
À Nairobi, au cœur d’un continent en quête de reconnaissance institutionnelle, Antonio Guterres a ravivé un débat aussi ancien que pressant : celui de la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. À ses yeux, l’architecture actuelle des Nations Unies ne reflète plus l’équilibre réel des puissances ni les dynamiques contemporaines.
Dans un plaidoyer aux accents réformistes, le secrétaire général a dénoncé une « injustice historique » persistante : l’absence de représentation permanente du continent africain au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une anomalie institutionnelle héritée d’un ordre mondial façonné au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et que les évolutions géopolitiques rendent aujourd’hui difficilement soutenable.
Car derrière l’appel à la réforme se heurte une réalité immuable : celle du verrou des cinq membres permanents — États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Chine — dont le droit de veto demeure le cœur du pouvoir onusien. Une réforme impliquerait, de facto, une redistribution de cette influence, perspective politiquement sensible.
En marge d’un sommet Afrique-France organisé dans la capitale kényane, une vingtaine de ministres africains ont abordé cette question avec leurs homologues, dans un contexte international marqué par des fractures croissantes. Pour Guterres, la réforme n’est plus un luxe diplomatique mais une nécessité stratégique : sans adaptation, la capacité du Conseil de sécurité à garantir la paix mondiale pourrait s’éroder davantage.
Le secrétaire général n’ignore pas la complexité du chantier. Il reconnaît que toute évolution reste difficile à court terme, malgré quelques initiatives visant à encadrer l’usage du veto, notamment en cas de crimes de masse. Mais l’enjeu, insiste-t-il, dépasse les équilibres institutionnels : il touche à la crédibilité même du multilatéralisme.
Cette séquence diplomatique s’inscrit dans une visite plus large au Kenya, où le patron de l’ONU a également lancé l’extension du complexe onusien de Nairobi, appelé à devenir un hub stratégique pour l’organisation. Un projet estimé à 340 millions de dollars, dans un contexte budgétaire contraint, marqué notamment par la réduction des contributions américaines sous la présidence de Donald Trump.
Au-delà des chiffres et des chantiers, le message est clair : à l’heure où les lignes de force du monde se redessinent, l’Afrique ne peut plus rester à la périphérie des centres de décision. La réforme de l’ONU, si elle advient, sera aussi le révélateur de la capacité du système international à se réinventer.















