Image

La crise alimentaire au Soudan menace de s’aggraver. Des experts mandatés par Organisation des Nations unies préviennent que la famine pourrait s’étendre à deux nouvelles zones de l’ouest du pays, à la suite de la chute d’El-Facher, capitale du Darfour-Nord. La prise de la ville par les Forces de soutien rapide fin octobre a provoqué un afflux de populations déjà affamées vers des régions voisines, elles-mêmes fragilisées.

Depuis avril 2023, la guerre opposant l’armée régulière aux FSR a plongé plus de 21 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), basé à Rome, les seuils critiques de malnutrition aiguë sont désormais dépassés dans les localités d’Oum Barou et de Kernoi, près de la frontière tchadienne. À Oum Barou, 18,1 % des enfants âgés de 6 mois à 5 ans souffrent de malnutrition aiguë sévère, contre 7,8 % à Kernoi.

Les experts attribuent cette détérioration à l’« afflux massif » de civils consécutif à la chute d’El-Facher, dernier bastion de l’armée au Darfour. Plus de 127.000 habitants ont fui la ville, assiégée pendant plus d’un an et demi, où l’état de famine avait été déclaré en novembre. Ces déplacements ont accru la pression sur des ressources déjà limitées et mis à rude épreuve les capacités d’accueil des communautés locales, souligne l’IPC, qui prévoit la publication d’un rapport officiel en mars.

La famine a déjà été déclarée dans trois camps de déplacés autour d’El-Facher, ainsi que dans certaines zones des monts Nouba, au sud du pays, et à Kadougli, capitale régionale du Kordofan-Sud, devenue l’un des principaux théâtres d’affrontements. Mardi, l’armée a annoncé avoir levé le siège de Kadougli, qui durait depuis près de trois ans. Mais dans l’ensemble du Kordofan, les violences ont poussé des centaines de milliers de personnes au bord de la famine et contraint 88.000 civils à fuir entre octobre et janvier, selon l’ONU.

Le conflit a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné environ 11 millions de personnes, dans ce que l’ONU décrit comme la pire crise humanitaire au monde. Les agences onusiennes avertissent que leurs stocks d’aide alimentaire pourraient être épuisés d’ici fin mars, alors que près de deux tiers de la population ont un besoin urgent d’assistance. À ce stade, les efforts internationaux pour obtenir une trêve restent vains : l’armée soudanaise n’a pas encore accepté une nouvelle proposition présentée le mois dernier par les États-Unis et l’Arabie saoudite.