
Par Dr. Muhammad al-Hajj Mahmûd al-Tâlib, Président du Centre Râʾid pour les études stratégiques et le développement
De temps à autre, des voix s’élèvent pour accuser les Arabes et les musulmans de pratiquer l’esclavage et l’asservissement des peuples, en s’appuyant sur certaines pratiques serviles ayant existé à certaines périodes de l’histoire islamique. Certains vont même plus loin en accusant l’islam lui-même de favoriser l’esclavage et de le légaliser, citant des versets coraniques et des hadiths qu’ils déforment et lisent hors de leur contexte, afin d’associer la servitude à l’islam et à ses adeptes.
Récemment, le président burkinabè Ibrahim Traoré s’est joint à ces voix en accusant les Arabes et les musulmans d’avoir asservi l’Afrique pendant mille ans. Ces accusations récurrentes nous obligent à nous y arrêter et à examiner en toute objectivité la relation de l’islam, en tant que religion, avec l’esclavage et la servitude : ses enseignements consacraient-ils et légitimaient-ils l’esclavage, ou bien furent-ils pionniers dans l’appel à la liberté et à la dignité de l’être humain ?
Dans cet article, nous nous proposons de discuter du phénomène de l’esclavage et de l’asservissement du point de vue islamique, en interrogeant les textes où il est question de la servitude et en les replaçant dans leur contexte historique, conformément aux finalités de la loi islamique (maqâsid) que l’islam est venu réaliser – parmi lesquelles la liberté, qui constitue un objectif juridique et une finalité que l’islam entendait concrétiser.
Notre étude s’articule autour de deux comparaisons centrales. La première consiste à observer le phénomène de l’asservissement et l’enracinement de l’esclavage dans ses multiples manifestations au sein de nombreuses civilisations et religions, qui l’ont légalisé par des textes religieux ou des lois positives, avant et après l’avènement de l’islam.
La seconde partie de la comparaison examine le rôle de l’islam dans la lutte contre l’esclavage. Il ne nous sera cependant pas possible de saisir pleinement les mécanismes déployés par l’islam pour le combattre – en raison de leur caractère complexe et de leurs approches multiples – sans comprendre le contexte historique de la législation et l’objectif de réalisation de la liberté, envisagée comme une stratégie dont l’efficacité et les résultats concrets découlent d’une politique de progressivité dans l’élimination de la pratique esclavagiste, qui a produit une transformation remarquable dans l’éradication de l’esclavage au sein des premières sociétés islamiques.
L’humanité a connu l’esclavage très tôt dans son histoire : il est aussi ancien que l’injustice, la cupidité et l’exploitation. La plupart des nations et des peuples l’ont pratiqué, et il a constitué un pilier fondamental de la structure économique des civilisations anciennes et modernes, les esclaves et les prisonniers étant mis à contribution pour construire des remparts, des forteresses, creuser des canaux, cultiver les champs, et accomplir d’autres tâches pénibles.
Pour garantir la pérennité de cette exploitation et la soumission des esclaves au service de leurs maîtres, des lois iniques furent édictées afin de légaliser cette pratique injuste. Cela commença avec le code de Hammurabi, qui codifia l’asservissement comme peine pour certains crimes ou pour l’acquittement de dettes, en passant par les civilisations grecque et romaine qui le légalisèrent comme un droit du vainqueur en temps de guerre, jusqu’aux empires occidentaux des derniers siècles, qui contribuèrent à la propagation de ce phénomène et promulguèrent des lois pour légitimer l’asservissement des peuples, d’une part, et pour le consolider et dissuader quiconque, parmi les esclaves, oserait s’y opposer ou s’enfuir de son maître, d’autre part. Parmi les plus célèbres et les plus odieux de ces textes figure le « Code noir », édicté par le roi de France Louis XIV en 1685, qui classait les esclaves comme des « biens meubles » pouvant être vendus et achetés, et allait même jusqu’à codifier des châtiments corporels d’une extrême brutalité : l’article 38 de ce code stipule que l’esclave fugitif pendant un mois « aura les oreilles coupées et sera marqué au fer rouge d’une fleur de lis sur l’épaule ; pour la seconde fois, on lui coupera le jarret ; et pour la troisième, il sera puni de mort ». Ce code est resté en vigueur dans un pays dont la devise est « Liberté, Égalité, Fraternité » jusqu’au début de l’année 2026, lorsque l’Assemblée nationale française, sous la pression des organisations de lutte contre l’esclavage, a engagé des procédures pour l’abroger.
