Plus de deux semaines après le coup d’Etat en Guinée, qui a renversé le président Alpha Condé, le flou demeure sur les intentions et orientations du Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD). La junte au pouvoir est jusque-là restée sourde aux injonctions de la Cédéao, qui cherche à ramener rapidement l’ordre constitutionnel. Entre l’organisation sous-régionale et les putschistes, le bras de fer est clairement engagé.

Depuis que la président Alpha Condé a été renversé le 5 septembre dernier par des militaires, la junte au pouvoir est restée sourde aux injonctions de la communauté internationale. Particulièrement de la Cédéao, qui a demandé la libération immédiate du président déchu, toujours détenu par les putschistes, et le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Tout au plus, la junte a lancé, depuis le 14 septembre, de larges concertations nationales qui devraient préparer une charte de la transition.

Les chefs d’Etat Ouest-africains ont multiplié les rencontres depuis le putsch du 5 septembre dernier. Dans leur rapport qu’ils ont remis à la junte, ils demandent la libération immédiate d’Alpha Condé, une transition dans un délai de 6 mois, en plus de vouloir geler les avoirs des putschistes et leur avoir interdit de voyager, entre autres décisions prises.

Mais jusque-là, le colonel Mamady Doumbouya, a juste permis à la délégation de la Cédéao de rencontrer le président AlphaCondé, pour les rassurer que l’ex chef d’Etat est maintenu dans de bonnes conditions.

Pour le reste, aucun délai n’a été donné par les militaires concernant la transition, ni pour la mise en place d’un gouvernement. Mamady Doumbouya n’a pas, non plus, donné une quelconque date pour la libération d’Alpha Condé, ni indiqué si l’ex chef d’Etat quittera le pays à sa libération, où s’il restera à Conakry comme Condé lui-même le souhaite, selon des responsables de l’organisation sous-régionale.

Autant dire qu’il n’y a pas encore le moindre début d’exécution des injonctions de la Cédéao de la part de la junte.

Imperturbable, le colonel Mamady Doumbouya continue de dérouler sa feuille de route.

Après avoir libéré des opposants de l’ancien président et permis à d’autres qui avaient quitté le pays de rentrer en Guinée, il poursuit ses concertations nationales avec les « forces vives de la nations », entamées depuis le 14 septembre dernier. Partis politiques, opérateurs miniers, Missions diplomatiques, représentants de la diaspora, les acteurs culturels et la presse, ont tour à tour été reçus par le nouvel homme fort de la Guinée.

En attendant de donner des orientations claires, Mamady Doumbouya, se contente de livrer un discours fort et d’annoncer les nouvelles valeurs sur lesquelles la Guinée devra désormais s’appuyer. Le Rassemblement, le redressement, la refondation sont entre autres, les mots clés du discours du nouveau chef de la Guinée.

 

Les Guinéens soutiennent la junte

Un discours qui passe pour l’instant, puisque pour la grande majorité, les Guinéens soutiennent la junte que certains voient comme les libérateurs du peuple du joug d’Alpha Condé. Ces Guinéens qui n’hésitent pas à fustiger les décision prises par les chefs d’Etat de la Cédéao, reprochant à l’organisation sous-régionale d’être restée inerte quand le président déchu s’arrogeait le droit de briguer un troisième mandat, en modifiant la Constitution au prix de plusieurs dizaines de morts.

Forte de ce soutien, la junte fait fi des sanctions de l’institution. Certains chefs de la junte rétorquant à l’organisation qu’ils n’ont pas besoin de quitter le pays, leur mission se déroulant en Guinée et qu’ils n’ont rien à geler dans leurs comptes.

Le populisme donc, à la place d’une charte de la transition et la composition d’un gouvernement d’union nationale attendues par la communauté internationale.

Mais ce qui est certain, c’est que la junte devra se prononcer avec beaucoup plus de précision sur ces questions essentielles à l’issue des concertations nationales qu’elle a initiées.

Elle devra également se montrer plus coopérative avec la Cédéao, dans le cadre de négociations sérieuses, pour éviter à la Guinée des sanctions plus sévères de l’organisation sous-régionale, qui pourraient négativement impacter le pays. Mais également de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne, de l’Union africaine ou encore des Nations Unies.