10 octobre 2026
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Article Politique

Maroc : Mohammed VI ouvre la 12e législature, le gouvernement El Mansouri se fait attendre

Le 9 octobre, Mohammed VI a ouvert le Parlement du Maroc sans nouveau gouvernement. Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement désignée, négocie encore sa coalition : 207 sièges sur 395, neuf de plus que la majorité. Le RNI, son allié d’hier, est écarté. Le roi, lui, a déjà dicté les priorités.

10 octobre 2026 • 4 min 857 mots
Maroc : Mohammed VI ouvre la 12e législature, le gouvernement El Mansouri se fait attendre
Maroc

Vendredi 9 octobre 2026, à Rabat, Mohammed VI a ouvert la 12e législature du Maroc devant les deux Chambres réunies, et Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement désignée depuis dix jours, n’avait pas encore d’équipe à lui présenter. Le roi a parlé d’une mandature qui « intervient dans une conjoncture exceptionnelle, riche en opportunités qui pourraient ne pas se renouveler », selon l’hebdomadaire TelQuel. Il a énuméré les chantiers : sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, émergence industrielle, économie numérique, intelligence artificielle, emploi des jeunes, régionalisation. La coalition censée les conduire se négociait encore. La veille, le site Le7tv jugeait une nomination avant l’ouverture possible, mais suspendue à la conclusion des accords.

Les législatives du 23 septembre ont renversé la hiérarchie de la majorité sortante. Le Parti authenticité et modernité (PAM), la formation de Fatima Ezzahra El Mansouri, est arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, d’après les résultats du ministère de l’Intérieur. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti du chef du gouvernement sortant, Aziz Akhannouch, tombe de 102 à 66 sièges. L’Istiqlal en obtient 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD), réduit à 13 députés en 2021, remonte à 54. La participation n’a atteint que 38,08 %, contre 50,86 % cinq ans plus tôt. Le 29 septembre, le roi a chargé la dirigeante du PAM de former le gouvernement. Avocate de formation, élue maire de Marrakech dès 2009, ministre de l’Habitat en 2021, elle est la première femme à occuper la fonction.

Son premier choix a été une rupture. Le 3 octobre, devant le conseil national du PAM, de nombreux délégués ont rejeté toute reconduction de l’alliance avec le RNI. « J’ai bien reçu le message », leur a-t-elle répondu, rapporte Le360, en réclamant un « gouvernement politique fort ». Deux jours plus tard, elle ouvrait un second tour de consultations avec Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le schéma qui se dessine, selon Le360 et Médias24, réunit le PAM, l’Istiqlal de Nizar Baraka, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) de Driss Lachgar et le PPS : 97, 65, 26 et 19 sièges. Total, 207. La majorité absolue est à 198. Neuf voix de marge.

Le chiffre dit la fragilité. Avec le RNI, l’attelage PAM-Istiqlal aurait pesé 228 députés, calculait le politologue Mustapha Sehimi dans Le Matin. Sans lui, la cheffe du gouvernement dépend de trois partenaires dont aucun n’est superflu : que le PPS se retire, et la majorité tombe à 188. Chacun le sait et se fait payer. D’après le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, cité par Le360, les trois partis se disputent le plus grand nombre possible de portefeuilles, alors qu’El Mansouri veut un gouvernement resserré en grands pôles et plus féminisé. Le ministère de la Justice aurait été proposé à Driss Lachgar ; son titulaire sortant, Abdellatif Ouahbi, serait sollicité pour la présidence de la Chambre des représentants. Rien de cela n’est officiel.

L’alliance a pourtant une logique, et une mémoire. Istiqlal, USFP et PPS formaient la Koutla, le bloc qui a dirigé le gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi de février 1998 à octobre 2002. Pour les socialistes, c’est « un retour aux sources », confie une source du parti à Médias24. Le bureau politique de l’USFP a dit oui le 6 octobre ; son conseil national doit trancher ce samedi 10 octobre à Rabat. Celui de l’Istiqlal a approuvé la participation à l’unanimité dès le 3, selon Le7tv. Un autre scénario circule : une source interne au PAM, citée par le site Belpresse, ajoute le Mouvement populaire et ses 29 sièges, soit 236 députés. Médias24 juge au contraire que ce parti n’en sera pas. L’écart entre 207 et 236 mesure ce qu’El Mansouri n’a pas encore tranché : gouverner serré ou gouverner large.

En face, l’opposition aura du coffre. Le PJD d’Abdelilah Benkirane a choisi ce camp dès le 26 septembre, à Bouznika. Si le RNI l’y rejoint, comme l’envisage Le7tv, les deux partis aligneront 120 députés. « La confrontation s’annonce rude au sein de la Chambre des représentants », prévient Le360. Mais le vrai contrepoint est ailleurs. Le programme que la future majorité doit rédiger, le roi l’a cadré vendredi : des réserves stratégiques à constituer plus vite, un secteur privé sommé d’être « plus entreprenant », un transfert de compétences aux régions pour lequel « aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable ». Le discours a même fixé la ligne face à l’Espagne sur la question migratoire. Sur le cap, la coalition n’a rien à négocier. Il lui reste les postes, le rythme et la responsabilité des résultats.

Le calendrier, lui, ne se négocie pas. Le projet de loi de finances doit être déposé à la Chambre des représentants au plus tard le 20 octobre, rappelle Médias24. Une fois nommé, le gouvernement devra présenter son programme devant les deux Chambres et obtenir la confiance de 198 députés au moins. En 2021, Aziz Akhannouch avait été investi par 213 voix contre 64. En 2016, Abdelilah Benkirane, nommé le 10 octobre, n’avait pas réussi à former son équipe ; Saâd Dine El Otmani ne l’avait remplacé que le 17 mars 2017.

Fatima Ezzahra El Mansouri n’en est pas là. Elle a gagné l’élection contre son allié et esquissé sa coalition en dix jours. Mais 38 % de participation et neuf voix d’avance composent un mandat étroit pour porter les ambitions d’un discours royal. Le vote de confiance dira si la Koutla est une majorité ou un souvenir.

Par Karim Benyahia