19 octobre 2026
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Analyse Politique

Régionales et sénatoriales en Guinée : un calendrier qui sacrifie la procédure à la vitesse

En Guinée, Mamadi Doumbouya a fixé au 29 novembre les élections régionales et au 20 décembre celle des deux tiers du Sénat. Le dépôt des candidatures s’ouvre ce 19 octobre. Mais, selon la presse guinéenne, plusieurs délais du Code électoral sont déjà dépassés. Le dernier étage de l’édifice institutionnel se construit dans l’urgence.

19 octobre 2026 • 4 min 854 mots
Régionales et sénatoriales en Guinée : un calendrier qui sacrifie la procédure à la vitesse
Guinée

Lundi 12 octobre 2026, au journal de la télévision nationale, à Conakry, la lecture d’un décret a fixé l’agenda des deux prochains mois en Guinée. Le président Mamadi Doumbouya y convoque les électeurs pour les élections des conseillers régionaux le dimanche 29 novembre, zone spéciale de Conakry comprise, puis pour l’élection des deux tiers des membres du Sénat le dimanche 20 décembre, rapportent Guinéelive et Guinee360. Une semaine plus tard, la machine est lancée. La Direction générale des élections (DGE) annonce l’ouverture du dépôt des candidatures ce lundi 19 octobre, selon Guinéenews, et dit avoir formé 107 cadres locaux. Le calendrier est désormais fixé. Il est aussi, pour une partie de la presse guinéenne, déjà en infraction.

Ces deux scrutins doivent achever la nouvelle architecture institutionnelle. Le Sénat guinéen comptera 81 membres, détaille Guinee360 : 54, soit les deux tiers, élus au suffrage indirect, et 27 nommés par le président de la République dans les trente jours suivant la proclamation des résultats définitifs, dont quatre Guinéens de l’étranger. Chaque préfecture, chaque chef-lieu de région, la zone spéciale de Conakry et chacune de ses treize communes élisent un sénateur. Les candidats doivent avoir entre 40 et 80 ans et résider dans la région où ils se présentent ; partis et indépendants peuvent concourir, tandis que les membres du gouvernement, les magistrats et les militaires doivent démissionner ou se placer en congé avant de déposer leur dossier. Le collège sénatorial réunit principalement les conseillers communaux et régionaux, plus des représentants d’associations de la diaspora. Les conseillers régionaux, eux, sont choisis parmi les élus communaux de chaque région. Or les élections communales, couplées aux législatives de la fin mai, ont tourné à l’avantage du camp présidentiel : à l’Assemblée nationale, la Génération pour la modernité et le développement (GMD), le mouvement de Mamadi Doumbouya, a obtenu 94 sièges et ses alliés 49, selon les résultats publiés début juin.

Le premier problème est arithmétique. Le 13 octobre, le site Guinee360 a confronté le décret au Code électoral, article par article. L’article 212 impose que les élections régionales se tiennent « au plus tard 60 jours après le renouvellement des conseils communaux ». Ces conseils ayant été installés début juillet, l’échéance tombait entre la fin août et le début de septembre. Le 29 novembre la dépasse de près de trois mois. L’article 201 exige, pour les sénatoriales, que les candidatures et la caution soient déposées au moins 70 jours avant le scrutin. Pour un vote le 20 décembre, la date limite était le 11 octobre, soit la veille de la lecture du décret, relève le journaliste Facely Konaté, cité par Guinee7. Quant aux régionales, le délai de 45 jours prévu par l’article 217 menait au 15 octobre, quatre jours avant l’ouverture annoncée des dépôts.

Le deuxième problème est logistique. Vingt et un jours seulement séparent les deux scrutins. Les sénateurs doivent être élus par un collège qui comprend les conseillers régionaux ; or, avec les délais de recours prévus devant la cour d’appel, la proclamation définitive des régionales pourrait n’intervenir qu’autour du 7 au 12 décembre, selon les estimations de Guinee360 et de Guinee7. Le collège sénatorial serait donc constitué quelques jours à peine avant d’aller voter. Même la question de l’argent n’est pas réglée. La commission financière, à peine installée, a remis une proposition confidentielle sur le montant de la caution, mais la DGE ne l’avait toujours pas arrêté le 18 octobre. « Il n’y aura de caution que pour les sénatoriales », a précisé à Guinéenews Georges Abraham Sorry, directeur général adjoint des élections.

Aucune réponse officielle n’a été apportée, à ce jour, aux objections juridiques soulevées par la presse. Ce silence en dit long. Il traduit une hiérarchie des priorités où la date compte davantage que la procédure, et où le Code électoral, adopté sous la transition, devient une indication plutôt qu’une contrainte. Le risque n’est pas que les scrutins soient annulés : aucune institution guinéenne ne semble disposée à s’y résoudre. Le risque est qu’ils naissent avec une fragilité juridique que chaque contestation future pourra invoquer.

Le troisième problème est politique, et il dépasse le calendrier. Dans un Sénat où un tiers des sièges relève de la nomination présidentielle, et où les deux autres tiers sont désignés par des conseillers issus de scrutins largement remportés par la mouvance présidentielle, la chambre haute ne sera pas un contre-pouvoir. Elle sera un prolongement. Ce n’est pas illégal. C’est une affaire de conception. La Guinée se dote d’un bicamérisme sans équilibre, où la seconde chambre consolide la majorité plutôt qu’elle ne la tempère. Pour un pouvoir issu d’un coup d’État en 2021 et soucieux de démontrer qu’il a rendu la parole aux urnes, l’image compte autant que le résultat.

Mamadi Doumbouya a gagné la bataille du rythme. Constitution, présidentielle, législatives, communales, et bientôt régionales et sénatoriales : la Guinée aura enchaîné six scrutins en à peine plus d’un an. Mais la légitimité d’une institution ne se mesure pas au nombre de scrutins qui l’ont précédée. Elle tient à la conviction, partagée par ceux qui ont perdu, que les règles ont été respectées. En publiant un décret qui enjambe ses propres délais, le pouvoir de Conakry offre à ses adversaires un argument qu’ils n’avaient pas à chercher. Le Sénat de décembre siégera. Il lui restera à prouver qu’il n’est pas né d’un raccourci.

Par Aïssatou Diallo