4 novembre 2026
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Analyse Économie

RDC : après la saisie de 500 camions, l’urgence d’un système de traçabilité minière

Plus de 500 camions et engins, des milliers de tonnes de cuivre et de cobalt. Guillaume Ngefa ordonne des enquêtes sur la fraude minière en RDC. Mais sans traçabilité robuste, appuyée notamment sur la blockchain, ni la fraude fiscale ni les trafics ne reculeront durablement. Les acheteurs l’exigent déjà.

4 novembre 2026 • 4 min 890 mots
RDC : après la saisie de 500 camions, l’urgence d’un système de traçabilité minière
RDC

Le chiffre tient en une ligne de communiqué, et il dit beaucoup. Lundi 2 novembre 2026, à Kinshasa, Guillaume Ngefa, ministre d’État et ministre de la Justice de la RDC, a demandé au procureur général près la Cour de cassation d’enquêter sur une fraude minière présumée, après la saisie de plus de 500 camions et engins et de plusieurs milliers de tonnes de cuivre et de cobalt au Lualaba et au Haut-Katanga, notamment à Menda. Les comptes rendus publiés ne donnent ni tonnage exact ni date des opérations. Le ton, lui, est clair : « La lutte contre la fraude minière et l’exploitation illégale de nos ressources naturelles constitue une exigence de souveraineté. » Selon Actualite.cd, les opérations d’assainissement au Lualaba ont conduit à l’interpellation de dizaines de ressortissants étrangers, notamment chinois, libanais, syriens et marocains, ainsi que de Congolais, civils et militaires. Le 27 octobre, Reuters rapportait que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, avait suspendu le responsable de l’agence chargée de l’artisanat minier, accusé de ne pas avoir endigué l’exploitation illégale sur des concessions de cuivre et de cobalt. À ce stade, aucune responsabilité pénale n’est établie, rappelle allAfrica, et aucune société n’est nommée dans les comptes rendus du communiqué. Le prix éclaire l’enjeu. Depuis l’embargo de février 2025, remplacé le 16 octobre 2025 par des quotas, la RDC, qui a couvert environ 70 % de la demande mondiale de cobalt en 2024, rationne ses ventes : 96 600 tonnes par an en 2026 et 2027, selon Reuters. Fin juin 2026, l’agence situait le cobalt à 57 320 dollars la tonne, en hausse de 160 % depuis février 2025. Notre lecture est qu’un chargement non déclaré vaut désormais bien plus qu’avant les quotas. Aucune source officielle n’établit ce lien pour les saisies de Menda, mais 500 camions ne se dissimulent pas : ils supposent des itinéraires, des barrières franchies, des acheteurs. Des enquêtes ne suffiront donc pas. Ces saisies révèlent l’urgence d’un système de traçabilité robuste, capable de suivre chaque lot de la mine à l’exportation. Un coup de filet arrête un convoi ; il ne dit pas d’où viennent les suivants. Un lot identifié dès le carreau, pesé, géolocalisé et rapproché des déclarations douanières laisserait moins de place aux arrangements de la route. Le premier gain serait fiscal. En avril 2026, Félix Tshisekedi a ordonné un audit des recettes d’exportation de cuivre et de cobalt, ainsi que l’interconnexion des douanes, des agences portuaires, de la banque centrale et des banques commerciales, rapporte Reuters. La même dépêche cite un audit d’État évaluant à environ 16,8 milliards de dollars la sous-déclaration des grandes sociétés minières entre 2018 et 2023. La traçabilité numérique apporterait à cette interconnexion une donnée de production vérifiable, à confronter aux volumes déclarés et aux recettes rapatriées. Le second gain concerne les trafics vers le Rwanda, que Kigali conteste. En 2023, Nicolas Kazadi, alors ministre des Finances, chiffrait à près d’un milliard de dollars par an les pertes liées aux minerais passés illégalement chez le voisin. Des experts de l’ONU, cités par Global Witness, estiment à plus de 120 tonnes par mois le coltan de Rubaya introduit au Rwanda depuis avril 2024, et le Trésor américain a sanctionné en juin la raffinerie d’or Gasabo, à Kigali. Ces circuits concernent d’abord le coltan et l’or du Kivu, non le cobalt du Katanga : le dispositif doit donc être national. Le cadre économique régional signé à Washington le 4 décembre 2025 prévoit d’ailleurs une traçabilité numérique de bout en bout, interopérable entre les deux pays. Reste à l’appliquer. La blockchain offre ici un outil sérieux. Un registre partagé et difficile à falsifier permet à la mine, au transporteur, à la douane et à l’acheteur de lire la même histoire d’un lot. Le secteur l’a déjà testée : CMOC, Glencore et Eurasian Resources Group ont piloté Re|Source en 2021, et Circulor l’a expérimentée dès 2018 sur le tantale rwandais. « La blockchain ne résout donc pas le problème de confiance : elle le déplace », écrivent en août les chercheurs Verdi Imbole et Manassé Tandu Sava. Une fausse déclaration saisie au premier maillon reste fausse, même gravée dans un registre. Il faudra donc des inspections indépendantes, des pesées contrôlées et une formalisation de l’artisanat qui ne frappe pas le creuseur avant celui qui lui achète sa production. Le marché, lui, n’attendra pas. Les utilisateurs finaux réclament cette preuve d’origine, en Europe comme aux États-Unis. Le règlement européen sur les batteries instaure un passeport numérique en février 2027 puis, à partir du 18 août 2027, un devoir de diligence qui couvre explicitement le cobalt, pour les opérateurs dépassant 40 millions d’euros de chiffre d’affaires. Outre-Atlantique, Tesla a participé aux essais de Re|Source, Ford a lancé dès 2019 un pilote avec IBM, et le Trésor américain appelait en juin tous les acteurs de la chaîne à une diligence accrue. Un cobalt sans preuve d’origine risque de se négocier moins facilement. Le vrai test commence après l’annonce. Si la procédure s’arrête aux chauffeurs, aux creuseurs et à quelques étrangers, elle donnera raison à la lecture la plus cynique : un assainissement qui redistribue la rente sans la tarir. Si elle débouche sur un registre vérifiable, du premier maillon au port, la RDC gagnera des recettes, de la crédibilité et un argument face à ses acheteurs. « Nous ne serons contrôlés ni par les Chinois, ni par quiconque, si ce n’est par nous-mêmes », lançait Louis Watum Kabamba en septembre 2025, selon Afrik. La souveraineté sur une ressource commence pourtant par une question simple : savoir qui sort le cobalt des mines, et par quelle route.

Par Tunde Adeyemi