
La Commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert mardi à Abidjan une consultation régionale consacrée à la réflexion sur l’avenir de l’organisation communautaire et les perspectives de l’intégration ouest-africaine.
Prévue jusqu’au 6 mars, cette rencontre réunit responsables politiques, acteurs du secteur privé et représentants de la société civile afin d’examiner les enjeux liés au commerce régional, à l’intégration économique et au développement durable dans l’espace ouest-africain.
Les discussions portent notamment sur les moyens de renforcer l’efficacité de la CEDEAO et d’accélérer l’intégration économique régionale pour en faire un véritable levier de transformation et de croissance pour les pays membres. Les participants se penchent également sur la Vision 2050, qui ambitionne de bâtir une Afrique de l’Ouest pacifique, prospère et pleinement intégrée.
Organisée en prélude à un Sommet spécial sur l’avenir de la CEDEAO, cette consultation vise à recueillir les contributions des États membres et des différents acteurs économiques et sociaux sur les questions de gouvernance, de sécurité et de développement économique.
À l’ouverture des travaux, plusieurs intervenants ont plaidé pour une intégration régionale plus concrète et inclusive, capable de produire des effets tangibles pour les populations. S’ils ont salué les progrès réalisés en matière de libre circulation et de consolidation de la paix, ils ont également souligné que le commerce intrarégional demeure encore faible au regard du potentiel économique de la région.
Le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, a ainsi relevé que les échanges commerciaux entre les pays de la CEDEAO se situent actuellement entre 5 et 7 %, pointant notamment la dépendance persistante aux matières premières et les obstacles non tarifaires. Il a proposé un agenda visant à porter ce taux à 10 % d’ici 2028 et à 15 % à l’horizon 2030.
Pour sa part, Mohamed Ibn Chambas, président du Groupe de travail de haut niveau sur le schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO (ETLS), a estimé que l’organisation se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique. Selon lui, la CEDEAO doit soit approfondir son intégration, soit s’exposer à un risque de fragmentation dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les guerres commerciales et les chocs climatiques.
Il a appelé à faire de la CEDEAO, d’ici 2035, un marché commun pleinement opérationnel, reposant sur des infrastructures interconnectées, une coordination macroéconomique renforcée et un espace numérique intégré.
De son côté, la vice-présidente du Parlement de la CEDEAO, Adjaratou Traoré, a insisté sur la nécessité de donner une dimension plus politique à l’intégration régionale. Elle a estimé que celle-ci ne doit pas rester un processus purement technique, mais se traduire concrètement dans la vie quotidienne des citoyens, plaidant pour un Parlement communautaire doté de véritables compétences législatives.
Enfin, Cheikh Moumouni Sissoko, représentant du Réseau des organisations paysannes et de producteurs d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), a rappelé le rôle central de l’agriculture dans les économies de la région. Selon lui, les producteurs agricoles assurent près de 85 % des investissements productifs et génèrent environ 60 % des emplois, soulignant l’importance d’intégrer la préservation des ressources naturelles et les enjeux environnementaux dans les politiques régionales.














