21 octobre 2026
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Analyse Société

Burkina Faso : l’Assemblée législative du peuple rétablit la peine de mort

Le 20 octobre, à Ouagadougou, l’Assemblée législative du peuple a voté à l’unanimité un nouveau Code pénal qui rétablit la peine de mort au Burkina Faso. Terrorisme, trahison, espionnage, parricide : huit ans après l’abolition, le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré mise sur la dissuasion. Le pays n’a pourtant exécuté personne depuis 1988.

21 octobre 2026 • 4 min 856 mots
Burkina Faso : l’Assemblée législative du peuple rétablit la peine de mort
Burkina Faso

Mardi 20 octobre 2026, à Ouagadougou, les 71 membres de l’Assemblée législative du peuple (ALP) ont levé la main d’un même geste. À l’unanimité, ils ont adopté un nouveau Code pénal de 933 articles qui remplace celui de 2018 et rétablit la peine de mort au Burkina Faso, rapporte La Nouvelle Tribune. Au banc du gouvernement, Edasso Rodrigue Bayala, ministre de la Justice et des Droits humains, a défendu le texte avec un argument simple : les groupes terroristes recrutent en promettant à leurs candidats qu’ils « ne risquent pas gros » en cas d’arrestation, selon le site Madar. La peine capitale doit, dans l’esprit du pouvoir, leur ôter cette assurance. Le texte vise, selon la formule du ministre, à « garantir la sécurité des personnes et des biens ». Aucune voix ne s’y est opposée.

La liste des crimes concernés dessine la doctrine du régime. Le terrorisme sous plusieurs de ses formes, la haute trahison et l’espionnage, le parricide, et un crime plus inattendu : l’importation de produits périmés ou prohibés ayant causé la mort, la sanction visant l’auteur comme le complice. Le texte prévoit aussi la réclusion à perpétuité pour les détournements de fonds publics au-delà d’un certain seuil, assortie d’une amende égale au triple de la somme détournée. Il crée des infractions liées aux technologies de l’information, durcit les peines en matière de sécurité routière, que le ministre présente comme la première cause de mortalité du pays, et sanctionne même l’abattage et l’exportation d’ânes et de chevaux.

Le revirement est d’autant plus frappant que l’abolition était récente. Le Burkina Faso avait supprimé la peine capitale le 31 mai 2018, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, par l’adoption d’un nouveau Code pénal. Le geste était alors largement symbolique : selon Amnesty International, aucune exécution n’a eu lieu dans le pays depuis 1988. En décembre 2025, l’organisation avait déjà appelé les autorités de Ouagadougou à renoncer à leur projet de rétablissement. Le pouvoir militaire, installé par le capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, a passé outre. Le vote de l’ALP referme ainsi la parenthèse abolitionniste ouverte huit ans plus tôt.

Le premier problème tient à l’argument central du gouvernement. La dissuasion suppose un calcul rationnel du coût et du bénéfice ; elle s’applique mal à des combattants jihadistes qui exaltent le sacrifice et pour lesquels la mort au combat est présentée comme une récompense. Le recrutement des groupes armés au Sahel s’appuie sur des ressorts multiples : rancœurs locales, abus subis, conflits fonciers, quête de protection ou de revenus. Aucun de ces moteurs ne disparaît parce qu’un article du Code pénal prévoit désormais la mort. Si la promesse d’impunité existe, c’est d’abord parce que l’État peine à arrêter et à juger, non parce que les peines seraient trop douces.

Le deuxième problème est institutionnel. Les notions de haute trahison et d’espionnage sont, dans tous les systèmes juridiques, les plus élastiques du droit pénal. Dans un pays où l’espace civique s’est considérablement resserré depuis 2022, où le pouvoir a annoncé à plusieurs reprises avoir déjoué des tentatives de déstabilisation, l’inscription de la peine capitale au bout de ces qualifications change la nature du risque pour quiconque est accusé de collusion avec l’ennemi. La garantie, en pareil cas, ne réside pas dans le texte mais dans l’indépendance des juges qui l’appliquent. C’est précisément ce que le contexte rend le plus incertain.

Il serait pourtant réducteur de ne lire ce Code qu’à travers la peine de mort. Le gouvernement en fait un instrument de remise en ordre plus large, ciblant la criminalité économique et financière, la délinquance numérique et l’insécurité routière, autant de préoccupations concrètes pour les Burkinabè. Il annonce sa traduction dans les langues nationales, afin que la population en comprenne les dispositions, rapporte La Nouvelle Tribune. La démarche répond à une demande réelle d’autorité de l’État dans un pays où les attaques ont vidé des villages entiers. Elle s’inscrit aussi dans une rhétorique souverainiste, qui présente chaque rupture avec les standards internationaux comme une affirmation d’indépendance.

Reste la question pratique. Un texte voté n’est pas une sentence exécutée. Le Burkina Faso a vécu trente ans sans exécution alors même que la peine de mort figurait dans son droit. Le nouveau Code pourrait n’être qu’un signal politique destiné à l’opinion intérieure et aux groupes armés. Il pourrait aussi devenir autre chose si une première condamnation venait à être prononcée dans une affaire de terrorisme très médiatisée. C’est à ce moment, et non le 20 octobre, que se mesurera la portée réelle du choix fait par l’ALP. Et c’est alors que les partenaires du Burkina Faso, à commencer par ses alliés de la Confédération des États du Sahel, devront dire s’ils se taisent ou s’ils s’inquiètent.

Le vote de Ouagadougou dit, en somme, l’état d’esprit d’un pouvoir qui gouverne en temps de guerre et veut montrer qu’il ne recule devant rien. Mais une guerre contre des groupes armés se gagne d’abord par la capacité à protéger les villages, à arrêter les suspects et à les juger équitablement. La peine capitale ne fournit aucune de ces trois choses. Elle offre une promesse de fermeté, à charge pour la justice burkinabè de prouver qu’elle saura ne pas la retourner contre ceux qui la contestent.

Par Aïssatou Diallo