Par une douloureuse ironie, la pratique de l’asservissement ne s’est pas limitée aux seules civilisations occidentales ; certaines civilisations, royaumes et tribus africaines l’ont également pratiquée au cours de l’histoire. Bien plus, certains de leurs rois et sultans ont joué le rôle d’intermédiaires dans le commerce des esclaves. Et, hélas, les séquelles de l’esclavage perdurent encore aujourd’hui, sous la forme d’une hiérarchie sociale discriminatoire entre noblesse et caste servile, ainsi que par l’oppression et la marginalisation dans certains pays africains.
Quant aux religions anciennes, elles ont adopté des positions variées à l’égard de l’esclavage. Le judaïsme, par exemple, l’a clairement légalisé : le Lévitique (25, 44-46) déclare que les Israélites peuvent acquérir des esclaves, hommes et femmes, parmi les peuples païens qui les entourent (tels que les Cananéens). Dans le Deutéronome (20, 10-11), il est écrit : « Quand tu t’approcheras d’une ville pour l’attaquer, tu lui offriras d’abord la paix. Si elle accepte la paix et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouvera te sera tributaire et te sera asservi. »
Quant au christianisme, il n’appela pas explicitement à l’esclavage à ses débuts, mais ne l’interdit pas non plus ; il ne chercha donc ni à l’abolir ni à le restreindre. Sa position changea cependant plus tard, sous le pape Nicolas V, qui promulgua la bulle Romanus Pontifex le 8 janvier 1455, légalisant pour le royaume du Portugal la colonisation et l’asservissement des peuples. La plupart des papes qui lui succédèrent – Calixte III, Sixte IV, Léon X – approuvèrent l’asservissement des Africains et la traite négrière. Pour justifier ces bulles et législations, ils s’appuyèrent sur certains textes bibliques, comme le récit de la Genèse (9, 25) : « Maudit soit Canaan ! Qu’il soit le dernier des esclaves de ses frères », estimant que cette malédiction justifiait l’asservissement des Africains, descendants de Cham, fils de Noé ! Certains papes allèrent même jusqu’à considérer que leur asservissement réalisait la volonté divine.
Une ironie qui confirme cette conviction chez certains chrétiens européens est que le premier navire utilisé au XVIe siècle pour enlever et transporter des esclaves d’Afrique vers les Amériques portait le nom de « Nef Jésus » (Jesus Ship).
Quant à l’islam, il trouva l’esclavage répandu dans la péninsule Arabique et dans toutes les civilisations et nations ; c’était donc une réalité qu’il ne pouvait ni nier ni changer d’un trait de plume. Il ne l’interdit donc pas, mais ne l’encouragea pas non plus et n’invita pas à sa pratique. La preuve en est qu’il n’existe aucun texte du Coran ou de la Sunna qui incite les musulmans à asservir les gens ou les y encourage. Bien au contraire, l’islam encouragea l’affranchissement, la libération des esclaves et l’égalité entre les êtres humains. C’est sans doute pourquoi les esclaves furent parmi les premiers à rejoindre l’islam, car il appelle à la dignité de l’homme. Dieu dit : « Nous avons honoré les fils d’Adam » (Coran, 17 : 70) – un honneur qui s’adresse à tous les fils d’Adam sans exception. Pour concrétiser ce principe sur le terrain, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) affranchit tous ses esclaves, imité par Abû Bakr al-Siddîq (que Dieu l’agrée), qui achetait des esclaves et les libérait pour l’amour de Dieu. Ces mesures suscitèrent l’ire des féodaux et des marchands polythéistes de Quraysh, qui combattirent la religion islamique car ils n’étaient pas prêts à accepter l’égalité avec les esclaves. De plus, l’encouragement à l’affranchissement les privait des avantages économiques qu’ils tiraient de l’exploitation gratuite des esclaves.
