30 octobre 2026
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Analyse Énergie

À Mnazi Bay, un petit puits pour rallumer la flamme gazière tanzanienne

223 milliards de pieds cubes : c’est le volume annoncé le 27 octobre 2026 par le ministre tanzanien de l’Énergie, Juma Zuberi Homera, au puits Kasa-1X ST2 de Mnazi Bay. Première découverte gazière depuis 2015, elle sera exploitée avec Maurel & Prom. Assez pour électrifier, trop peu pour rêver ?

30 octobre 2026 • 4 min 852 mots
À Mnazi Bay, un petit puits pour rallumer la flamme gazière tanzanienne
Tanzanie

Le 27 octobre 2026, Juma Zuberi Homera, ministre tanzanien de l’Énergie, a annoncé ce que le secteur gazier du pays attendait depuis 2015 : une nouvelle découverte. Le puits Kasa-1X ST2, foré dans le bloc de Mnazi Bay, dans la région de Mtwara, à l’extrême sud-est de la Tanzanie, aurait mis au jour 223 milliards de pieds cubes de gaz naturel, soit environ 6,3 milliards de mètres cubes. Le lendemain, quatre licences d’exploration étaient signées au profit de la Tanzania Petroleum Development Corporation (TPDC), la compagnie publique : Eyasi-Wembere, Lindi-Mtwara, West Songo Songo et Mnazi Bay North. Dodoma et Dar es Salaam veulent transformer une trouvaille en dynamique.

Le puits lui-même est une prouesse technique, modeste mais réelle. Foré depuis la terre ferme, il atteint un réservoir situé à 4,5 kilomètres au large, sous 400 mètres d’eau, selon le site spécialisé TanzaniaInvest. Le bloc de Mnazi Bay est opéré par le groupe français Maurel & Prom, qui en détient 60 %, aux côtés de la TPDC, qui a doublé sa participation de 20 % à 40 % en 2024 en versant 23,6 millions de dollars à son partenaire. Le gaz du champ alimente les centrales de la Tanzania Electric Supply Company (Tanesco) à Mtwara et à Dar es Salaam, notamment par un gazoduc de 542 kilomètres en service depuis 2015 : plus de 80 % de la production part à l’électricité.

Il faut toutefois lire les chiffres avec prudence. Le gouvernement parle de 223 milliards de pieds cubes ; Maurel & Prom, dans sa mise à jour opérationnelle du 22 octobre, évoquait une estimation préliminaire d’environ 200 milliards de pieds cubes bruts, dont 120 milliards nets pour sa part, sous réserve d’évaluation complémentaire. Le média Commonwealth Union relève que le chiffre officiel n’a été classé ni en réserves prouvées ni dans aucune autre catégorie formelle de ressources. L’écart n’a rien d’un scandale ; il rappelle qu’une annonce ministérielle n’est pas une certification. Pour les marchés et les banquiers, c’est la seconde qui compte.

À l’échelle tanzanienne, la découverte est utile plus que spectaculaire. Le ministre Homera a évoqué un débit d’environ 30 millions de pieds cubes par jour pendant au moins dix ans ; l’opérateur avance un potentiel brut de 50 millions, avec une première production attendue dès novembre 2026. Le champ de Mnazi Bay produit déjà quelque 130 millions de pieds cubes par jour, selon Maurel & Prom, après l’apport de plus de 65 millions par les puits MB-5 et MS-2. Kasa-1X ajoutera donc entre un quart et près de 40 % de capacité à un champ dont la production part, pour l’essentiel, dans les turbines de la Tanesco. C’est un gain direct pour un réseau électrique sous tension, pas une révolution.

Pour Maurel & Prom, l’enjeu est différent. Le groupe coté sur Euronext Paris a fait de Mnazi Bay un actif gazier de premier plan. Sa production en quote-part y a atteint en moyenne 67 millions de pieds cubes par jour sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 12 % sur un an. En septembre 2024, il annonçait un programme d’investissement de 80 millions de dollars sur un bloc dont les réserves récupérables étaient alors estimées à 641 milliards de pieds cubes. Kasa-1X valide cette mise et prolonge l’horizon d’un champ où Maurel & Prom est entré en 2009, dans le cadre d’un accord de partage de production signé en 2004.

Le vrai contraste est ailleurs. Selon les chiffres de la TPDC repris par WorldOil, la Tanzanie dispose de ressources gazières estimées à environ 57 500 milliards de pieds cubes, dont 47 100 milliards en mer et 10 400 milliards à terre. Rapportés à ce stock, les 223 milliards de Kasa-1X pèsent moins de 0,4 %. L’essentiel de la richesse gazière tanzanienne dort au large, dans des gisements profonds dont la mise en valeur suppose des investissements d’une tout autre ampleur. La découverte de Mnazi Bay ne change rien à cette équation ; elle montre seulement que l’État a choisi, en attendant, de valoriser ce qui est accessible.

Cette stratégie de proximité se lit dans la séquence des 27 et 28 octobre. En attribuant quatre licences d’exploration directement à la TPDC, l’État renforce son opérateur national plutôt que de se tourner d’abord vers les grandes compagnies internationales. La compagnie publique discute par ailleurs avec quatre investisseurs pour des projets de gaz naturel liquéfié à petite échelle, dont trois à Mtwara, selon WorldOil. Le gazoduc de 35 kilomètres reliant le champ voisin de Ntorya à l’usine de Madimba, achevé à 74 % selon la même source, relève de la même logique. Le modèle se dessine : du gaz terrestre ou quasi terrestre, des volumes modestes, une valorisation locale par l’électricité et le petit GNL, un État actionnaire de premier rang. Il est moins glorieux que les grands projets offshore. Il est aussi plus rapide.

Le pari comporte pourtant un risque. En multipliant les petits champs et en concentrant les licences entre les mains de la TPDC, la Tanzanie mise sur une compagnie publique dont les moyens restent à éprouver et sur un partenaire privé de taille moyenne. Si les premiers débits de Kasa-1X tiennent les promesses de novembre, Mtwara pourrait devenir le laboratoire d’un modèle gazier africain plus modeste et plus souverain. S’ils déçoivent, la découverte de 2026 rejoindra la longue liste des annonces ministérielles plus généreuses que les réservoirs. Dans les deux cas, ce sont les turbines de la Tanesco qui rendront le verdict.

Par Tunde Adeyemi