12 octobre 2026
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Article Économie

Nigeria : à moins de cent jours du scrutin, Tinubu vend l’essence à prix coûtant pendant trente jours

Le 8 octobre, le Nigeria a annoncé trente jours d’essence vendue à prix coûtant dans les stations de la NNPC. Pas une subvention, jure le ministre des Finances, Taiwo Oyedele. À moins de cent jours de la présidentielle du 16 janvier, Bola Tinubu soulage sans renier sa réforme. L’opposition attend le trente et unième jour.

12 octobre 2026 • 4 min 872 mots
Nigeria : à moins de cent jours du scrutin, Tinubu vend l’essence à prix coûtant pendant trente jours
Nigeria

Jeudi 8 octobre 2026, à Abuja, Taiwo Oyedele a choisi ses mots avec le soin d’un fiscaliste. Devant la presse, le ministre des Finances du Nigeria, également coordinateur de l’économie, a annoncé que les stations de la compagnie nationale NNPC vendraient l’essence à prix coûtant pendant trente jours, les transporteurs publics étant servis en priorité. « Ce n’est pas une subvention, le gouvernement dit simplement : nous vous vendons au prix de revient », a-t-il insisté, selon le site The Rio Times. Ce jour-là, le litre se vendait en moyenne autour de 1 400 nairas, d’après le ministre. Avant la guerre du Golfe, il en coûtait environ 830.

Le calendrier éclaire la mesure mieux que tout communiqué. Le Nigeria élit son président le samedi 16 janvier 2027, selon la Commission électorale nationale indépendante (INEC). Bola Tinubu, candidat à sa réélection, doit lancer officiellement sa campagne à Kaduna le 24 octobre, a annoncé le site The News Nigeria le 10 octobre. Peter Obi et Seyi Makinde, gouverneur de l’État d’Oyo, sont aussi sur la ligne de départ. Face au président sortant, Atiku Abubakar, ancien vice-président devenu candidat de l’African Democratic Congress (ADC), a résumé l’objection en une question, relayée par le quotidien Vanguard : que se passera-t-il le trente et unième jour ? La formule a porté parce qu’elle vise juste. Une ristourne de trente jours, annoncée à cent jours d’un scrutin, ressemble moins à une politique énergétique qu’à un acompte électoral.

Le gouvernement le sait, et il a construit son dispositif pour échapper au procès en populisme. Tout tient dans une marge. NNPC Retail renonce à son bénéfice de distribution et vend au prix d’achat, a expliqué la présidence par la voix de Bayo Onanuga, conseiller spécial du président chargé de l’information et de la stratégie : si le coût de débarquement est de 1 300 nairas, le litre sera vendu 1 300 nairas. Le 9 octobre, Taiwo Oyedele a précisé, selon Pulse Nigeria, que la remise ne coûterait rien au budget fédéral ni au compte de la Fédération. La NNPC achète son carburant à la raffinerie Dangote et à d’autres fournisseurs au prix du marché ; elle absorbe seule le manque à gagner. En parallèle, l’État négocie avec raffineurs et importateurs un plafond de 1 350 nairas le litre sur le prix sortie dépôt, révisable chaque mois, les dépassements devant être récupérés plus tard.

Sur le papier, la frontière avec la subvention est nette. Dans les faits, elle est poreuse. La NNPC appartient à l’État : une marge abandonnée par la compagnie nationale est un revenu public différé, simplement rendu invisible. Le plafond négocié, lui, reporte le coût sur les raffineurs et les importateurs avec une promesse de remboursement dont nul ne connaît encore l’échéance. Le ministre a lui-même chiffré le risque qu’il dit écarter : un retour aux prix d’avant la réforme coûterait plus de 20 000 milliards de nairas par an, et une aide de 500 nairas par litre plus de 16 000 milliards, sur la base d’environ 50 millions de litres consommés chaque jour. Une subvention rétablie, a-t-il ajouté, pourrait pousser le litre à 2 000 nairas et le dollar vers 3 000 nairas. C’est l’argument d’un gouvernement qui veut soulager sans se renier.

Car la suppression de la subvention, en mai 2023, reste le socle du bilan de Bola Tinubu auprès des bailleurs et des marchés. Son ministre peut aujourd’hui afficher des réserves de change d’environ 55 milliards de dollars et un écart entre taux officiel et taux parallèle tombé sous 5 %, selon ses déclarations rapportées par The Rio Times. Le 8 octobre, la Banque centrale fixait le dollar à 1 331,60 nairas. Revenir à une subvention générale reviendrait à brûler cet acquis en pleine campagne. D’où cette mesure en trompe-l’œil : assez visible pour être vantée sur les marchés de Kano et d’Onitsha, assez étroite pour ne pas effrayer les investisseurs.

Son effet réel risque pourtant d’être mince. Le montant de la remise n’a pas été publié. Son calendrier même reste flou : Bayo Ojulari, directeur général de la NNPC, a assuré au quotidien Punch que les remises avaient commencé après des autorisations obtenues vers le 1er octobre, sans qu’aucune date officielle soit publiée. Richard Ihediwa, directeur de la communication de la campagne de Seyi Makinde, évalue la remise à 60 nairas par litre, un chiffre que le gouvernement n’a pas confirmé. Le matin du 8 octobre, les prix affichés par la NNPC allaient de 1 355 nairas à Lagos à 1 435 dans l’État de Yobe, et la raffinerie Dangote vendait déjà à 1 325 nairas sortie dépôt, selon le site Legit.ng. Le réseau de la NNPC, enfin, ne couvre pas tout le territoire. Osa Director, secrétaire national à la communication du Nigeria Democratic Congress (NDC), a dénoncé une mesure de façade et prédit des bousculades aux pompes. Kola Ologbondiyan, porte-parole du conseil de campagne de l’ADC, y voit un pot-de-vin négocié.

Ces critiques visent toutefois le calendrier plus que le principe. Le débat se jouera donc moins sur la doctrine que sur la durée : qui saura tenir un prix tant que le pétrole, que le ministre dit au-dessus de 100 dollars le baril, reste suspendu à la guerre du Golfe ? Les trente jours expireront au début de novembre, à une dizaine de semaines du vote. Bola Tinubu devra alors choisir entre reconduire la remise, et la muer en subvention qui ne dit pas son nom, ou la laisser s’éteindre en pleine campagne. Dans les deux cas, le trente et unième jour viendra.

Par Kwame Mensah