Un transfert silencieux du pouvoir à la Primature, une trahison de la volonté populaire ?
Depuis son élection, le Président Bassirou Diomaye Faye suscite plus de questions que de réponses. Porté au pouvoir par une coalition dont Ousmane Sonko était la figure de proue, il semble aujourd’hui n’être qu’un prête-nom, un « figurant » dans un scénario où le véritable metteur en scène siège à la Primature. Les récentes déclarations du chef de l’État sur l’extension des prérogatives du Premier ministre ne font que confirmer une réalité déjà palpable : le Sénégal est dirigé par Sonko, pas par Faye.
Dès son investiture, Diomaye Faye a adopté une posture effacée, déléguant l’essentiel du pouvoir exécutif à Ousmane Sonko. Loin d’incarner l’autorité présidentielle, il se contente de présider les conseils des ministres et de prononcer des discours protocolaires. Pire, il évite soigneusement le « Je » engageant pour lui préférer un « On » dilutoire, comme pour se dérober à ses responsabilités.
Les partenaires étrangers l’ont bien compris : ils négocient directement avec Sonko, sachant que les décisions se prennent à la Primature. Les rares rencontres avec Faye ne sont souvent qu’une formalité avant d’aller « prendre langue » avec le véritable décideur. Une situation inédite qui marginalise la Présidence et affaiblit la crédibilité internationale du Sénégal.
Un symbole frappant de cette marginalisation est la gestion de la communication d’État. Le Président lui-même a officialisé que le Bureau d’Information et de Communication du Gouvernement (BIC-GOUV) prend le lead sur les annonces publiques, reléguant les services de communication de la Présidence au second plan.
Cette décision est lourde de sens : le gouvernement n’est pas la Présidence. Confier la communication d’État à une entité gouvernementale, c’est brouiller les lignes et affaiblir l’autorité présidentielle. Pire, c’est une insulte aux communicants de la Présidence, dont le rôle est réduit à néant.
L’intitulé même du BIC-GOUV interroge : depuis quand l’information n’est-elle plus une partie intégrante de la communication ? Ce changement sémantique masque une réalité plus grave : la Présidence perd le contrôle de son propre récit, au profit d’une structure gouvernementale alignée sur Sonko.
La dernière annonce en date – l’augmentation des pouvoirs du Premier ministre – pourrait franchir un nouveau cap. Selon des sources bien informées, des décrets sont en préparation pour officialiser ce basculement, voire une modification constitutionnelle. Une manœuvre qui trahirait la volonté des électeurs, qui ont choisi Diomaye Faye comme Président, et non comme simple caution légale d’un pouvoir exercé par Sonko.
Cette concentration du pouvoir à la Primature pose un problème démocratique majeur : si le Président n’assume pas son rôle, pourquoi avoir organisé une élection ? Le Sénégal se dirige-t-il vers un système de fait où le Premier ministre, non élu directement par le peuple, dicte sa loi ?
L’affaiblissement de la Présidence s’accompagne d’un climat de défiance. L’épisode récent où Faye a publiquement critiqué son ministre de la Justice, en écho aux attaques de Sonko, illustre son manque d’autorité. Un chef d’État digne de ce nom limogierait un ministre incompétent au lieu de l’humilier en public.
Pourtant, peu de voix s’élèvent pour dénoncer cette dérive. Les intellectuels, la société civile et les journalistes semblent tétanisés. Les médias traditionnels, souvent accusés d’autocensure, ont laissé le champ libre aux chroniqueurs indépendants, qui deviennent les seuls à oser pointer du doigt cette confiscation du pouvoir.
Les conséquences de cette délégation de pouvoir sont déjà visibles. Aucun chef d’État majeur n’a assisté aux célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance, un snub diplomatique révélateur. Les capitales étrangères savent que pour discuter affaires, il faut frapper à la porte de Sonko, réduisant Faye au rang de potiche protocolaire.
Le Sénégal vit une crise institutionnelle sans précédent. Diomaye Faye, élu pour incarner un renouveau, se révèle être un pantin politique, tandis qu’Ousmane Sonko consolide son emprise sur le pays. La communication d’État captée par le BIC-GOUV, les partenaires étrangers qui contournent la Présidence, et un Président qui refuse d’assumer le « Je » du pouvoir sont autant de signes d’un pouvoir fantôme.
Si cette mascarade se poursuit, elle risque de saper la confiance des Sénégalais dans leurs institutions et d’enterrer définitivement l’idée d’une alternance crédible.
La question reste : jusqu’à quand le peuple acceptera-t-il d’être gouverné par l’ombre d’un homme qu’il n’a pas élu ?