18 octobre 2026
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Décryptage Économie

Ghana : inflation maîtrisée, budget tenu, mais une économie suspendue à l’or et un cédi qui recule

Au Ghana, l’inflation est à 5,2 %, le taux directeur à 14 %, et la Bourse d’Accra a doublé. Le FMI relève sa prévision de croissance à 5,7 %. Mais de janvier à août, le cédi a perdu 7,11 % face au dollar, et l’or pèse deux tiers des exportations. Le redressement tient. Sa base reste étroite.

18 octobre 2026 • 4 min 882 mots
Ghana : inflation maîtrisée, budget tenu, mais une économie suspendue à l’or et un cédi qui recule
Ghana

Jeudi 15 octobre 2026, à Accra, la Banque du Ghana (BoG) a publié son rapport de politique monétaire de septembre. Le document se lit comme un bulletin de convalescence réussie. L’inflation s’établit à 5,2 % en septembre, sous la cible de 6 à 10 % fixée à moyen terme. Le taux directeur est maintenu à 14 %, contre 25 % en juillet 2025. La croissance du PIB a atteint 6 % sur un an au deuxième trimestre, et l’indice composite de la Bourse du Ghana a bondi de 105,7 % en un an, détaille Citi Newsroom. Une ligne, pourtant, dépare : de janvier à fin août, le cédi a perdu 7,11 % face au dollar américain.

Le contraste est d’autant plus net que l’année 2025 avait été celle d’une revanche monétaire. Sur la même période, en 2025, le cédi s’était apprécié de 28,95 % face au dollar, rappelle Rainbow Radio, qui reprend les chiffres de la banque centrale. Le pays revenait de loin : le défaut sur une grande partie de sa dette extérieure, fin 2022, puis un programme du Fonds monétaire international (FMI) et une restructuration douloureuse. Aujourd’hui, Accra évolue sous un instrument de coordination des politiques (PCI) du FMI, un cadre de suivi sans décaissement. Le 13 octobre, en marge des assemblées annuelles de Bangkok, le Fonds a relevé sa prévision de croissance pour 2026 à 5,7 %, contre 4,6 % en avril, et anticipe une inflation de 4,8 % en fin d’année, selon GhanaWeb.

Que dit le rapport de politique monétaire de septembre 2026 de la Banque du Ghana ?

Le premier acquis est budgétaire, et il est le plus solide. De janvier à juillet 2026, le déficit global n’a pas dépassé 0,2 % du PIB, quand l’objectif était de 1,9 %, et le solde primaire dégage un excédent de 1,4 % du PIB, selon le rapport de la BoG cité par Citi Newsroom. Le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, affiche sa confiance. « Nous sommes convaincus de dépasser cette projection », a-t-il déclaré à propos de la prévision du FMI, selon MyJoyOnline. Pour un pays qui a longtemps dérapé à l’approche des échéances électorales, cette discipline n’est pas un détail. Elle est le socle sur lequel la banque centrale a pu desserrer l’étau.

Le deuxième acquis touche le crédit. Les taux débiteurs moyens sont tombés à 15,9 % en août, contre 24,2 % un an plus tôt, et le crédit réel au secteur privé progresse de 29 %, contre 1,7 % en août 2025. Le système bancaire affiche un ratio de solvabilité de 19,1 %, bien au-dessus du minimum réglementaire de 13 %. Mais le taux de prêts non performants reste de 15,7 %, certes en baisse par rapport aux 20,8 % d’un an plus tôt, et le bénéfice après impôt des banques a reculé de 5,7 %. Le crédit repart sur un bilan encore convalescent.

Comment la dépendance à l’or fragilise-t-elle l’économie du Ghana ?

Le troisième point est le plus fragile, et il explique le recul du cédi. Sur les huit premiers mois de 2026, le Ghana a dégagé un excédent commercial d’environ 8,8 milliards de dollars, pour des recettes d’exportation de 22,39 milliards. L’or en a fourni 14,86 milliards, soit deux tiers. Le FMI l’a dit sans détour à Bangkok : Accra doit diversifier ses exportations au-delà du métal jaune. Une économie dont la devise dépend d’un seul produit reste exposée à ses retournements. Le cacao, deuxième pilier historique, renoue tout juste avec les marchés : début octobre, le Cocobod, l’organisme public du secteur, a levé environ 288 millions de dollars pour financer ses achats aux planteurs, sa première émission de ce type depuis le défaut, selon Nairametrics.

Pourquoi la Banque du Ghana maintient-elle son taux directeur à 14 % ?

C’est là que la prudence de la banque centrale prend son sens. Le 24 septembre, le comité de politique monétaire a maintenu son taux à 14 % pour la troisième réunion consécutive, à l’unanimité. Le gouverneur, Johnson Asiama, a mis en avant les pressions sur les prix mondiaux depuis juillet, avec un baril de brut au-dessus de 100 dollars, rapporte The Rio Times. L’inflation a progressé deux mois de suite, de 4,6 % en juillet à 5,2 % en septembre, et l’inflation des services atteint 8,3 %. La BoG anticipe aussi, dans son rapport, une demande saisonnière de devises des secteurs de l’énergie et du commerce qui pourrait peser sur la monnaie. Baisser le taux maintenant reviendrait à ajouter une pression sur un cédi qui glisse déjà.

Pourquoi le cédi ghanéen recule-t-il de 7 % face au dollar en 2026 ?

Faut-il s’en alarmer ? Pas encore. Une dépréciation de 7 % après une appréciation de près de 29 % relève davantage de la correction que de la crise. Sur le marché des changes, le cédi s’échangeait à 12,30 cédis pour un dollar le 15 octobre, et à 11,68 sur le marché interbancaire de la BoG, selon Modern Ghana. La volatilité, souligne la banque centrale, est même plus faible que lors des quatre années précédentes. Le risque est ailleurs : que la réussite statistique masque une dépendance structurelle. Un taux de 14 % pour une inflation de 5,2 % représente un loyer réel de l’argent proche de neuf points, que les entreprises ghanéennes paient au prix fort.

Le gouvernement de John Dramani Mahama aborde ainsi la préparation de son budget 2027 avec des chiffres que peu de ses prédécesseurs ont connus. La question n’est plus de savoir si le Ghana est sorti de la crise de 2022 : il en est sorti. Elle est de savoir s’il saura transformer l’or en autre chose que de l’or, et une Bourse euphorique en investissement productif. Tant que deux dollars d’exportations sur trois sortiront des mines, le cédi restera l’otage d’un cours mondial. Accra a gagné la bataille de la stabilisation. Celle de la transformation n’a pas commencé.

Par Tunde Adeyemi