

Le vendredi 25 septembre, à Accra, le directeur général du Ghana Cocoa Board (Cocobod), Randy Abbey, a annoncé le prix producteur de la campagne 2026/27 : 42 400 cedis la tonne, soit 2 650 cedis le sac de 64 kilogrammes. Le chiffre est en hausse de 1 008 cedis par rapport aux 41 392 cedis de la petite campagne, une progression de 2,4 %. Le prix représente 71,18 % du prix FOB brut réalisé, au-dessus du plancher de 70 % que garantit désormais la loi. Dans un pays où le cacao fait vivre des centaines de milliers de ménages, l’annonce se voulait rassurante. Elle est surtout révélatrice.

Car la hausse est un trompe-l’œil. En février 2026, selon The High Street Journal, le Cocobod avait ramené le prix producteur de 58 000 à 41 392 cedis la tonne, sous l’effet du reflux des cours mondiaux et de fortes tensions de trésorerie. Le nouveau barème reste ainsi inférieur d’environ 27 % à celui du début de la grande campagne précédente. En juin, l’organisme avait maintenu le prix de la petite campagne à 2 587 cedis le sac. Les attentes de la filière étaient plus élevées : la presse économique évoquait, à la veille de l’annonce, un sac autour de 2 737 cedis, soit une hausse de 5,8 %. Le gouvernement de John Dramani Mahama a choisi la prudence.

Cette prudence tient d’abord à un changement de règles. La campagne 2026/27 est la première placée sous le régime du Ghana Cocoa Board Act de 2026, qui institue un mécanisme d’ajustement automatique du prix producteur, indexé sur les cours internationaux, le taux de change et d’autres variables, avec la garantie de 70 % du prix FOB. Randy Abbey a insisté sur la méthode : le prix a été fixé après concertation entre le Cocobod, le ministère des Finances, les planteurs et les acteurs réunis au sein de la Chamber of Cocoa Marketers, qui fédère acheteurs agréés, transporteurs et transformateurs. Selon Adomonline, il présente l’ajustement comme un moyen d’améliorer la viabilité financière de la filière tout en assurant aux planteurs une part significative de la valeur de leur production. La loi dépolitise le prix. Elle transfère aussi le risque de marché, plus directement qu’avant, vers les exploitations.

Le deuxième ressort est financier, et c’est là que se trouve le vrai sujet. Pendant des décennies, le Cocobod a préfinancé ses achats par des prêts syndiqués internationaux qui exigeaient, d’après The High Street Journal, de nantir entre 70 et 92 % de la récolte au profit de créanciers étrangers. Ce modèle a craqué ces dernières saisons. L’organisme veut désormais lever des fonds sur le marché domestique par un programme de Cocoa Notes, et a engagé à Londres des discussions avec des négociants sur des billets de trésorerie et des émissions obligataires, selon MyJoyOnline. Mais les investisseurs locaux réclament des rendements plus élevés avant de s’engager. Un prix producteur modéré n’est pas seulement un choix agricole : c’est une condition pour rendre le bilan du Cocobod finançable.

Le troisième angle est régional, et il pourrait peser davantage que tous les autres. Le 1er septembre, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec environ 40 % des volumes, a fixé son prix bord champ de la grande campagne 2026-2027 à 1 200 francs CFA le kilogramme, contre 2 800 francs CFA un an plus tôt, soit une baisse de 57 %. Abidjan a en outre ouvert la campagne dès le 1er septembre, un mois plus tôt que d’habitude. Les deux pays suivent désormais des trajectoires opposées : hausse modeste à Accra, coupe drastique à Abidjan. Pendant des années, la contrebande a drainé les fèves ghanéennes vers la Côte d’Ivoire lorsque le prix y était plus attractif. Le nouvel écart pourrait inverser ces flux le long de la frontière, au risque de brouiller les statistiques de production des deux pays et de fragiliser l’initiative commune de gouvernance des prix qu’ils portent depuis 2019.

Il faut aussi mesurer le retournement du marché. Les cours internationaux avaient approché 13 000 dollars la tonne en décembre 2024, au plus fort d’une pénurie liée aux maladies des vergers et aux aléas climatiques en Afrique de l’Ouest. Le reflux qui a suivi a ruiné les calculs des offices de commercialisation, qui avaient vendu à terme une partie de leurs récoltes à des prix plus bas avant l’envolée, puis subi la baisse. Le Ghana a payé deux fois : il n’a que partiellement profité de la flambée, et il en absorbe pleinement la retombée. La nouvelle loi est une réponse à ce piège ; elle ne suffit pas à reconstituer les marges perdues.

Pour les planteurs, le calcul reste amer. Un sac payé 2 650 cedis ne compense ni la baisse de février ni l’inflation des intrants, et les exigences du règlement européen sur la déforestation, auxquelles la filière se prépare selon MyJoyOnline, ajoutent des coûts de traçabilité que les petites exploitations supportent mal. Le risque est connu : moins de revenus, moins d’entretien des vergers, plus de parcelles cédées à l’orpaillage illégal, le galamsey, qui ronge déjà les zones cacaoyères.

La campagne qui s’ouvre servira de test grandeur nature au nouveau modèle ghanéen. Si le programme de Cocoa Notes attire l’épargne locale et que le mécanisme d’indexation fonctionne, Accra aura réussi à sortir le cacao d’une dépendance vieille de plusieurs décennies envers les banques étrangères. S’il échoue, le Cocobod devra choisir entre des retards de paiement aux planteurs et un retour discret vers les financements syndiqués qu’il prétend quitter. Dans les deux cas, les 1 008 cedis de hausse ne sont pas une politique. Ils sont le prix d’un répit.