Les pourparlers de paix entre la RD Congo et le mouvement rebelle M23, prévus ce jour à Luanda, sont compromis du fait de la décision de dernière minute du M23 de ne pas se rendre dans la capitale angolaise.
Les rebelles du M23 prétextent les sanctions votées hier par l’Union européenne (UE) contre certains de leurs membres, dont l’un des chefs du mouvement, Bertrand Bisimwa. Ils estiment, dans un communiqué, qu’il s’agit d’un acte de sabotage contre l’initiative du président angolais, Joao Lourenço.
Mais ce faux bond s’explique par la nouvelle position de leur parrain, Paul Kagamé, dont le régime a aussi subi des sanctions de la part de l’UE visant des hauts gradés militaires.
Pour le Rwanda, c’est la Belgique qui serait à la manœuvre, « ayant soutenu la RD Congo depuis le début » dans cette nouvelle guerre qui ensanglante le Nord-Est du pays. Et Kagamé a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec Bruxelles, avec effet immédiat. La Belgique a appliqué la réciprocité, ouvrant un nouveau chapitre dans la relation heurtée entre le Rwanda et la Belgique, ancienne puissance coloniale.
Pour la RD Congo, la nouvelle situation politique est, pour ainsi dire, « un demi-succès », dans la mesure où le dialogue envisagé à Luanda est suspendu.
Le président Lourenço va-t-il réussir à calmer Kagamé ? Rien n’est moins sûr dans le contexte actuel, même si c’est dans l’intérêt bien compris de son régime de favoriser le dialogue et de démontrer par-là même sa volonté d’arrêter le conflit meurtrier qui ravage le Nord-Est de la RD Congo.
La fuite en avant, avec la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique, pourrait radicaliser les autres membres de l’UE, qui vont soutenir Bruxelles. Un mouvement diplomatique d’ampleur pourrait isoler davantage le Rwanda sur la scène internationale.
Toutefois, Tshisekedi n’a pas encore partie gagnée dans la mesure où, sur le plan militaire, ses troupes sont toujours à la peine. Certes, son offensive diplomatique est en train de payer au niveau de la communauté internationale.
La rencontre avortée de Luanda est cependant inquiétante, car elle pourrait déboucher sur une recrudescence des combats dans la zone de Bukavu. Toutefois, l’élan victorieux des rebelles ne semble plus se poursuivre sur le terrain de manière spectaculaire.
Même si le retrait annoncé des soldats de la SADC va affaiblir Kinshasa, qui ne peut pas compter sur la seule diplomatie pour imposer ses vues et défendre l’intégrité du territoire national congolais.
Dans les zones déjà contrôlées par les rebelles, ces derniers se paient sur la bête, pour ainsi dire, et exploitent les minerais disponibles, tant convoités par les puissances extérieures.
Le jeu des intérêts est couplé ici avec une bataille économique sans merci. C’est ce sur quoi joue le Rwanda, qui a la force militaire la plus solide dans la sous-région et qui peut crier victoire avec le départ des forces militaires d’Afrique australe, qui soutenaient la RD Congo.
Le contexte géopolitique reste flou. Si les Occidentaux vont jusqu’au bout de leur bras de fer avec Kigali, la donne devrait changer sur le terrain.
Vont-ils franchir le Rubicon ? L’avenir proche le dira, si les autres membres de l’UE vont faire bloc derrière Bruxelles ou pas.