Luanda a refermé le 7e sommet Union européenne, Union africaine sur des promesses plus que des actes. João Lourenço, président en exercice de l’UA, y a vanté ses réformes et un Angola d’après le pétrole. Mais le brut pèse encore 94 % des exportations. La diversification est-elle une trajectoire ou une vitrine ?

Pendant deux jours de mai, Luanda a joué les capitales du monde. Chefs d’État européens et africains réunis pour le septième sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, tapis rouge sur la baie, communiqués sur les minerais stratégiques, les routes commerciales et les migrations. À la tribune, João Lourenço tenait deux rôles : hôte du sommet et président en exercice de l’Union africaine. Le chef de l’État angolais a appelé à des institutions internationales plus inclusives et plus représentatives. La formule a circulé. Le sommet, lui, s’est refermé sans décision majeure, riche surtout en intentions. C’est tout le paradoxe angolais résumé en une scène.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, et plus encore depuis sa réélection contestée de 2022, João Lourenço a fait de la rupture avec l’ère dos Santos un récit de gouvernement. Lutte affichée contre la corruption, retour des investisseurs, ouverture diplomatique. L’Angola a quitté l’Organisation des pays exportateurs de pétrole en décembre 2023, geste rare, pour s’affranchir des quotas et défendre sa production. Le pays s’est posé en médiateur sur le dossier congolais et a hérité, en 2025, de la présidence tournante de l’Union africaine. La diplomatie est devenue un instrument de réhabilitation. Reste à savoir ce qu’elle finance.

Sur le papier, la transformation est tangible. Le gouvernement a assoupli le régime de change, longtemps verrouillé, pour rapprocher le kwanza de sa valeur de marché. Il a lancé un programme de développement des villes secondaires pour desserrer l’étau de Luanda, qui concentre population et services. La Banque africaine de développement a salué une économie en réforme rapide et promis un soutien accru. Dans l’énergie, l’Angola annonce plus de 60 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans et vient d’inaugurer, dans la province de Moxico-Leste, un parc solaire de 32,2 mégawatts à Luau, présenté comme le plus grand complexe photovoltaïque avec stockage jamais construit dans le pays. De quoi alimenter plus de 100 000 habitants. Le signal est réel : l’État pétrolier veut prouver qu’il sait faire autre chose que pomper.

Mais le socle n’a pas bougé. Le pétrole représente environ 19,5 % du produit intérieur brut, et surtout 94 % des recettes d’exportation et 60 % des recettes fiscales. Autrement dit, l’État angolais reste un État pétrolier qui se rêve en autre chose. La production peine à se stabiliser autour du million de barils par jour, sur une pente déclinante que les nouveaux gisements ne compensent qu’à grand-peine. Le déficit budgétaire devrait se creuser, passant d’environ 1,7 % du PIB en 2025 à 2,1 % en 2026, sous l’effet d’une dépense relancée à l’approche des élections de 2027. La dette, largement libellée en devises et adossée à des prêts garantis par le brut, notamment chinois, expose Luanda au moindre retournement des cours.

C’est là que le décalage devient politique. Un pays peut accueillir un sommet et plaider la réforme du système financier mondial tout en peinant à faire ruisseler la rente vers sa population : la croissance angolaise profite peu aux habitants, rappellent les diplomates en poste à Luanda. La jeunesse, majoritaire, attend des emplois que le secteur pétrolier, intensif en capital, ne crée pas. Les inégalités restent parmi les plus fortes du continent. À deux ans d’un scrutin présidentiel, João Lourenço joue donc sur deux tableaux : rassurer les bailleurs par l’orthodoxie et la diplomatie, contenir le mécontentement intérieur par la dépense. L’équilibre est précaire, et le calendrier électoral le rend plus délicat encore.

La diplomatie elle-même a ses limites. Présider l’Union africaine et recevoir Bruxelles donne de la stature, mais le sommet de Luanda l’a montré : entre Européens soucieux de migrations et de minerais et Africains en quête de financements et d’égards, les promesses remplacent souvent les engagements chiffrés. Pour l’Angola, le bénéfice est d’abord symbolique. Il replace le pays sur la carte des partenaires fréquentables, attire l’attention des investisseurs et habille la transition d’un vernis de respectabilité. Encore faut-il que le symbole se traduise en capitaux, en usines, en emplois. Sans quoi la stature internationale ne sera qu’un décor de plus.

L’histoire récente invite à la prudence. D’autres producteurs ont promis l’après-pétrole sans jamais s’affranchir de la dépendance : le Nigeria voisin en sait quelque chose, lui qui répète depuis trente ans la même promesse de diversification. L’Angola dispose pourtant d’atouts réels : un littoral atlantique stratégique, des terres agricoles sous-exploitées, un potentiel solaire et hydroélectrique considérable, une position de carrefour entre l’Afrique australe et le bassin du Congo. La question n’est donc pas celle des ressources, mais celle de la volonté politique de redéployer la rente avant qu’elle ne s’épuise. Sur ce terrain, le temps joue contre Luanda, car le déclin de la production pétrolière, lui, n’attend pas les discours.

L’Angola illustre une tentation commune à plusieurs États rentiers africains : utiliser la scène internationale pour accréditer un changement que l’économie réelle n’a pas encore validé. La diversification n’est pas un slogan creux ; les réformes du change et les premiers mégawatts solaires sont réels. Mais tant que 94 % des exportations sortiront des puits, le réformisme de João Lourenço restera suspendu au cours du baril. Le vrai sommet que doit gagner l’Angola ne se tient pas à Luanda devant les caméras. Il se joue, loin des tapis rouges, dans la capacité d’un État pétrolier à survivre à son propre pétrole.