Mercredi 14 octobre 2026, à Miski, dans le département d’Emi-Koussi, au cœur du Tibesti, les armes ont de nouveau parlé. Des membres de la Brigade nationale de contrôle des activités minières et du comité d’autodéfense de Miski ont échangé des tirs. Selon l’état-major des armées du Tchad, deux officiers ont été tués et neuf membres de la brigade blessés, rapporte Tchadinfos. Le comité affirme de son côté que l’armée a tué sept civils lors d’une frappe de drone, une accusation relayée par RFI qu’aucune source indépendante n’a pu vérifier. Dix-huit mois après l’accord de paix de Bardaï, l’or du Tibesti rallume la crise que ce texte devait éteindre.
Le conflit de Miski dure depuis près de dix ans et porte, pour l’essentiel, sur le partage des revenus de l’or, selon RFI. Il a connu plusieurs flambées, entre 2018 et 2020, puis en octobre 2025, rappelle Le N’Djam Post. Le 20 avril 2025, à Bardaï, le gouvernement et le comité, dont le président Djouma Chaha avait cosigné le texte, ont conclu un accord en quatorze articles sous l’égide du médiateur de la République, Saleh Kebzabo. Il prévoyait l’arrêt des violences, l’intégration des combattants dans les forces de sécurité après formation, l’annulation des permis miniers en cours et, à son article 6, la suspension de l’exploitation à Miski en attendant des études cartographiques, environnementales et sociales. L’article 12 fixait à six mois le délai de dissolution du comité.
Le premier ressort de la crise est là : un accord signé, mais jamais vraiment mis en œuvre. Des sources citées par Tchadinfos, à la primature comme à la médiature, indiquent que le comité de suivi n’a jamais été formellement installé. L’échéance initiale d’octobre 2025 a été manquée. L’intégration des combattants, la dissolution du comité, les études préalables à toute reprise de l’activité minière : aucun de ces chantiers ne semble avoir abouti. Un accord de paix inappliqué n’est pas neutre. Il fige les parties dans une attente armée où chacune accuse l’autre de trahir ses engagements. C’est exactement ce qui s’est produit à Miski.
Le deuxième ressort est l’or lui-même. Le 3 octobre, une délégation conduite par le vice-Premier ministre Limane Mahamat, avec la ministre des Mines, Fatima Haram Acyl, s’est rendue à Miski pour réaffirmer l’autorité de l’État sur les sites aurifères, selon Tchadinfos. L’exploitation de l’or y a été provisoirement interdite, le temps de mettre en place de nouvelles dispositions administratives. Les 12 et 13 octobre, le comité accusait la Brigade minière de tirs à l’arme lourde et de prélèvements irréguliers. Selon RFI, il lui reproche d’imposer des taxes illégales au profit d’une société privée et réclame le départ de son commandant. Dans le Tibesti, la question n’est pas de savoir si l’État doit contrôler l’or, mais au profit de qui il le contrôle.
La réponse de N’Djamena a d’abord été sécuritaire. L’état-major a sommé le comité de déposer immédiatement les armes, faute de quoi il serait traité comme une rébellion. Le 20 octobre, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a démenti auprès de Tchadinfos des informations faisant état de deux véhicules militaires détruits par des mines. Le lendemain, le procureur près le tribunal de grande instance de N’Djamena, Moussa Abdelkerim Saleh, a présenté à la presse quatre personnes interpellées, poursuivies pour atteinte à la sûreté de l’État, trouble à l’ordre public et association de malfaiteurs. « Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il déclaré. Une opération militaire est en cours dans la zone, précise le site d’information.
En face, le camp du dialogue s’élargit. Le 20 octobre, l’opposition emmenée par Pahimi Padacké Albert, chef de file de l’opposition, a réclamé l’arrêt immédiat des hostilités, en relevant que l’accord de 2025 valait reconnaissance de fait du comité, selon APA. Le 23 octobre, le groupe G11+, qui rassemble plus de quatorze anciens mouvements politico-militaires et affiche son soutien au président, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a plaidé à son tour pour la concertation. Le même jour, Saleh Kebzabo a exigé la cessation immédiate des hostilités. « La force ne saurait se substituer durablement au dialogue », a averti le médiateur de la République dans un communiqué.
Ce chœur inhabituel, de l’opposition aux anciens rebelles ralliés, signale un risque que le pouvoir aurait tort de sous-estimer. L’opposition met en garde contre les expéditions punitives collectives et les discours de haine ethnique, et réclame une information officielle crédible, dont l’absence nourrit les rumeurs. Les cadres du Tibesti, dans un appel publié le 19 octobre, proposent un cadre permanent de concertation associant autorités coutumières, élus, jeunes et femmes. Ils rappellent que la violence retarde le retour de l’administration, des écoles et des centres de santé à Emi-Koussi. Autrement dit, chaque semaine de combats éloigne un peu plus l’État qu’on prétend restaurer.
Le gouvernement tchadien tient sa ligne : rétablir l’autorité de l’État sur les sites aurifères. L’objectif est légitime, mais la méthode décidera de l’issue. Une victoire militaire à Miski ne réglerait ni la question du partage de la rente ni celle de la confiance, minée par dix-huit mois d’engagements non tenus. À l’inverse, installer enfin le comité de suivi, publier les études minières et intégrer les combattants coûterait moins cher qu’une campagne dans les montagnes du Tibesti. Le pouvoir du maréchal Déby a fait de la stabilité son principal argument. À Miski, elle passe moins par les armes que par l’application d’un accord que son propre gouvernement a signé.