L’assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », qui s’est tenue hier, a ravivé l’affrontement politique entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. D’aucuns s’attendaient à une rupture claire et nette, mais la montagne a accouché d’une souris grise, à la suite du discours de Diomaye Faye qui a été marqué par son plaidoyer pour revendiquer son action, depuis le début, au sein de Pastef.

Même s’il a aussi exhorté les membres de la « coalition Diomaye Président » à ne pas rester « aphones », à trouver leur place pour assumer un discours mobilisateur et spécifique.

Pour exister, se déployer, recruter, mais à quelle fin ?

Le président sénégalais ne le dit pas.

Mais les membres de la coalition, comme le ministre de l’Environnement Abdourahmane Diouf, franchissent le Rubicon et lui déroulent un tapis rouge de candidat « pour un deuxième mandat présidentiel en 2029 ».

 

Le discours très engagé de Mme Aminata Touré, leader confirmée de la coalition, est une invite lancée au président : « dites-nous seulement votre choix ».

En présentant 300 maires qui ont rejoint la coalition et en exhortant tous les membres à s’implanter dans tous les coins et recoins du pays, Mimi Touré esquisse bien un plan de campagne politique.

Elle annonce une offensive médiatique et un engagement à répondre aux détracteurs.

 

L’assemblée générale est bien un point de départ pour une mobilisation d’envergure qui va nécessairement retrouver Pastef de Sonko dans l’arène politique.

D’ailleurs, les militants et/ou inconditionnels du Premier ministre ont réagi vigoureusement dans les médias, en fustigeant les soutiens de Diomaye.

Ils n’ont même pas épargné le président, malgré sa réaffirmation de son appartenance au Pastef et de son action historique au sein de Pastef.

C’est bien cette attitude ambivalente qui pose problème, en dressant un tableau politique en clair-obscur qui brouille le message de Diomaye.

Il y a instance de divorce, pour ainsi dire, mais l’acte final n’est pas signé.

Il y a comme un louvoiement, signe ou symptôme d’un acte manqué, d’une indécision qui interroge.

 

L’évidence est que, entre les deux têtes de l’exécutif, cela sent le roussi et les militants ont choisi leur camp.

L’équation qui demeure est celle de la cohabitation au sein du gouvernement, où la majorité absolue des ministres, nommés par Diomaye, s’alignent derrière Sonko.

Seuls les ministres du Commerce et de l’Industrie et celui de l’Environnement ont participé à l’assemblée générale de la coalition Diomaye Président.

Cette situation est, à terme, intenable.

C’est comme une rupture que personne n’ose assumer totalement.

Manifestement, le point de non-retour est atteint depuis le communiqué du président Diomaye qui a désavoué Sonko, maintenu et renforcé Mimi Touré et Abdourahmane Diouf.

Les deux têtes de l’exécutif, certes, continuent de danser dans un bal masqué, en adoptant une démarche illisible, d’une ambiguïté déconcertante.

Faut-il rappeler que « l’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », comme l’a affirmé le cardinal de Retz dans ses Mémoires ?

Les deux joueurs risquent, tous les deux, d’y laisser des plumes politiques, car les Sénégalais vivent une situation économique difficile depuis deux ans, avec le nouveau régime.

Les deux jumeaux « monozygotes » (Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko : Sonko est Diomaye, Diomaye est Sonko) ont donc subi une mutation de leur ADN ?

On aurait désigné le coupable idéal : Satan.

Mais le problème est que nous sommes en plein Ramadan et que donc, pendant cette période, Satan est enchaîné.

Il n’en reste pas moins que « le libre arbitre humain n’est pas bridé ».