Ainsi, aborder la position de l’islam sur la libération des esclaves nous impose d’abord de comprendre le concept de progressivité (tadarruj) comme approche efficace dans son traitement de l’esclavage. L’islam s’efforça d’éliminer ses causes en instaurant des législations strictes qui limitaient l’asservissement et en tarissaient les sources. Parallèlement, il élargit les voies de l’affranchissement en liant la libération des esclaves aux expiations (kaffârât) : il fit de l’affranchissement un moyen d’expier un grand nombre de fautes, telles que l’homicide involontaire, le parjure, le rapport sexuel en journée durant le ramadan, ou encore le zhihâr (formule répudiatoire archaïque qui assimile l’épouse à une mère). Il ouvrit ensuite une autre porte à l’affranchissement, celle de l’incitation (targhîb), en faisant de la libération des esclaves l’une des œuvres les plus méritoires par lesquelles on se rapproche de Dieu, et une cause de salut du feu de l’Enfer, afin d’assurer une adhésion positive à l’appel à la libération des esclaves.
Malgré la multiplicité des voies possibles pour éradiquer l’esclavage, la mukâtaba (contrat d’affranchissement contre rançon) constitua un élément décisif dans ce domaine. Elle forma une référence et une règle générale capable d’éliminer définitivement l’esclavage : après la législation de la mukâtaba, il n’était plus possible de rester en servitude que si l’on y consentait. La mukâtaba oblige en effet le maître à affranchir son esclave contre une somme d’argent. Dieu dit : « Ceux de vos esclaves qui désirent un contrat d’affranchissement, concluez-le avec eux si vous reconnaissez en eux du bien, et donnez-leur des biens de Dieu qu’Il vous a accordés » (Coran, 24 : 33). Pour que l’incapacité financière ne prive pas les esclaves de la liberté, l’islam chargea l’État de verser les sommes requises pour la liberté, et fit de la contribution à l’affranchissement l’une des dépenses éligibles à la zakât.
Après avoir posé les fondements de l’affranchissement, l’attention se porta sur l’intégration des affranchis dans la société et l’élimination des difficultés inhérentes à ce processus, qui devint une priorité des priorités. Car la liberté sans droits civiques ni égalité avec les autres dans les droits et les devoirs n’a guère de valeur. Ce qui arriva aux Afro-Américains en est le meilleur exemple : l’esclavage fut aboli au milieu du XIXe siècle, mais ils n’obtinrent leurs droits civiques qu’au milieu du XXe siècle. Aussi l’islam veilla-t-il à ce que les esclaves, une fois affranchis, ne souffrent pas de racisme ni de discrimination, en proclamant le principe de l’égalité humaine et en faisant de la piété et de l’action vertueuse le critère de supériorité entre les hommes, non la naissance, la lignée, la race ou la couleur. Dieu dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et Parfaitement Informé » (Coran, 49 : 13).
En conséquence, l’islam interdit les expressions racistes qui rabaissent la valeur de l’être humain, comme l’appellation « esclave » (ʿabd ou amah) qui comporte une humiliation ; il les remplaça par des termes nobles marquant le respect et la considération, tels que fatâ / fatâh (jeune homme / jeune fille) ou mawlâ (allié). Le Prophète (paix et salut sur lui) dit : « Que nul d’entre vous ne dise : “mon esclave” ou “ma servante” » (rapporté par al-Bukhâri et Muslim).
Les enseignements de l’islam encouragèrent l’intégration sociale et firent de la foi le critère du mariage, non la lignée. Dieu dit : « N’épousez pas les associateurs jusqu’à ce qu’ils croient. Un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur, même s’il vous plaît » (Coran, 2 : 221). Telle est la règle établie par l’islam : mariez l’esclave croyant, et n’épousez pas l’Arabe associateur, l’infidèle. Ainsi, certains affranchis épousèrent-ils les femmes les plus nobles des Arabes, comme le mariage de Zayd ibn Hâritha avec Zaynab bint Jahsh, la cousine du Prophète, ou celui de Bilâl al-Habashî avec la sœur de ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAwf, issue des Banû Zuhra, les oncles maternels du Prophète.
