Le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni

L’accès à internet a été suspendu mardi en Ouganda, à deux jours des élections présidentielle et législatives, à l’issue desquelles le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans, brigue un nouveau mandat. La coupure a été constatée par des journalistes à Kampala.

La Commission ougandaise des communications avait ordonné cette suspension à compter de 18h00 (15h00 GMT), pour une durée indéterminée, demandant aux fournisseurs d’accès de mettre en œuvre la mesure afin de limiter la propagation de la désinformation en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi que d’empêcher l’incitation à la violence.

Peu après l’heure annoncée, l’accès à internet a été interrompu dans plusieurs zones et certains appels internationaux ne passaient plus. L’ONG de surveillance Netblocks a évoqué une perturbation nationale de la connectivité en Ouganda.

Le pays avait déjà imposé une coupure similaire lors de l’élection présidentielle de 2021, remportée par Yoweri Museveni, aujourd’hui âgé de 81 ans. Son principal adversaire, Bobi Wine, avait alors dénoncé un scrutin entaché de violences meurtrières.

Aucune déclaration officielle n’a été faite par les autorités ougandaises au sujet de cette coupure, malgré les assurances répétées du gouvernement selon lesquelles internet ne serait pas bloqué pendant le processus électoral. Début juillet, l’exécutif avait qualifié de fausses et trompeuses les informations suggérant une telle mesure.

La suspension est intervenue quelques heures après le dernier meeting du président sortant, qui a rassemblé des milliers de partisans à Kampala. Certains participants ont exprimé leur soutien au chef de l’État, tandis que d’autres ont reconnu être venus principalement pour la nourriture distribuée, sans intention de voter pour lui.

Dans un communiqué, la Commission kényane des droits de l’Homme a appelé les citoyens ougandais à documenter tout cas de fraude ou de violences électorales. Plusieurs ONG dénoncent une coopération régionale visant à réduire au silence les voix dissidentes.

Le scrutin se déroule dans un climat jugé préoccupant par les observateurs internationaux. Le bureau du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme a évoqué une situation marquée par une répression et une intimidation généralisées. Amnesty International affirme qu’au moins 400 partisans du principal parti d’opposition ont été arrêtés ces derniers mois, l’un d’eux ayant été tué en novembre.

Fin décembre, les autorités ougandaises avaient également restreint l’importation d’équipements internet satellitaires, susceptibles de permettre le contournement d’une coupure nationale. Cette situation ravive les craintes d’un scénario similaire à celui observé récemment en Tanzanie, où une interruption prolongée d’internet avait accompagné des élections contestées et une violente répression des manifestations.