
Le grand oral du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, devant les députés de l’Assemblée nationale, où il dispose d’une majorité écrasante (130 députés sur 165), a été une grande déception car il a avoué qu’il n’avait plus « espoir en ce qui concerne la reddition des comptes », en faisant remarquer que la plupart des dossiers risquaient de n’aboutir à rien.
Et, comme toujours, il cible la justice, qui serait fautive.
Pourtant, il ne devrait s’en prendre qu’à lui-même, en confondant vitesse et précipitation, en annonçant, à cor et à cri, des « dossiers » qui se sont avérés être des coquilles vides.
Ainsi, après 4 mois de détention, Mansour Faye, ancien ministre accusé de tous les péchés d’Israël, a été libéré. Purement et simplement !
Tahirou Sarr attendra presque un an avant d’être élargi.
À ces cas emblématiques, qui ont fait saliver les détracteurs de l’ancien régime, il faut ajouter ceux, nombreux, de journalistes et chroniqueurs libérés et de ministres assignés à résidence sous bracelet électronique.
La montagne a accouché d’une souris.
Il est heureux que le chef du gouvernement, qui tire verbalement plus vite que son ombre, soit enfin visité par les muses de la lucidité.
Au Sénégal, la justice n’est pas aux ordres. Elle décide, dans le respect du droit et des lois, des procédures et en toute indépendance.
Les unes des journaux ne l’engagent pas.
En fait, avec son aveu, suivi des flèches décochées aux officiants du temple de Thémis, Sonko affiche publiquement sa frustration de leader de Pastef, dont les montages politiques qui ont « joué » sur les choix électoraux ont fini par s’écrouler.
Tout comme ses bravades concernant « la criminalisation de l’homosexualité », qu’il se garde bien de proposer à l’Assemblée nationale comme projet de loi.
Il va durcir les peines, précise-t-il.
Pourquoi, alors, avoir affirmé urbi et orbi en faire « la première loi qui serait votée à l’Assemblée » par son futur régime ?
Il est vrai que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Le « grand oral attendu » s’est transformé en un monologue de déception qui révèle le manque notoire de perspicacité politique et le désarroi d’un leader sans « solution de rechange ».
Toute l’architecture des théories fumeuses a volé en éclat et la justice n’y est pour rien.
Elle n’a pas la pierre philosophale pour transformer les désirs des politiciens en vérités juridiques.
Les dossiers vides et/ou mal ficelés ne peuvent prospérer.
Reddition des comptes et inquisition sont sans pertinence au temple de Thémis.
Le réalisme rattrape toujours les « apprentis » qui dirigent le pouvoir.
Criminaliser l’homosexualité, c’est faire face au lobby LGBT, dont la puissance est redoutable.
La loi qui s’applique déjà au Sénégal est suffisamment dure et rigoureuse contre « les pratiques sexuelles contre nature ».
Le Sénégal, pays très majoritairement musulman et aussi chrétien, a mis des garde-fous juridiques solides qui protègent sans piétiner les droits des citoyens.
Les vagues médiatiques et la réprobation envers les homosexuels-pédophiles, qui ont sciemment transmis le virus du sida à leurs partenaires, sont parfaitement compréhensibles.
Il faut lutter contre les réseaux internationaux qui prospèrent dans les pays pauvres où la misère est un terreau fertile pour les criminels sexuels et tous les autres.
L’État doit mettre tous les moyens dont il dispose en œuvre pour renforcer l’éducation dans tous les domaines et lutter, sans désemparer, contre la gangrène de la pauvreté extrême.
Le plus grand danger qui menace l’Afrique est bien la misère.
Le problème est que le régime a perdu beaucoup de temps à chasser les fantômes des « coupables de détournements de deniers publics » et à dénoncer « la dette cachée ».
Le temps perdu a mené à ce « grand oral » des aveux, enrobé de critiques contre la justice.
Comme d’habitude, même lorsque Sonko se trouve à l’étranger.
Au final, une rencontre sans perspective, qui consacre cependant le nouveau titre de « gardien de la révolution ».
Les Sénégalais vivent-ils dans un pays révolutionnaire ? Rien n’est moins sûr !
Sonko est un artiste qui cherche à rebondir sur un autre terrain.
Se payer de mots n’engage à rien.