L’éducation étant l’un des droits individuels les plus fondamentaux et l’un des meilleurs moyens d’intégration et d’accession à un rang éminent dans la société, le Prophète et les califes bien guidés veillèrent à offrir l’enseignement aux affranchis (mawâlî). Parmi eux émergèrent de grands imams dans les sciences du Coran, la jurisprudence et le hadith, tels que : al-Hasan al-Basrî, ʿIkrima, Nâfiʿ, Muḥammad ibn Sîrîn, ʿAtâʾ ibn Abî Rabâh, Saʿîd ibn Jubayr, etc.
Sur le plan des droits civiques et politiques, l’islam affirma que les hommes sont égaux comme les dents d’un peigne. Le Prophète (paix et salut sur lui) déclara : « Il n’y a de supériorité d’un Arabe sur un non-Arabe, ni d’un non-Arabe sur un Arabe, ni d’un Blanc sur un Noir, ni d’un Noir sur un Blanc, si ce n’est par la piété. Les hommes descendent tous d’Adam, et Adam a été créé à partir d’argile » (rapporté par Ahmad). En conséquence, les esclaves affranchis pouvaient, comme les autres, accéder aux plus hautes fonctions de l’État, y compris le commandement des musulmans. Le Prophète prépara les Arabes à accepter cette réalité en les appelant à écouter et à obéir, même si un esclave abyssin était placé à leur tête. Pour concrétiser cette vérité, le Prophète nomma Usâma ibn Zayd – un affranchi – commandant de la dernière armée qu’il constitua, sous les ordres duquel se trouvaient Abû Bakr, ʿUmar, ʿUthmân et ʿAlî, que Dieu les agrée tous, qui étaient les meilleurs compagnons du Prophète.
De même, le commandeur des croyants ʿUmar ibn al-Khattâb envisagea de désigner un affranchi comme successeur après lui, en déclarant : « Si Sâlim, l’affranchi d’Abû Hudhayfa, était vivant, je ne laisserais pas la succession consultative » – c’est-à-dire qu’il l’aurait directement nommé calife. L’histoire islamique nous montre que la seule civilisation de l’histoire où certains souverains furent d’anciens esclaves est la civilisation islamique. Ainsi, Kâfûr al-Ihshîdî gouverna l’Égypte et de vastes régions du Bilâd al-Shâm et du sud de la Syrie, y compris Damas, la capitale du califat omeyyade, pendant vingt-trois ans. Plus tard, les Mamelouks – qui étaient des esclaves – régnèrent sur l’Égypte et Bilâd al-Shâm pendant deux cent soixante-sept ans.
L’islam et l’asservissement des Africains
Lorsque les musulmans conquirent l’Égypte, porte de l’Afrique, et avant de se diriger vers la conquête de son nord, survint un incident célèbre : le fils du gouverneur ʿAmr ibn al-ʿĀs frappa le fils d’un Copte égyptien (non-musulman) après l’avoir battu dans une course. Le Copte porta plainte auprès du calife ʿUmar (que Dieu l’agrée), qui adressa au gouverneur cette parole qui mérite d’être écrite en lettres d’or : « Depuis quand avez-vous asservi les hommes alors que leurs mères les ont enfantés libres ? » Puis il ordonna que l’on frappe le fils du gouverneur en représailles. Le calife ʿUmar voulait enseigner aux gouverneurs musulmans une leçon : traiter avec justice leurs sujets non-musulmans.
Il est établi que l’islam n’est pas entré en Afrique de l’Ouest par la conquête et le jihâd, mais progressivement, à partir du IXe siècle de l’ère chrétienne (IIIe de l’hégire), par l’intermédiaire des caravanes, des commerçants et des prédicateurs musulmans. Leur moralité et leurs bonnes relations influencèrent les peuples africains, qui leur ouvrirent leurs cœurs et entrèrent en foule dans la religion de Dieu.
Grâce à l’islam, des institutions scientifiques furent établies et contribuèrent à la diffusion du savoir. Les bibliothèques et les institutions scientifiques de certains pays africains témoignent encore du rôle positif de l’islam dans la propagation de la connaissance dans de nombreuses cités, comme Tombouctou, Gao et Sokoto, qui devinrent des phares du savoir fréquentés par des étudiants venus de toutes les contrées, et dont les universités formaient des juges, des jurisconsultes, des médecins et des ingénieurs.
