10 octobre 2026
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Analyse Géopolitique

RDC : Félix Tshisekedi reçoit à Kinshasa les facilitateurs de l’Union africaine

Goma, Kigali, Kinshasa : en cinq jours, les anciens chefs d’État mandatés par l’Union africaine ont entendu l’AFC/M23, Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Leur communiqué réclame le respect d’un cessez-le-feu que les combats du Masisi démentent chaque jour.

10 octobre 2026 • 4 min 871 mots
RDC : Félix Tshisekedi reçoit à Kinshasa les facilitateurs de l’Union africaine
République démocratique du Congo

Vendredi 9 octobre 2026, au Palais de la Nation, à Kinshasa, Félix Tshisekedi a reçu le panel des facilitateurs de l’Union africaine (UA) sur la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), rapporte le site Teranga Times. Face à lui, quatre anciens chefs d’État : le Kényan Uhuru Kenyatta, le Botswanais Mokgweetsi Masisi, l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde et la Centrafricaine Catherine Samba-Panza. Le président congolais devait leur exposer, selon la cellule de communication de la présidence, les « actes de bonne foi » de son gouvernement. Il a surtout exigé, d’après le même site, une application contraignante et vérifiable des accords conclus. « Aucun accord n’a été annoncé à ce stade », notait le même jour Radio France Internationale (RFI).

La tournée avait commencé le lundi 5 octobre à Goma, capitale du Nord-Kivu tenue par l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (AFC/M23) depuis l’offensive du début 2025. À l’hôtel Serena, trois des facilitateurs ont rencontré la direction du mouvement, conduite par Corneille Nangaa, puis la mission des Nations unies, les humanitaires et le mécanisme conjoint de vérification, détaille le Critical Threats Project (CTP), un centre d’analyse américain. Le 7, ils étaient à Kigali chez Paul Kagame, qui a évoqué avec eux, selon la présidence rwandaise, les prochaines étapes du processus et les causes profondes du conflit. Deux absents : Catherine Samba-Panza, souffrante, qui n’a rejoint ses collègues qu’à Kinshasa, et le Nigérian Olusegun Obasanjo, retenu selon MediaCongo par les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée.

Que peut ce panel ? Son propre communiqué en donne la mesure. Il appelle les parties au « strict respect des engagements de cessez-le-feu », à la poursuite de bonne foi du processus de Doha et à la coopération avec les mécanismes de vérification, rapporte Actualite.cd. Autrement dit, il demande que soient appliqués des textes qu’il n’a ni négociés ni signés. L’accord entre Kinshasa et Kigali a été conclu sous l’égide de Washington. Le cessez-le-feu entre Kinshasa et l’AFC/M23 relève de la médiation du Qatar. Les facilitateurs, eux, rendent compte au médiateur de l’UA, le Togolais Faure Gnassingbé. Leur feuille de route, adoptée les 25 et 26 juillet à Gaborone, court jusqu’en décembre 2026 et vise à appuyer le médiateur en se coordonnant avec les deux autres processus. Il en reste moins de trois mois.

Pendant qu’ils écoutaient, le front bougeait. Le 3 octobre, l’armée congolaise et ses supplétifs wazalendo ont repris Remeka, dans le territoire de Masisi ; c’est, relève le CTP, la quatrième fois que la localité change de mains depuis la fin août. Dans le nord du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, les forces gouvernementales ont pris Numbi le 6 octobre après un retrait du M23, qui l’a reprise le lendemain, toujours selon le CTP, lequel précise ne pas pouvoir vérifier toutes ces revendications. La presse de Kinshasa signale des combats en direction de Rubaya, centre d’extraction du coltan. Le cessez-le-feu dont le panel réclame le respect n’existe que dans les communiqués.

Chaque camp a d’ailleurs utilisé la visite pour plaider, pas pour céder. À Goma, le 7 octobre, Corneille Nangaa a tenu une conférence de presse sur Minembwe, dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, où il accuse Kinshasa et ses alliés d’imposer un blocus aux Banyamulenge. La médiation, a-t-il dit selon le quotidien rwandais The New Times, doit produire des engagements précis, clairs et vérifiables. RFI rapporte qu’il promet aussi de combattre pour empêcher l’armée de reprendre la localité. À Kinshasa, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, réclame dans Forum des As des « sanctions plus robustes pour contraindre le Rwanda à quitter la RDC ». Le quotidien Le Potentiel parle d’un « périple d’écoute ». Le mot est juste, et il est cruel.

Il serait injuste d’en rester là. Le panel a fait ce que les médiations de Washington et de Doha ne font guère : se rendre à Goma, s’asseoir en face de l’AFC/M23, visiter d’anciens sites de déplacés dans le Nyiragongo, entendre le Comité international de la Croix-Rouge et le bureau humanitaire des Nations unies. Ses priorités affichées, protection des civils, accès de l’aide, maintien des écoles, sont celles que les grands accords laissent en marge.

Kinshasa aussi cherche des relais africains : entre le 29 septembre et le 6 octobre, l’émissaire de Félix Tshisekedi, Floribert Anzuluni, a porté à Lomé, Brazzaville, Luanda, Bujumbura, Entebbe et Dar es Salaam son plan de démobilisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Or c’est là que le dossier bute : Kigali exige une neutralisation effective et vérifiable, Kinshasa privilégie la reddition volontaire, résume la lettre Congo Confidentiel. La conférence trilatérale de planification convenue à Genève les 12 et 13 août doit actualiser l’ordre d’opérations sur ces engagements : neutralisation des FDLR, désengagement des forces, levée des mesures dites défensives du Rwanda. Elle relève de l’accord de Washington, pas de l’UA.

Les facilitateurs remettront leur rapport à Faure Gnassingbé et au gouvernement congolais. Ils ont jusqu’en décembre pour prouver que leur feuille de route sert à autre chose qu’à accompagner. Deux voies s’offrent à eux. Devenir la mémoire humanitaire du conflit, utile et sans prise sur lui. Ou obtenir ce que personne n’a obtenu, une vérification que les deux camps réclament dans les mêmes termes et qu’aucun ne laisse fonctionner. L’Union africaine a mandaté cinq anciens chefs d’État. Il lui manque un levier.

Par Éliane Moukoko