À l’approche de l’expiration de l’ultimatum américain, la crise autour du détroit d’Ormuz franchit un nouveau seuil de gravité. Entre menaces de destruction massive, frappes sur les infrastructures et blocage diplomatique à l’ONU, le spectre d’une escalade majeure se précise.

Téhéran affiche sa détermination. À quelques heures de l’échéance fixée par Donald Trump, l’Iran s’est déclaré mardi « prêt à tous les scénarios », alors que le président américain menace d’« éradiquer une civilisation entière » si la navigation n’est pas rétablie dans le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial.

Dans le Golfe, l’inquiétude est palpable. Le Koweït a appelé ses citoyens à rester confinés à partir de minuit, tandis que Bahreïn a suspendu les activités de son principal port. En Iran, des chaînes humaines ont été formées autour de centrales électriques, illustrant la crainte de frappes ciblées sur des infrastructures stratégiques.

Au 39e jour d’un conflit déclenché par des frappes conjointes israélo-américaines, les attaques se multiplient sur le territoire iranien. Ponts, voies ferrées et axes routiers ont été visés, faisant au moins deux morts près de Téhéran. Parallèlement, des bombardements ont touché plusieurs régions, dont l’île pétrolière de Kharg et la province d’Alborz, portant à 18 le nombre de victimes selon des sources locales.

Blocage diplomatique et rhétorique guerrière

Sur le plan international, la crise s’enlise. Pékin et Moscou ont opposé leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU à un texte appelant à la réouverture d’Ormuz, frustrant les pays du Golfe qui espéraient une légitimation d’une intervention militaire.

À Washington, le ton s’est durci. Donald Trump a martelé que l’Iran devait céder avant l’échéance, faute de quoi « une civilisation entière » pourrait disparaître. Une déclaration immédiatement dénoncée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a mis en garde contre toute destruction massive d’infrastructures civiles.

L’ambassadeur iranien à l’ONU a qualifié ces propos d’« irresponsables », tandis que le vice-président américain JD Vance a évoqué l’existence d’« outils » encore non utilisés, alimentant les spéculations sur une possible escalade extrême — rapidement démentie par la Maison Blanche.

Dans ce climat d’incertitude, la communication américaine elle-même entretient le flou. Donald Trump est « le seul à savoir » quelle décision sera prise, a indiqué sa porte-parole, alors que ses adversaires dénoncent des déclarations contradictoires.

Risque humanitaire et lignes rouges franchies

Sur le terrain, la nature des cibles inquiète la communauté internationale. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a rappelé que viser des infrastructures civiles constitue un « crime de guerre ». Des experts alertent également sur le risque d’une crise humanitaire majeure en cas de destruction des installations énergétiques.

Israël, de son côté, assume une stratégie d’intensification des frappes contre les réseaux logistiques liés aux Gardiens de la Révolution. Dans le Golfe, les attaques iraniennes contre des installations pétrochimiques, notamment en Arabie saoudite, accentuent encore la spirale de confrontation.

Entre résignation et peur, les civils en première ligne

À Téhéran, la population oscille entre anxiété et lassitude. « Il a tellement changé ses ultimatums que nous y sommes devenus insensibles », confie un retraité. D’autres redoutent les conséquences d’une frappe sur les infrastructures vitales, quitte à devoir « supporter » une dégradation brutale des conditions de vie.

Sur les réseaux sociaux, la journaliste Elaheh Mohammadi résume le sentiment d’une partie de la société : « Votre guerre est notre cauchemar nocturne ».

Alors que l’Iran menace de perturber durablement l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, le conflit s’étend déjà au-delà de ses frontières. Au Liban, les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont fait plus de 1.500 morts depuis début mars, confirmant l’entrée de la région dans une phase de déstabilisation profonde.