La relation des Arabes et des musulmans avec l’asservissement des Africains
Il est reconnu que les Arabes, avant l’islam, importaient des esclaves d’Afrique, surtout d’Abyssinie et de ses environs, mais en très petit nombre. Ce phénomène se développa à l’époque omeyyade et atteignit son apogée sous les Abbassides, sous l’effet de l’expansion géographique et de la prospérité financière que connut le califat. Les échanges commerciaux se faisaient à travers le Sahara ou par bateaux via l’océan Indien. Des sultans, des rois, des courtiers locaux, ainsi que des commerçants arabes, berbères et juifs participaient à l’importation d’esclaves pour le califat abbasside.
Il convient de souligner ici que l’État qui représente véritablement l’islam est celui qui commença à l’époque prophétique et inclut la période des quatre califes bien guidés – Abû Bakr, ʿUmar, ʿUthmân et ʿAlî, que Dieu les agrée tous – uniquement. La preuve en est la parole du Prophète : « Attachez-vous à ma Sunna et à la Sunna des califes bien guidés qui viendront après moi » (rapporté par Abû Dâwûd et al-Tirmidhî). Quant aux souverains et émirs des dynasties omeyyade, abbasside, ottomane et autres, leurs actes ne constituent pas une autorité religieuse sur laquelle fonder des règles juridiques ; ils sont soumis au Coran et à la Sunna : s’ils s’y conforment, ils sont acceptés, sinon ils sont rejetés. Leurs actions ne sont donc pas une législation représentant l’islam. Il en va de même pour les jurisconsultes et les savants : leurs avis ne représentent pas l’islam, mais des interprétations personnelles sujettes à l’erreur et à la justesse, et non contraignantes sur le plan religieux. Ainsi, les avis juridiques (fatâwâ) émis par certains jurisconsultes concernant l’achat et la vente d’esclaves – dont certains se montrèrent trop permissifs par ignorance des finalités (maqâsid) de la religion islamique, au premier rang desquelles la libération des esclaves – s’expliquent également par l’absence de lecture critique chez certains juristes des branches (fuqahâʾ al-furûʿ), qui se contentent de répéter les mêmes avis antérieurs sans les soumettre à une relecture critique en les confrontant au Coran et à la Sunna.
Il ressort de ce qui précède que l’importation d’esclaves, notamment d’Afrique, n’a en aucun cas été liée à l’islam en tant que religion, contrairement à ce que certains cherchent à faire croire. Elle était plutôt liée à certains commerçants arabes et berbères, à des rois et à des courtiers africains qui importaient des esclaves d’Afrique pour les vendre dans certains pays musulmans comme les califats omeyyade et abbasside. Ces États étaient musulmans, mais ils ne représentent pas la législation islamique.
On ne saurait donc comparer le commerce pratiqué par certains musulmans au cours des périodes mentionnées avec la traite négrière transatlantique, qui a déporté des millions d’Africains et coûté la vie à des millions d’autres en chemin, sous la supervision directe de l’Église et des rois européens. Il est donc injuste et malhonnête de tenter d’établir une comparaison entre elles, ou de s’en servir comme d’un outil pour déformer l’histoire ou la réécrire afin d’atténuer la responsabilité historique et morale des Européens, en falsifiant l’histoire et en remodelant la mémoire africaine.
Il est d’ailleurs étrange que les Européens refusent encore aujourd’hui de condamner le crime de la traite négrière : les États membres de l’Union européenne et le Royaume-Uni se sont abstenus de voter la résolution historique des Nations unies, rédigée par le Ghana en mars 2026, qui condamne la traite atlantique et la qualifie de pire crime contre l’humanité. Ironie du sort, tous les pays arabes ont voté pour cette résolution, tandis que les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre. Il eût été plus judicieux pour le président Ibrahim Traoré et les autres élites africaines de dénoncer le refus des pays européens plutôt que d’accuser faussement les Arabes et les musulmans de les avoir asservis.














