
Le processus de sélection du prochain Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies a été officiellement lancé fin novembre, dans un contexte mondial marqué par une recrudescence des tensions géopolitiques et des conflits armés, dont une large partie se concentre aujourd’hui sur le continent africain.
Alors que le multilatéralisme est de plus en plus contesté, tant par les grandes puissances que par des États privilégiant des approches unilatérales, l’Afrique apparaît comme l’un des principaux théâtres où se joue la crédibilité future de l’ONU. Des crises persistantes au Soudan, en Afrique centrale, dans la Corne de l’Afrique ou encore au Sahel, continuent de mettre à l’épreuve la capacité de l’Organisation à prévenir les conflits, à protéger les civils et à accompagner les transitions politiques.
L’appel à candidatures a été lancé par une lettre conjointe de la présidente de l’Assemblée générale et du président du Conseil de sécurité pour le mois de novembre, invitant les États membres à proposer des personnalités disposant de solides compétences en leadership et en gestion, appelées à succéder à l’actuel Secrétaire général, Antonio Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026.
Des règles plus strictes, un contexte plus exigeant
Le ou la futur(e) Secrétaire général(e), à la tête d’une institution souvent qualifiée à l’ONU de « poste le plus difficile au monde », devra justifier d’une expérience approfondie en relations internationales, ainsi que de compétences diplomatiques et linguistiques confirmées, conformément à la résolution 79/327 de l’Assemblée générale.
Les présidents des deux principaux organes onusiens ont, par ailleurs, souligné qu’aucune femme n’a encore occupé cette fonction, encourageant explicitement les États membres à envisager des candidatures féminines. Afin d’éviter toute confusion, chaque État ou groupe d’États ne pourra présenter qu’un(e) seul(e) candidat(e).
Les postulants devront également soumettre une déclaration de vision et rendre publiques leurs sources de financement, tandis que les responsables déjà en fonction au sein du système onusien sont invités à suspendre leurs activités afin d’éviter tout conflit d’intérêts.
L’Afrique, test décisif du multilatéralisme
Pour de nombreux observateurs, le futur Secrétaire général sera jugé avant tout sur sa capacité à restaurer la crédibilité de l’ONU dans les zones de crise, notamment en Afrique, où l’Organisation est confrontée à des défis sécuritaires, humanitaires et politiques d’une ampleur inédite.
Du Soudan à la République centrafricaine, en passant par les conflits oubliés et les transitions fragiles du Sahel, l’ONU peine à s’imposer comme un acteur fédérateur, capable de concilier médiation politique, action humanitaire et maintien de la paix.
Le président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, l’ambassadeur slovène Samuel Žbogar, a récemment appelé à la désignation d’un « rassembleur mondial, intermédiaire honnête et artisan de la paix », capable de désamorcer les tensions et de restaurer la confiance entre États membres.
Selon Thibault Camelli, responsable du programme « réforme multilatérale » au Centre de coopération internationale de l’Université de New York, les candidats seront évalués sur leur aptitude à gérer l’Organisation dans un environnement géopolitique dominé par les rapports de force entre Washington, Pékin, Moscou et des coalitions émergentes comme les BRICS, tout en tenant compte des attentes croissantes du Sud global, et notamment de l’Afrique.
Une ONU sous pression financière
À ces défis politiques s’ajoute une crise financière sans précédent. L’ONU traverse la période budgétaire la plus délicate de ses huit décennies d’existence. En octobre, Antonio Guterres a présenté un budget de 3,23 milliards de dollars, en baisse de 15 % par rapport à sa proposition initiale, accompagné d’une réduction de près de 19 % des effectifs.
À la fin décembre, seuls 151 des 193 États membres s’étaient acquittés de leurs contributions, fragilisant davantage la capacité de l’Organisation à intervenir efficacement, notamment sur le continent africain, fortement dépendant des opérations de maintien de la paix et de l’aide humanitaire onusienne.
Pour M. Camelli, le futur Secrétaire général devra être avant tout « un leader capable d’insuffler une vision », s’entourant d’équipes solides et imposant une discipline budgétaire fondée sur la transparence et la responsabilité.
Climat et équité géographique : l’Afrique en attente
Plus de dix ans après l’Accord de Paris, les engagements climatiques restent largement insuffisants, alors même que l’Afrique figure parmi les régions les plus exposées aux effets du changement climatique. La COP30 n’ayant pas permis de dégager une feuille de route claire sur la sortie des énergies fossiles, le futur Secrétaire général devra user de son poids politique pour maintenir la pression diplomatique et défendre les intérêts des pays les plus vulnérables.
La question de l’équité géographique demeure également centrale. Bien que non inscrite dans la Charte, la rotation régionale est devenue une pratique informelle. Selon cette logique, la prochaine nomination devrait revenir à l’Amérique latine et aux Caraïbes, dernière région à ne pas avoir occupé ce poste depuis le mandat du Péruvien Javier Pérez de Cuéllar (1982-1991).
À ce stade, seule la candidature de l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, figure officiellement sur le site des Nations Unies.
Une fois les candidatures suffisamment nombreuses, des dialogues informels seront organisés avec les postulants, avant que le Conseil de sécurité ne formule une recommandation soumise à l’approbation de l’Assemblée générale.















