Dimanche 1er novembre, à la Cité de l’Air de Gbessia, à Conakry, le président de la Guinée, Mamadi Doumbouya, a inauguré la Nimba Gold Refinery, en présence, selon Mediaguinée, du Premier ministre Amadou Oury Bah. Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, a résumé l’ambition d’une formule, à propos d’un or exporté brut depuis des siècles : « Aujourd’hui, cette époque est révolue. » Au nom de la société, l’ancien ministre Moussa Magassouba a annoncé une capacité annuelle de 733 tonnes et revendiqué, dans un message relayé par l’AFP, « la plus grande raffinerie d’or d’Afrique ». Le chiffre a de quoi arrêter : selon la même dépêche, la Guinée a produit environ 70 tonnes d’or l’an dernier.
L’inauguration couronne un virage engagé au début de l’été. Le 19 juin, Mamadi Doumbouya annonce l’interdiction d’exporter l’or brut. Le 3 juillet, des décrets lus à la télévision nationale ouvrent trente jours de négociation avec les opérateurs et une période transitoire de 90 jours, rapporte l’agence Ecofin. Passé ce délai, seul l’or raffiné en lingots, certifié par une raffinerie agréée et muni d’un certificat d’origine, doit quitter le territoire, précise The Rio Times. La Banque centrale peut en outre acheter jusqu’à 30 % de la production industrielle en francs guinéens, pour renforcer ses réserves de change, et les miniers doivent rapatrier au moins 50 % de leurs recettes d’exportation, un taux susceptible de monter à 60 ou 70 %. Les premiers lingots sont partis le 9 octobre, selon la présidence, qui n’a communiqué ni leur poids, ni leur valeur, ni leur acheteur, ni leur destination.
Reste une équation que les discours du jour n’ont pas résolue. L’AFP indique que le gouvernement ambitionne de raffiner localement 30 % de la production nationale, soit environ 21 tonnes par an sur la base de 2025. Cela représente moins de 3 % de la capacité annoncée. Même en captant la totalité des 70 tonnes, l’usine tournerait à moins de 10 % de son potentiel. Le coût interroge aussi. En juin, Bangaly Steve Toure, du Mining Investment Fund, évoquait auprès de Reuters une installation à 30 millions de dollars, avec une capacité initiale de 530 tonnes, portée ensuite à 733. Aucune de ces données n’a fait l’objet d’une vérification indépendante, et le titre de plus grande raffinerie du continent reste une revendication de ses promoteurs. Le capital de l’usine demeure lui-même peu documenté : Guineenews évoque un appel d’offres ouvert et international, mais aucun des comptes rendus consultés ne nomme d’actionnaire.
Seule une logique régionale donne sens à un tel dimensionnement. The Rio Times rapporte que la raffinerie doit aussi traiter de l’or venu des pays voisins, et Bouna Sylla assume l’objectif de faire de la Guinée « un hub régional de transformation des ressources minières », selon Mediaguinée. Trois projets de raffineries d’alumine sont par ailleurs en construction, précise Guineenews, ce qui inscrit l’or dans une doctrine plus large. Mais les voisins ne sont pas des clients acquis. Le Burkina Faso a inauguré sa propre installation en septembre, Raffinor-BF, dotée de 164 tonnes de capacité initiale et d’un projet d’extension à 515 tonnes, selon le Zambian Observer. Interrogé en juin par Reuters, Bouna Sylla ne voyait aucun problème à ce que chaque pays ait sa raffinerie, ajoutant que la compétitivité, non la politique, déciderait des gagnants. Il a raison, et c’est précisément ce qui reste à prouver.
Quelle est la capacité réelle de la Nimba Gold Refinery ?
Le premier juge de paix s’appelle la production industrielle, dominée par AngloGold Ashanti et Nordgold, selon Reuters. En juillet, Ecofin décrivait des discussions portant sur les volumes livrés, les prix, les taxes et les garanties, et jugeait incertaine la position des miniers. Les comptes rendus de dimanche ne disent rien de l’issue de ces négociations. Ils ne mentionnent pas davantage d’accréditation par la London Bullion Market Association, sésame recherché sur les grandes places ; Mediaguinée relève seulement l’intention de « se conformer aux normes internationales ». Pour un grand groupe minier, un lingot sans reconnaissance internationale pose un problème commercial avant d’être un sujet de fierté nationale.
Pourquoi la Guinée interdit-elle l’exportation d’or brut ?
Le second juge se trouve loin de Gbessia, dans les placers de Siguiri. D’après l’AFP, 50 des 70 tonnes produites l’an dernier provenaient de l’exploitation artisanale informelle, dont une partie transite par des pays voisins comme le Mali avant d’être exportée, selon Oumar Totiya Barry, directeur de l’Observatoire guinéen des mines et des métaux. Là réside le véritable gain possible, et les partisans du projet ont raison sur ce point : ramener cet or dans un circuit officiel, tracé et payé en francs guinéens, renforcerait les recettes comme les réserves. Mais une interdiction sans prix attractif peut produire l’effet inverse et nourrir la contrebande que l’on prétend tarir. Le registre national de traçabilité annoncé pèsera plus lourd, à terme, que la cérémonie de dimanche.
Comment l’or artisanal de Siguiri peut-il rejoindre le circuit officiel ?
Trois chiffres permettront de trancher dans les prochains mois : le tonnage réellement traité, la part d’or étranger qui franchira la frontière pour être raffiné à Conakry, et la reconnaissance éventuelle des lingots par les acheteurs internationaux. Aucun n’est public aujourd’hui. « Il n’y a pas de développement économique sans industrialisation », a plaidé Moussa Magassouba dimanche, et l’argument mérite d’être pris au sérieux. Conakry a raison de refuser d’être un simple comptoir de minerai. Encore faut-il que l’industrie suive l’annonce. Une raffinerie se juge à ce qui entre dans ses creusets, pas à ce qu’affiche sa capacité nominale.