
L’université sénégalaise est malade de l’obligation de payer des bourses à la quasi-totalité des étudiants, un choix imposé et laissé en héritage par le régime d’Abdoulaye Wade (2000-2012), qui pose un casse-tête chinois à tous les gouvernements depuis l’an 2000.
Ce choix populiste et irréaliste pousse les étudiants — que l’État parvient difficilement à payer chaque mois, en raison de ses difficultés de trésorerie — à enflammer les campus et à affronter, de manière récurrente, les forces de l’ordre pour se faire payer.
Lorsque les autorités traînent les pieds, les étudiants décrètent des « journées sans ticket » et envahissent les restaurants universitaires, sans bourse déliée.
Les responsables des centres des œuvres universitaires, avec l’aval du ministre de l’Enseignement supérieur, font alors appel aux forces de défense et de sécurité, qui pénètrent dans les campus et font face à des étudiants déchaînés, armés de pierres.
Cette guérilla a éclaboussé ces derniers jours les universités de Dakar, de Saint-Louis et de Thiès. La crise a pris une tournure déplorable avec la mort, hier, d’un étudiant à l’université de Dakar, à la suite des affrontements avec les forces de l’ordre. Dans la foulée, la décision a été prise de fermer le campus social, signe de la gravité de la situation.
Un accord a certes été trouvé dans certaines universités et une accalmie s’est imposée par endroits. Toutefois, Ziguinchor serait entré dans la danse, y ajoutant son grain de sel en décrétant à son tour une journée sans ticket restaurant.
En tournée dans le département de Guinguénéo, le Premier ministre Ousmane Sonko a accusé des opposants de manipuler des étudiants afin de créer des perturbations dans les campus.
Il n’apporte cependant aucune preuve pour étayer ses accusations et oublie, au passage, les chaudes empoignades entre étudiants et forces de l’ordre lorsqu’il dirigeait l’opposition. Des livres et des archives avaient été brûlés dans l’enceinte de l’université de Dakar, sans qu’il ne condamne ces actes barbares ayant balafré le sanctuaire universitaire.
Son appel au calme et à la « responsabilité » sera-t-il entendu ?
Rien n’est moins sûr si les paiements des bourses ne sont pas assurés et garantis chaque mois.
Ce dont le Sénégal a grand besoin, c’est d’une réforme en profondeur de l’université et d’un retour à l’orthodoxie, qui dicte l’octroi de bourses au mérite et aux étudiants issus de milieux défavorisés.
Payer des bourses à tous les étudiants est illogique et largement au-dessus des moyens du pays. De nombreux États disposant pourtant de ressources plus importantes se gardent d’ouvrir cette boîte de Pandore.
Comment sortir de ce guêpier ? En sortant du populisme et en faisant comprendre aux étudiants — qui constituent une minorité (moins de 2 % de la population) — qu’ils ne peuvent pas prendre l’État en otage.
Des mesures draconiennes s’imposent pour que les « étudiants à vie », cartouchards et multirécidivistes, si l’on peut dire, quittent les campus.
Encore faudrait-il que les examens se tiennent normalement et que les politiciens cessent de politiser à outrance les universités.
Sonko, qui s’offusque aujourd’hui de la situation, a oublié ses actes des années passées.
Il a contribué à enraciner dans les campus une rébellion permanente, qui fait éruption dès qu’un prétexte est trouvé.
Pyromane naguère, il doit désormais s’habiller en pompier en tant que chef du gouvernement.















