Le guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, a été éliminé par l’offensive surprise déclenchée hier par la coalition israélo-américaine, qui a bombardé son lieu de résidence à Téhéran.

L’attaque massive a fait un carnage au sein de l’exécutif iranien et de la hiérarchie militaire. Des dizaines de personnalités ont perdu la vie.

Cette opération spectaculaire, lancée alors que des négociations étaient en cours entre Iraniens et Américains, était censée décapiter le régime des mollahs. Mais ce n’est pas encore le cas car, tout de suite après, l’Iran a riposté en tirant des missiles sur Israël et certains pays du Golfe.

Depuis vingt-quatre heures, la bataille par bombardements aériens (de la part de l’aviation israélienne, soutenue par celle américaine) et tirs de missiles (par les Iraniens) perdure et s’intensifie.

Hier, il a été dénombré environ 200 morts en Iran et environ deux morts en Israël, ainsi qu’autant aux Émirats. Le bilan, côté israélien, est monté à six morts au moment où nous écrivons cet article.

Ces pertes humaines sont terribles mais, malheureusement, vont se multiplier dans la mesure où Israël continue de cibler Téhéran pour détruire autant d’infrastructures que possible, afin de saper le moral des autorités du régime et les pousser à « capituler ».

Cet objectif ne se dessine pas à court terme. Au contraire, les nouveaux leaders en charge de l’exécutif (en attendant une désignation officielle) affirment qu’ils vont infliger aux agresseurs une « correction mémorable ».

Ce qui est certain, c’est que le régime iranien joue sa survie et va se battre jusqu’au bout. Ainsi, au deuxième jour de la guerre, les attaques de missiles sur le territoire israélien sont en flux continu, mettant à rude épreuve les populations obligées de se réfugier dans des abris à chaque fois que les sirènes retentissent pour annoncer l’arrivée d’un missile.

Dans ce contexte, un conflit de longue durée semble s’installer dans la mesure où ni les Israéliens ni les Américains n’envisagent d’engager des troupes au sol sur le territoire iranien, qui est immense, avec une population de plus de 90 millions d’habitants.

La guerre éclair espérée n’est pas au rendez-vous pour le moment. Il faut donc craindre l’enlisement, qui serait défavorable aux Israéliens et aux Américains, lesquels ont misé sur un effondrement du régime, certes rejeté par beaucoup d’Iraniens, mais aussi soutenu par beaucoup d’autres.

Un autre problème est le manque d’un leader d’envergure nationale capable de fédérer une grande majorité des citoyens. L’héritier du Shah d’Iran essaie de s’imposer, mais sa popularité n’est pas « écrasante », si l’on peut dire. Il ne semble pas être le « sauveur attendu ». Son statut va-t-il évoluer ?

Le scénario d’un éventuel coup d’État militaire est-il crédible ? L’enracinement du régime des mollahs, au pouvoir depuis 47 ans, est-il solide ?

À l’évidence, il est contesté et la répression féroce des 8 et 9 janvier derniers, qui a mis fin aux manifestations populaires contre le régime iranien, a accentué la détestation du pouvoir par ceux qui le contestent. Les autres, qui lui sont fidèles, avaient organisé des manifestations monstres pour témoigner de leur engagement politique à ses côtés.

Le bilan des répressions, qui se chiffre à plusieurs dizaines de milliers de morts, a-t-il changé la donne ? La guerre en cours devrait permettre de le savoir.

Pour le moment, il y a eu des manifestations dans les deux camps et le hiatus, pour ainsi dire, reste inchangé.

L’évolution du conflit devrait inquiéter la communauté internationale, qui brille par son silence et son absence d’initiative. Il est vrai que Netanyahou et Trump ont « privatisé » le dialogue avec Téhéran en excluant tous les autres acteurs potentiels qui auraient pu apporter des contributions pertinentes.

Faut-il pour autant se contenter d’observer la critique des armes qui se déroule et devient de plus en plus imprévisible ?

Le régime iranien continue de cibler les pays du Golfe qui ne lui ont fait aucun tort. Téhéran assure viser les bases américaines, mais n’ignore pas les victimes collatérales émiraties déjà comptabilisées. Ensuite, pourquoi bombarder un navire appartenant à Oman, pays qui a abrité une partie des négociations avec les Américains ?

N’y a-t-il pas un risque d’escalade, car d’autres pays occidentaux ont des bases militaires dans les États du Golfe ? C’est le cas de la France, qui dispose d’une base importante à Abou Dhabi.

Il y a aussi le blocage du détroit d’Ormuz, décrété par l’Iran, qui pourrait avoir des conséquences planétaires, dans la mesure où il s’agit d’un point de passage pour des tankers acheminant 25 % des exportations mondiales de pétrole.

Plus la guerre se prolongera, plus ses effets néfastes se développeront et impacteront l’économie de nombreux pays sur tous les continents.

Il n’est jamais trop tard pour essayer d’arrêter un conflit sanglant.