
Le système international de notation de crédit, jugé fondé sur des données « obsolètes et incomplètes », pénalise fortement les pays en développement, en particulier en Afrique, en limitant leur accès aux financements nécessaires à leur développement, a alerté lundi l’Organisation des Nations Unies.
S’exprimant à l’ouverture d’une réunion spéciale du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) consacrée à cette question, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, a pointé les limites d’un modèle qui continue de désavantager structurellement plusieurs économies du Sud sur les marchés internationaux des capitaux.
Au cœur des préoccupations : un système d’évaluation qui repose encore largement sur des données jugées partielles, voire dépassées, conduisant à une perception de risque souvent surévaluée pour de nombreux pays africains. Résultat, ces derniers se voient contraints d’emprunter à des conditions plus coûteuses, au moment même où leurs besoins de financement pour les infrastructures, la transition énergétique ou les politiques sociales n’ont jamais été aussi élevés.
La notation souveraine, qui mesure la capacité d’un État à honorer sa dette, influence directement les taux auxquels les pays accèdent aux marchés financiers. Or, pour une grande partie des économies africaines, cette évaluation se traduit par une prime de risque élevée, limitant leur marge de manœuvre budgétaire.
Dans ce contexte, l’ONU souligne une dynamique préoccupante : la charge de la dette atteint désormais près de 1.400 milliards de dollars à l’échelle mondiale, avec plus de 3,4 milliards de personnes vivant dans des pays qui consacrent davantage de ressources au remboursement des intérêts qu’à la santé ou à l’éducation. Une réalité particulièrement marquée dans plusieurs États africains.
Pour Amina Mohammed, cette situation appelle une réforme en profondeur des méthodologies de notation. Elle plaide pour des évaluations plus équilibrées, capables d’intégrer non seulement les vulnérabilités, mais aussi les perspectives de croissance et les opportunités d’investissement offertes par ces économies.
« Un financement adéquat et opportun est le moteur du développement durable », a-t-elle rappelé, mettant en garde contre un système qui renchérit les coûts d’emprunt au moment où les pays en développement ont besoin d’investissements massifs.
Au-delà du constat, l’ONU appelle à un changement de paradigme, invitant à passer d’une logique de spéculation à court terme à une approche orientée vers l’investissement de long terme. L’objectif est de faire évoluer les notations de crédit d’un rôle de contrainte à celui de levier pour le financement du développement.
Cette réunion s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Engagement de Séville, adopté lors de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement. Elle vise à ouvrir un dialogue entre États, agences de notation, régulateurs et investisseurs autour d’une réforme du système, dont les implications sont particulièrement cruciales pour l’Afrique.














