17 octobre 2026
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Article Économie

Afrique subsaharienne : une croissance de 4,5 % qui cache une vulnérabilité accrue

Le 15 octobre, à Bangkok, le FMI a relevé à 4,5 % sa prévision de croissance pour l’Afrique subsaharienne en 2026. Pétrole cher, engrais hors de prix, aide en chute : la région tient. Mais les intérêts absorbent 12 % des recettes publiques et El Niño menace. La résilience, prévient le FMI, n’est pas une immunité.

17 octobre 2026 • 4 min 856 mots
Afrique subsaharienne : une croissance de 4,5 % qui cache une vulnérabilité accrue
Afrique Congo

Jeudi 15 octobre 2026, à Bangkok, en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, Zeine Zeidane a présenté un bulletin de santé en trompe-l’œil. Le directeur du département Afrique du FMI a relevé à 4,5 % la prévision de croissance de l’Afrique subsaharienne pour 2026, soit 0,2 point de plus qu’en avril, rapporte l’AFP. La région a absorbé la flambée du pétrole, du gaz et des engrais provoquée, depuis la fin février, par la guerre des États-Unis contre l’Iran. Puis l’ancien Premier ministre mauritanien a ajouté la phrase qui compte : le recul de l’aide « laisse à la région peu de marge pour absorber un nouveau choc », a-t-il déclaré, selon Africanews.

Derrière la moyenne, le FMI décrit une région coupée en deux par le prix du baril. Les exportateurs de pétrole voient leur excédent courant grimper de 1,6 % à 4,4 % du PIB ; les économies peu dotées en ressources voient leur déficit se creuser de 3,4 % à 5,8 %, même si ce sont elles qui croissent le plus vite, à 6 %, selon la mise à jour régionale analysée par le site Eastern Herald. L’inflation médiane devrait passer de 3,4 % en 2025 à 4,3 % cette année, puis à 5 % en 2027, rapporte Reuters. En avril, le Fonds prévoyait un pic à 5 % dès 2026, suivi d’une détente. Le pic est repoussé, la détente aussi. Quant aux engrais, leur prix devrait dépasser de 26 % son niveau de 2025, une menace directe pour les prochaines récoltes.

Le Fonds reconnaît un mérite aux gouvernements : la plupart ont préservé la croissance sans sacrifier leurs finances publiques, et les ratios de dette rapportée au PIB ont globalement reculé, grâce à un « véritable effort de consolidation budgétaire » et à une meilleure mobilisation des recettes intérieures, selon Zeine Zeidane. Le premier talon d’Achille n’en reste pas moins financier. Les paiements d’intérêts absorbent environ 12 % des recettes publiques de la région. Le rendement des bons du Trésor américain à dix ans est passé de 4 % fin février à 5,2 % fin septembre : chaque hausse à Washington se répercute sur les primes exigées des emprunteurs africains. Même si les écarts de taux se resserrent, le coût de l’emprunt pourrait continuer de monter, a averti Zeine Zeidane, selon Reuters.

Le FMI estime désormais qu’un resserrement monétaire pourrait être nécessaire dans la plupart des pays. Les besoins de financement des États évincent en outre le secteur privé en accaparant le crédit, et l’absence d’investisseurs institutionnels, fonds de pension ou grandes entreprises, freine l’essor des marchés de capitaux, a-t-il souligné. Le dilemme est cruel : relever les taux pour contenir l’inflation importée, c’est renchérir encore la dette intérieure. L’Éthiopie, le Ghana et la Zambie ont certes avancé dans leurs restructurations, mais il leur a fallu des années, et le Fonds propose désormais un manuel de procédure et des modèles de protocoles d’accord pour accélérer les suivantes.

Le deuxième talon d’Achille est politique, et il vient du Nord. L’aide bilatérale a chuté d’environ un quart en 2025 et devrait encore reculer de 12 % en 2026, selon des projections de l’OCDE reprises par le FMI. Les budgets africains doivent donc absorber le choc pétrolier presque seuls. Le Fonds les invite à mieux viser : à peine une mesure budgétaire annoncée sur sept est ciblée. Dans une comparaison portant sur 19 pays, lisser les prix à la pompe pour tous coûte environ 4 % du PIB, quand des transferts protégeant les 40 % les plus pauvres coûtent au plus 0,5 %. Aux exportateurs de matières premières, Zeine Zeidane conseille d’épargner l’essentiel de la manne, y compris en remboursant leur dette la plus coûteuse. Le conseil est sage. Il se heurte à une réalité têtue : les gouvernements préfèrent les subventions visibles aux transferts discrets, surtout à l’approche des élections.

Face à ce reflux, plusieurs capitales misent sur leur sous-sol. Le Burkina Faso a ouvert sa première raffinerie d’or ; le Mali en construit une avec le groupe russe Yadran ; la Côte d’Ivoire prévoit d’inaugurer la sienne l’an prochain ; la Guinée et le Ghana ont restreint leurs exportations d’or, rapporte Africanews. À Bangkok, le ministre burkinabè des Finances, Aboubakar Nacanabo, a résumé la doctrine : « La première étape, c’est de créer la chaîne de valeur. » Sa collègue guinéenne, Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, défend le chemin de fer reliant les mines de Simandou à la côte et veut créer des enclaves d’investissement, dans un pays où la moitié de la population vit dans la pauvreté. La stratégie a sa logique. Elle a aussi son angle mort : une raffinerie ne remplace pas une base fiscale large, et une enclave enrichit rarement l’arrière-pays.

La prochaine épreuve viendra du Pacifique. El Niño, absent des scénarios d’avril, est devenu un risque central : selon les simulations du FMI, il pourrait retrancher 0,5 point de croissance et ajouter 2,6 points d’inflation en 2027, avec la sécheresse au sud du continent et des inondations à l’est. S’y ajoute l’épidémie d’Ebola en RDC, que Zeine Zeidane juge difficile à contenir. Le FMI se dit prêt à mobiliser ses financements d’urgence à travers ses 18 programmes actifs. Mais une région dont le revenu par habitant mettrait près de cinquante ans à doubler, contre quinze pour l’Asie du Sud-Est, selon le même responsable, ne peut pas se contenter de résister. La résilience a sauvé 2026. Elle ne financera pas 2027.

Par Tunde Adeyemi