
Le nombre de personnes tuées pendant les trois semaines de manifestations qui viennent de secouer la République islamique d’Iran s’élève à trois mille cent dix-sept (3 117), selon le chiffre officiel annoncé par la télévision d’État.
La répression a causé un massacre qui laissera un traumatisme profond dans de nombreuses familles, durement affectées par la disparition brutale de leurs proches.
Comme ce fut le cas lors de multiples soulèvements ayant visé le régime des mollahs sans parvenir à le déraciner, l’évolution actuelle de la situation penche vers une nouvelle victoire du pouvoir en place.
Ce dernier dispose d’un arsenal terrifiant pour mater toute révolte, mais aussi de soutiens populaires nombreux qui ont, une fois encore, fait la démonstration de leur engagement politique en faveur du régime islamique. La contre-mobilisation populaire impressionnante qu’ils ont organisée a été déterminante dans cette nouvelle victoire du régime.
Malgré l’affaiblissement du pouvoir, marqué par les assassinats ciblés de certains de ses leaders et alliés au Liban, en Syrie et sur le sol iranien par Israël, ainsi que par le bombardement de ses sites nucléaires par les États-Unis — sans que l’ampleur des dégâts ne soit clairement établie —, le régime théocratique ne s’est pas effondré.
L’implication importante de l’héritier du Chah n’a pas été décisive. Celui-ci ne bénéficie ni d’une adhésion populaire suffisante, ni — encore moins — des moyens indispensables ou de soutiens internationaux solides et déterminés.
L’espoir de voir Donald Trump s’engager directement dans ce conflit s’est rapidement dissipé. Le président américain n’a manifestement pas souhaité replonger son pays dans des batailles extérieures à l’issue incertaine, comme les interventions en Irak et en Afghanistan l’ont démontré par le passé.
Donald Trump a toutefois multiplié les déclarations menaçantes à l’encontre du régime de Téhéran, galvanisant dans un premier temps les manifestants. Leur espoir, finalement douché, peut expliquer leur ferveur, l’ampleur de leur mobilisation et sa durée.
Se sentant menacés, les Gardiens de la Révolution islamique et l’armée régulière ont tiré à balles réelles sur les foules, provoquant le carnage que le régime a été contraint de reconnaître. Et d’assumer, de facto, son caractère antidémocratique ainsi que sa volonté de faire perdurer une théocratie rejetée par la majorité des jeunes.
C’est pourquoi ce nouveau succès dans sa confrontation avec une grande partie du peuple n’est qu’une bataille de plus remportée.
Pas la guerre.
La situation économique, marquée par une inflation rendant le coût de la vie insoutenable, demeure le talon d’Achille du régime et la principale source de la colère populaire.
Les sanctions économiques imposées par les Occidentaux, qui fonctionnent comme un étau, constituent une menace majeure pour les mollahs. Elles contribuent à une situation de blocage quasi total dans un pays sans solution immédiate pour vaincre l’inflation.
Cela dit, les sanctions ne suffisent pas à expliquer, à elles seules, la cherté de la vie en Iran. La gestion des ressources joue également un rôle central, une part importante des revenus étant consacrée au programme nucléaire, à la production de missiles et de drones.
Le soutien financier massif apporté aux alliés dans la lutte contre Israël est aussi un facteur à prendre en compte, même si l’État hébreu a porté des coups sévères à ces différents acteurs.
En réalité, ce sont des choix politiques qui expliquent l’orientation économique du pays et la mainmise du régime sur celle-ci. Cette situation empêche toute libéralisation susceptible de favoriser un développement améliorant le niveau de vie de la population en général, et des jeunes en particulier.
Le régime des mollahs aurait intérêt à lâcher du lest et à permettre à la jeunesse de vivre plus librement. Le rigorisme islamique imposé par la force n’est pas une option viable.
Téhéran peut-il s’orienter vers une forme de « compromis religieux historique » qui assouplirait l’excès de zèle des Gardiens de la Révolution et adapterait la théocratie aux mutations planétaires induites par la mondialisation, les nouvelles technologies de communication de masse et les réseaux sociaux ?
Rien n’est moins sûr.
Mais un État capable de maîtriser le nucléaire et de produire en masse missiles et drones peut-il durablement se recroqueviller sur des pratiques d’un autre âge ? À long terme, la question reste entière.


















