
Le déroulement de l’élection présidentielle et des législatives en Ouganda a débuté jeudi dans la confusion, avec de nombreux bureaux de vote toujours fermés plusieurs heures après l’heure officielle d’ouverture. Ce scrutin oppose notamment le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies, à son principal challenger, Bobi Wine.
Dans plusieurs régions du pays, les opérations de vote ont accusé un retard de plus de deux heures. À la mi-journée, certains électeurs ont finalement pu voter, mais de nombreuses difficultés techniques ont été signalées, en particulier des pannes affectant les dispositifs biométriques chargés de l’identification des votants. Ces dysfonctionnements pourraient être liés au blocage de l’internet imposé par les autorités depuis le début de la semaine.
À Jinja, dans l’est du pays, un observateur électoral a fait état de retards généralisés et de systèmes d’identification hors service, une situation confirmée dans d’autres zones. Un responsable du parti présidentiel a également reconnu, sous couvert d’anonymat, l’ampleur du problème technique. Du côté de l’opposition, l’entourage de Bobi Wine dénonce des retards « délibérés » visant, selon eux, à décourager la participation électorale.
Les difficultés ont touché aussi bien certains quartiers du centre de Kampala que les zones populaires réputées favorables à l’opposition. « J’attends depuis trois heures sans explication », a témoigné un jeune électeur, se disant épuisé et démotivé.
Le scrutin se déroule dans un contexte politique très tendu. De nombreux observateurs estiment que l’issue du vote est largement jouée en faveur du président sortant, qui contrôle l’appareil sécuritaire et électoral après six mandats consécutifs. Les Nations unies ont d’ailleurs évoqué un climat marqué par l’intimidation et la répression. Selon Amnesty International, des centaines de partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant la campagne.
La présence policière et militaire est fortement renforcée dans la capitale depuis la veille du scrutin. Malgré des engagements antérieurs, le gouvernement a également suspendu l’accès à internet pour une durée indéterminée, officiellement afin de prévenir la désinformation et les appels à la violence. Plusieurs organisations non gouvernementales ont reçu l’ordre de suspendre leurs activités.
Figure historique pour une partie de la population, Yoweri Museveni demeure perçu comme celui qui a sorti le pays du chaos dans les années 1980. Mais dans un pays où plus de 70 % des habitants ont moins de 30 ans, une large frange de la jeunesse n’a connu que son règne. Face à cette longévité au pouvoir, Bobi Wine, ancien chanteur devenu symbole de l’opposition urbaine, a déjà averti qu’il contesterait toute fraude électorale.
À l’heure où les opérations de vote peinent à se normaliser, l’attention reste focalisée sur la participation et sur la capacité des autorités à garantir un scrutin crédible, dans un climat sécuritaire et politique particulièrement tendu.













