Réunis autour des enjeux de gestion des espaces frontaliers, responsables politiques et acteurs régionaux appellent à dépasser les approches sécuritaires classiques au profit d’une vision intégrée et coopérative.

Les participants à une rencontre consacrée à la gestion des espaces frontaliers en Afrique de l’Ouest ont plaidé, mardi à Abidjan, pour une refonte en profondeur des approches traditionnelles, jugées inadaptées face à des défis désormais transnationaux.

Responsables gouvernementaux, représentants d’organisations internationales et acteurs de terrain ont convergé sur la nécessité de repenser le rôle des frontières, en les considérant non plus comme des lignes de séparation, mais comme des espaces d’intégration régionale. Une évolution rendue incontournable par la nature même des menaces actuelles – sécuritaires, économiques et sociales – qui transcendent les limites géographiques.

« Les crises que nous affrontons ne respectent aucune frontière. Nous ne pouvons plus y répondre de manière isolée », ont souligné plusieurs intervenants, pointant les limites des réponses strictement nationales.

Dans cette perspective, les participants ont appelé à une redéfinition du concept même de frontière, désormais perçue comme un espace de vie, d’échanges et d’opportunités. Une approche qui suppose une gouvernance renouvelée, fondée sur la coopération régionale et la coordination des politiques publiques.

Représentant le gouvernement ivoirien, le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine, Adama Dosso, a insisté sur l’importance stratégique de cette rencontre pour jeter les bases d’un cadre cohérent de gouvernance des espaces frontaliers. Il a, à cet égard, rappelé les multiples défis auxquels ces zones sont confrontées : insécurité persistante, trafics illicites, tensions communautaires, mobilités non maîtrisées et fragilités socio-économiques.

De son côté, le président de la Plateforme d’échanges et de coordination de la gestion des espaces frontaliers en Afrique de l’Ouest (PECoGEF), Francis Langumba Keili, a salué une mobilisation collective des États et de leurs partenaires, en faveur d’une intégration régionale renforcée. Il a également mis en avant le rôle de cette rencontre dans la consolidation institutionnelle de la plateforme et dans l’élaboration d’une stratégie régionale cohérente.

Le chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Côte d’Ivoire, David Preux, a pour sa part réaffirmé l’engagement de son organisation à accompagner les États dans la transformation des zones frontalières en espaces de sécurité, de développement et d’intégration. Il a plaidé pour une gouvernance harmonisée, centrée sur la sécurité humaine, en référence au Mécanisme intégré pour la stabilité des frontières en Afrique de l’Ouest.

 

Prévue jusqu’au 10 avril, cette rencontre se veut un cadre de réflexion stratégique sur les leviers à activer pour faire des frontières ouest-africaines des moteurs d’intégration. Les travaux devraient déboucher sur l’adoption de textes fondamentaux, la validation des organes de gouvernance de la PECoGEF et l’approbation d’un plan d’action triennal couvrant la période 2026-2028.

Cette dynamique s’inscrit dans le prolongement des réformes engagées lors de la réunion de Cotonou en 2025, visant à redynamiser la plateforme et à faire des espaces frontaliers des vecteurs de paix, de sécurité et de développement, au service d’une coopération régionale renforcée.