11 octobre 2026
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Article Politique

Mauritanie : après les incendies de la Somelec, le gouvernement tombe, Ould Djay reste

En Mauritanie, le rapport sur les incendies de deux postes électriques de Nouakchott a été remis le 8 octobre. Le lendemain, le gouvernement démissionnait et Mokhtar Ould Djay était reconduit Premier ministre. Le ministre de l’Énergie part, le chef du gouvernement reste. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a fait d’une enquête un remaniement.

11 octobre 2026 • 4 min 872 mots
Mauritanie : après les incendies de la Somelec, le gouvernement tombe, Ould Djay reste
Mauritanie

Vendredi 9 octobre 2026, au palais présidentiel de Nouakchott, Mokhtar Ould Djay a remis la démission de son gouvernement au président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Quelques heures plus tard, un décret le reconduisait à son poste et le chargeait de former une nouvelle équipe. La veille, le chef de l’État avait reçu le rapport de la commission d’enquête indépendante sur les incendies qui ont ravagé, les 21 et 22 août, deux postes de transformation de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec). La présidence n’a donné aucun motif à la démission, note le site Atlasinfo. Le calendrier parle pour elle.

Les faits remontent à sept semaines. En moins de vingt-quatre heures, deux postes de la capitale prennent feu. Six des neuf communes de Nouakchott sont privées de courant pendant plusieurs jours, selon Atlasinfo ; la Somelec dit avoir rétabli la capacité des deux installations après environ cinq jours de réparations. Le Maroc dépêche une équipe technique. Le 25 août, une commission indépendante est installée et confiée à Ousmane Mamoudou Kane, ancien ministre des Finances. Mokhtar Ould Djay dirige alors le gouvernement depuis août 2024, début du second mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dont il est le troisième Premier ministre.

Le rapport écarte l’acte délibéré. Il retient pire : l’ordinaire. La commission relève de « graves insuffisances de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences », cite Africa Radio. D’après le compte rendu qu’en a publié Sahara Media le 8 octobre, les deux sinistres sont liés à la pose de trois nouvelles liaisons, et les feux ont démarré dans des cellules dont les câbles venaient d’être installés par l’entreprise adjudicataire. Le câble représentait 80 % du marché. L’entreprise a changé de fournisseur, puis de câble ; le directeur général de la Somelec a donné son accord sous réserve d’essais qui n’ont jamais été fournis. Aucun avenant n’a été signé. Aucun bureau d’études ne suivait la pose. Ousmane Mamoudou Kane a pris soin de préciser que la commission ne désigne pas ce câble comme la cause de l’incendie : elle constate seulement que son origine est inconnue.

Le marché lui-même est un cas d’école. Toujours selon Sahara Media, la commission estime que l’adjudicataire n’était pas éligible et aurait dû être écarté au profit de la deuxième offre. Le délai contractuel était de quatre mois, quand les professionnels interrogés en jugent dix à douze nécessaires ; dix-neuf mois plus tard, l’ouvrage n’est toujours pas opérationnel. Le budget prévisionnel était de 880 millions d’anciennes ouguiyas, le montant attribué de 1,2 milliard. La même société et le même cabinet de conseil ont obtenu d’autres marchés d’urgence de la Somelec, pour près de quatre fois ce montant. Le journal L’Authentique chiffre les dommages directs à plus de 220 millions d’ouguiyas nouvelles. Le rapport parle d’« une série de négligences et d’erreurs », sans les qualifier en droit.

Que fait un président d’un tel document ? Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en a ordonné la publication et l’application. Puis il a traité le problème en politique. Samedi 10 octobre, la ministre secrétaire générale de la Présidence, Aïssata Ba Yahya, elle-même nouvelle venue, a annoncé un gouvernement de 28 ministres et un ministre délégué. Mohamed Ould Khaled, ministre de l’Énergie depuis 2024, dont le nom figure dans le rapport selon RFI, cède son portefeuille à Mohamed Ould Abdel Vetah. La Défense et l’Intérieur changent aussi de mains ; les Affaires étrangères, la Justice et les Finances restent en place. Sahara Media compte une dizaine de départs. Le chef du gouvernement, lui, demeure. Dans L’Authentique, le journaliste Cheikh Aïdara y lit un désaveu de la commission : le Premier ministre sert d’ordinaire de fusible au président, et cette fois le fusible a été remis dans le tableau.

L’opposition, elle, ne veut pas d’un remaniement mais d’un procès. Le député Biram Dah Abeid, président du mouvement antiesclavagiste IRA, avait réclamé le départ du Premier ministre, celui du ministre de l’Énergie et le limogeage du directeur général de la Somelec ; il voit dans la démission « la conséquence logique d’une crise politique, économique et morale », rapporte RFI. Le Pôle de la coalition de l’opposition démocratique demande des poursuites contre les responsables des incendies. C’est là que le dossier se joue. Le rapport nomme des entités, la Somelec, l’entreprise adjudicataire, la Direction centrale de la distribution, le bureau de conseil. Il recommande d’établir les responsabilités administratives et judiciaires, de résilier le contrat et de geler les paiements liés au chantier. Rien de cela ne relève d’un décret de nomination.

La séquence dit quelque chose de la manière de gouverner à Nouakchott. Le président a commandé une enquête à une personnalité crédible, l’a laissée travailler six semaines, a promis de rendre ses conclusions publiques : la méthode est assez rare pour être relevée. Mais il a aussitôt converti la faute en mouvement ministériel, ce qui solde la responsabilité politique avant que la responsabilité pénale ait commencé. La nouvelle équipe hérite d’une feuille de route sociale : protection des bas revenus, emploi des jeunes, développement des villes de l’intérieur. Elle hérite surtout d’un réseau dont la commission demande le diagnostic complet de sécurité, et d’un chantier inachevé après dix-neuf mois. Un gouvernement est tombé pour deux incendies. On saura que l’État en a tiré la leçon le jour où un marché public sera annulé pour un câble sans certificat.

Par Aïssatou Diallo